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Au Cameroun, 61 % du territoire est vulnérable au changement climatique

Irénée Modeste Bidima 3 Sep 2026

Une étude, menée entre 2012 et 2025, par un groupe de chercheurs camerounais, indique que 61 % du territoire du Cameroun est vulnérable au changement climatique.

Selon les explications du Professeur Mesmin Tchindjang, l’un des auteurs de l’étude, « les zones les plus vulnérables sont situées le long de la côte, notamment Douala et Limbé, du fait de la mousson atlantique et de la forte pluviométrie.

A cela, s’ajoutent l’Extrême-Nord à cause de la sécheresse et des inondations, les Hautes-Terres des Grassfields à l’Ouest du fait de la forte densité des populations et de la dégradation de la végétation, constituant la troisième zone écologique la plus fragile, et enfin la région du Centre, notamment Yaoundé, et la région du Sud avec Ebolowa.

Enseignant-chercheur à l’université de Yaoundé I, il précise que les zones modérément vulnérables comprennent la région du Nord à Garoua, la région de l’Adamaoua autour de Ngaoundéré, ainsi que certaines parties des régions du Centre et du Sud. « Sur la base de cette analyse spatiale, on peut affirmer que plus de 61 % du territoire du Cameroun est vulnérable au changement climatique », a-t-il déclaré.

D’après donc l’étude publiée en juillet dernier dans la revue Intechopen, le Cameroun est un pays à risque, du point de vue du changement climatique.

L’étude révèle aussi que la population développe une forte capacité d’adaptation de 81% au changement climatique.

Interrogé, Dr Thierry Fotso-Nguemo, chef du Laboratoire de recherche sur les changements climatiques de Yaoundé, pense que cette étude peut donc aider les décideurs à mieux cibler les investissements visant à réduire les risques dans les secteurs les plus vulnérables comme l’agriculture, la gestion des ressources en eau, l’aménagement du territoire, etc.

Comme alternatives pour réduire les impacts de ce changement climatique, le Professeur Tchindjang propose des solutions par zone agroécologique. « Dans l’Extrême-Nord, il faut qu’on plante beaucoup d’arbres utiles pour les populations locales. Dans la zone côtière, notamment Douala et Limbé, les populations doivent quitter les zones de forte pente et les zones proches de la mer. Il faut construire des canalisations avec des dimensions adaptées de 3 à 4 mètres de largeur au moins, et à bonne profondeur pour diriger les eaux en furie vers des exutoires ou vers la mer. Il faut intensifier le reboisement sur l’ensemble du pays, éduquer les populations et les préparer à affronter des catastrophes », a-t-il souligné.

Image de bannière : La sécheresse à l’Extreme Nord Cameroun. Le changement climatique affecte cette zone du pays. Image de Bile rene via Wikimédia Commons.

Le Gabon lance un programme de 200 millions de dollars pour protéger sa biodiversité

Aimable Twahirwa 3 Sep 2026

Le gouvernement gabonais, en collaboration avec The Nature Conservancy (TNC) et le partenariat international Enduring Earth, a officiellement lancé, le 1ᵉʳ septembre 2026, une initiative baptisée « Gabon Infini », visant à mobiliser jusqu’à 200 millions USD sur dix ans pour financer la conservation et des investissements au profit des communautés. « Nous voulons valoriser nos ressources naturelles, en plaçant les populations et les communautés au cœur du développement », a déclaré le vice-président gabonais, Herman Immongault, dans le communiqué de TNC publié sur son site web.

L’objectif est également, selon le communiqué, d’aider le Gabon à atteindre l’objectif de conservation dénommé « 30x30x30 », consistant à protéger 30 % de ses écosystèmes terrestres, 30 % de ses écosystèmes d’eau douce et 30 % de ses écosystèmes marins d’ici à 2030. L’initiative entend également générer des bénéfices économiques durables pour les communautés vivant autour des zones protégées du bassin du Congo, et créer 3,7 millions d’hectares supplémentaires de zones protégées terrestres, tout en améliorant la gestion d’environ 3,8 millions d’hectares déjà protégés.

Avec 88 % de son territoire couvert de forêts tropicales, ainsi que d’importantes tourbières et zones humides, le Gabon constitue un maillon écologique majeur du bassin du Congo. Ses écosystèmes stockent d’importantes quantités de carbone et contribuent à la régulation du climat et des précipitations à l’échelle régionale. Le pays abrite également plus de la moitié des éléphants de forêt encore présents dans le monde, et près d’un quart des gorilles des plaines occidentales survivants.

« Ces potentialités naturelles offrent également une protection contre certains risques climatiques, notamment les inondations et les sécheresses », explique à Mongabay Ademola Ajagbe, directeur général régional de TNC pour l’Afrique. Les activités de TNC au Gabon couvrent notamment la promotion d’une pêche durable et le développement des énergies renouvelables, tout en soutenant les efforts du pays pour renforcer la protection de ses forêts, de ses écosystèmes d’eau douce et de ses espaces marins.

Avec ses quelque 800 kilomètres de côte atlantique, le vaste bassin de l’Ogooué, ses savanes et ses tourbières, le Gabon entend également faire de sa biodiversité un pilier du développement national. Christine Yasmine Tchoua, directrice générale du Fonds de préservation de la biodiversité au Gabon, gestionnaire de cette nouvelle initiative, affirme que les fonds devront être alloués pour soutenir des actions concrètes à fort impact.

Image de bannière : Un Okoumé du Gabon vieux de 78 ans, menacé par les riverains. Image de Benjamin Evine Binet pour Mongabay.

Un Okoumé du Gabon vieux de 78 ans, menacé par les riverains. Image de Benjamin Evine Binet pour Mongabay.

Les données météo comme premier bouclier contre El Niño en Afrique

Hector Sann'do Nammangue 2 Sep 2026

Selon des experts et acteurs de la gestion des risques, il est nécessaire d’utiliser les données météorologiques, hydrologiques et satellitaires pour anticiper les effets de phénomènes climatiques comme El Niño.

Réunis ce 2 septembre, à Addis-Abeba, en Ethiopie, dans le cadre du Forum Alerte Précoce pour tous, ces experts et acteurs de la gestion des risques, venus de 60 pays africains, réfléchissent au renforcement des systèmes d’alerte précoce face aux inondations, aux sécheresses et aux autres risques climatiques, notamment le phénomène El Niño, sur le continent africain.

Selon eux, en croisant les données des précipitations, des températures, des niveaux des cours d’eau, des observations satellitaires et des prévisions climatiques, les pays peuvent mieux identifier les zones exposées et disposer de plus de temps pour agir.

S’exprimant à l’ouverture du forum, Dr Agnès Kijazi, directrice du Bureau régional de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) pour l’Afrique, a insisté sur l’intégration de ces services dans les politiques nationales. « Les dirigeants africains doivent intégrer les services d’alerte précoce dans leurs plans et leurs priorités nationales », souligne-t-elle.

Pour elle, cette intégration est essentielle pour maintenir les systèmes d’alerte au-delà de 2027, et assurer leur fonctionnement au niveau national.

Mais disposer de données ne suffit pas. Il faut aussi des infrastructures capables de les recueillir, de les analyser et de produire rapidement des prévisions.

Pamela Komejuni, experte en risques et catastrophes au Centre météorologique de l’Ouganda, évoque ainsi les besoins financiers liés au renforcement des capacités. « Nous travaillons sur un plan qui nécessite un financement de 21,5 millions USD. Nous préparons déjà un document destiné au comité, afin de faire avancer le dossier et de demander l’accès à ce financement », explique-t-elle.

Cette nécessité d’exploiter correctement les données est également soulignée par Seydou Tinni Halidou, météorologue et expert des services climatiques au Centre régional de formation en agrométéorologie et hydrologique opérationnelle( AGRHYMET), basé au Niger.

À propos d’El Niño, il rappelle que son influence sur les conditions météorologiques « n’est ni systématique ni uniforme ». Cette variabilité, selon Halidou, impose donc d’appuyer l’analyse sur des données précises et des prévisions adaptées aux différentes régions.

Pour Atupele Mwakalinga, expert en météorologie à la Commission de l’Union africaine (UA), l’ambition doit aller au-delà de la production des prévisions. « Nous devons transformer les prévisions en décisions, les décisions en actions précoces, et les actions précoces en réduction des risques et en une résilience renforcée », dit-il.

Image de bannière : Impact de sécheresse sur la faune dans une ferme du sud de la Namibie. Image de Dumbassman via Wikimedia Commons.

Des organisations paysannes africaines plaident pour la reconnaissance des semences traditionnelles

Anne Nzouankeu 31 Août 2026

La Confédération nationale des producteurs agricoles du Congo (CONAPAC-RDC) demande que les variétés semencières traditionnelles soient « officiellement reconnues par l’État », à travers leur inscription au Catalogue national des variétés (Cnv), dans le cadre de la future loi semencière du pays. Cette demande a été présentée, le 17 août dernier, au premier vice-président de l’Assemblée nationale de la RDC, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi. L’organisation paysanne demande également, entre autres, la mise en place d’une politique de promotion des banques de semences traditionnelles, ainsi que la reconnaissance du métier d’agri-multiplicateur, qui consiste à produire et à multiplier des semences destinées à être utilisées par d’autres agriculteurs.

« Les semences dites paysannes sont des semences que les agriculteurs sélectionnent, conservent et reproduisent eux-mêmes au fil des récoltes, et qu’ils peuvent également échanger entre eux. Le problème est que certaines de ces variétés traditionnelles ne sont pas officiellement reconnues par les États, et que les pratiques des agriculteurs autour de ces semences ne sont pas toujours prises en compte par les lois semencières », explique à Mongabay, Dr Samuel Nanga Nanga, chercheur à l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) au Cameroun.

Mongabay a constaté que la revendication de la CONAPAC s’inscrit dans un plaidoyer plus large porté, en Afrique, par plusieurs organisations en faveur de la reconnaissance juridique des systèmes semenciers paysans. En août 2026, African Center for Biodiversity (ACB), une organisation africaine de recherche et de plaidoyer, a appelé à mieux protéger les systèmes semenciers paysans dans les nouvelles politiques semencières en cours d’élaboration à l’échelle africaine. Elle craint que certaines règles conçues pour protéger les variétés commerciales et les droits de leurs obtenteurs ne limitent ces pratiques traditionnelles, si les systèmes semenciers paysans ne bénéficient pas de dispositions spécifiques.

En juin 2026, Alliance for Food Sovereignty in Africa (AFSA), un réseau panafricain d’organisations de la société civile, appelait les États africains à reconnaître et à protéger les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs et leurs droits de conserver, d’utiliser, d’échanger, de reproduire et de vendre leurs semences. En Tanzanie, à travers son initiative Our Seeds Our Rights, le réseau associatif PELUM Tanzania plaide pour que les lois et réglementations reconnaissent les droits des agriculteurs sur leurs semences, notamment la possibilité de les multiplier, de les conserver, de les partager et de les échanger.

Selon le communiqué de l’Assemblée nationale congolaise, le député Tshilumbayi, porteur de l’initiative de loi semencière, s’est engagé à œuvrer pour que le texte soit examiné et adopté lors de la prochaine session parlementaire, en septembre 2026.

Image de bannière : Semence traditionnelle de maïs jaune. Image de Patrice Soglo pour Mongabay.

Semence traditionnelle de maïs jaune. Image de Patrice Soglo pour Mongabay.

Angola : Un premier girafon voit le jour au Parc national d’Iona, depuis la réintroduction de l’espèce

Trésor Wayitsomaya 26 Août 2026

Une première naissance d’un girafon angolais (Giraffa giraffa angolensis) a été enregistrée dans le Parc national d’Iona (Parque Nacional do Iona) situé au sud-ouest de l’Angola. Cette naissance intervient trois ans après la reintroduction de cette espèce dans un paysage forestier autrefois dévasté par des décennies de conflit civil, mais commençant à retrouver ses équilibres écologiques.

« Nous sommes heureux d’annoncer la première naissance d’une girafe dans le Parc national d’Iona, en Angola, une nouvelle étape importante dans le parcours de conservation de la biodiversité du parc. Le girafon a été aperçu aux côtés de sa mère par une équipe chargée du suivi de la faune sauvage à Iona au début du mois d’août, un peu plus de trois ans après la réintroduction du premier groupe de girafes dans le parc national », a indiqué hier African Parks sur sa page Facebook officielle. « Ces observations du premier girafon, né à Iona depuis la réintroduction de l’espèce, laissent fortement penser que le petit troupeau de girafes s’est bien adapté à son nouvel environnement. Elles viennent également confirmer la pertinence de l’approche fondée sur la recherche scientifique adoptée pour rétablir l’espèce dans cette région », ajoute cette organisation.

« Sur un plan plus personnel, l’observation de ce girafon a été un moment particulièrement gratifiant pour les équipes chargées du suivi de la faune, ainsi que pour toutes les personnes de l’Institut national de la biodiversité et des aires protégées (INBAC), de la GCF et de African Parks qui avaient participé à la translocation initiale des girafes », précise African Parks.

Pour la Giraffe Conservation Foundation (GCF), une organisation basée en Namibie, cette naissance offre une première indication encourageante sur la capacité des girafes réintroduites à se réproduire dans leur nouvel environnement, et constitue une nouvelle étape dans les efforts de restauration de la biodiversité dans cette région.

« Établir de nouvelles populations de girafes est un travail de longue haleine, qui demande de la patience, de la science et de la persévérance », souligne la GCF, dans une note d’information publiée sur Facebook.

Cette naissance fait suite à deux opérations de translocation réussies en 2023impliquant 14 individus transférés depuis une propriété privée de la Namibie, et en 2024 par l’ONG African Parks, la GCF et l’INBAC, ainsi qu’une seconde en 2024 comprenant 13 autres spécimens en provenance du même pays.

Elle s’inscrit dans le cadre du plan national angolais pour la conservation de la girafe, approuvé par le président João Lourenço, en mai 2026, qui vise à renforcer la protection de l’espèce à Iona, mais aussi dans d’autres réserves comme Bicuar, où 12 girafes ont été transférées début août 2026, par la GCF et l’INBAC.

Image de bannière : Le girafon observé aux côtés de sa mère dans le Parc national d’Iona, en Angola. Image de African Parks.

Le girafon observé aux côtés de sa mère dans le Parc national d’Iona, en Angola. Image de African Parks.

RDC : Un léopard repéré dans une zone hostile au Parc national des Virunga

Prosper Heri Ngorora 24 Août 2026

Un léopard (Panthera pardus), a été repéré le 21 août 2026, dans le Parc national des Virunga, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Les responsables du parc parlent d’une « observation rare » et révèlent que ce grand félin a été aperçu à Chondo, dans le secteur central du parc, en territoire de Rutshuru.

« Solitaire et discret, le léopard se laisse rarement observer, même dans les zones où sa présence est avérée », a écrit le Parc national des Virunga sur son compte X.

Pour le parc, cette observation est merveilleuse d’autant plus qu’elle offre un aperçu sur l’un des « prédateurs les plus discrets » des Virunga.⁠

La région de Chondo est victime, depuis de nombreuses années, des attaques des groupes armés locaux et étrangers, qui y font la loi. Certaines de ces attaques ont coûté la vie aux écogardes des Virunga.

Olivier Ndoole Bahemuke, activiste écologiste à l’ONG Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH), se dit émerveillé que ce félidé survive dans une région instable, ajoutant que cela constitue une œuvre de la nature.

« Cette apparition marque un grand pas dans les efforts de la conservation malgré toutes les incertitudes. La diversité la plus rare des Virunga reste intacte, et il y a de plus en plus des découvertes », souligne Ndoole Bahemuke, au téléphone, à Mongabay. Il demande à cet effet plus de mobilisation au niveau local, national et international, pour protéger ce plus ancien parc d’Afrique.

Le léopard est l’emblème national et le symbole officiel de la RDC depuis de nombreuses décennies.

John Katikomo, activiste écologiste congolais, affirme que le repérage de ce carnivore représente un exploit jamais enregistré, ces dernières années, au sein du Parc national des Virunga. « Un ravageur comme un léopard se faire voir dans un lieu qui n’est pas facile, où certains animaux ont disparu, ça montre qu’il y a du sérieux dans ce que les écogardes font comme travail dans la protection des écosystèmes », dit-il à Mongabay.

Les responsables du parc soulignent qu’aucun inventaire n’a encore été fait sur les félins dans cette aire protégée, ajoutant cependant que les léopards y sont observés dans certaines zones.

« La région de Chondo est favorable à ce félin en raison du type de végétation, des ressources alimentaires abondantes et de la sécurité dans cette zone, suite à la présence des positions de surveillance des gardes », dit au téléphone à Mongabay, Bienvenu Bwende, responsable de la communication au sein du parc.

Image de bannière : Le léopard repéré à Chondo, dans le secteur centre du Parc national des Virunga, au Nord-Kivu, dans l’est de la RDC. Image de Parc national des Virunga.

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