- Dans la nuit du 22 au 23 août 2026, une partie de la décharge de Dar-es-Lam, située en plein de cœur de Conakry, s’est effondrée après de fortes pluies, ensevelissant plusieurs habitations et faisant plusieurs dizaines de morts et de blessés.
- Installée dans les années 1980 et prévue initialement pour une durée limitée, la décharge reçoit encore aujourd’hui d’importantes quantités de déchets. Le site avait déjà connu un éboulement meurtrier en 2017, suivi d’opérations de déguerpissement en 2019, sans pour autant régler définitivement le problème.
- Face à la saturation du site, les autorités ont envisagé son remplacement par un Centre d’enfouissement technique, à Baritodé, financé notamment par l’AFD et l’Union européenne. Mais les contraintes logistiques et l’absence de solution immédiates ont retardé la fermeture définitive de Dar-es-Salam.
- Les autorités ont engagé des opérations de secours, de relogement et d’identification des victimes. Plusieurs centaines de personnes ont été évacuées, tandis que le gouvernement envisage désormais de sécuriser et de transformer le site, avec notamment un projet de valorisation énergétique des déchets. Des acteurs de la société civile appellent toutefois à une solution durable de traitement des déchets et à la protection des populations exposées.
Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 août 2026, aux environs de 2 heures du matin, un pan de la décharge de Dar-es-Salam, à Conakry, s’est brutalement effondré à la suite des fortes pluies enregistrées dans la capitale guinéenne. Une semaine après le drame ayant coûté la vie à de nombreuses personnes – 32 morts et 25 blessés, selon le bilan provisoire annoncé par les autorités guinéennes, le président Mamadi Doumbouya s’est rendu sur le site de la décharge. Touché par cette tragédie, le chef de l’Etat guinéen est allé constater l’ampleur des dégâts, et partager la douleur des familles ayant perdu leurs proches. Il a donné des instructions fermes pour que les mesures décidées soient rapidement mises en œuvre.
Après son passage, l’heure est à l’amélioration continue de la prise en charge des personnes déplacées et des blessés, ainsi que l’organisation de l’inhumation des personnes ayant perdu la vie dans ce drame.
Cet éboulement ayant fait de nombreuses victimes n’est pas le premier enregistré sur la décharge de Dar-es-Salam, située en plein cœur de Conakry. Le 22 août 2017, un premier éboulement majeur frappe la décharge installée sur une ancienne carrière dans les années 1980.
Une partie de l’énorme masse d’ordures s’effondre après de fortes pluies, et atteint des habitations situées en contrebas. Les bilans publiés à l’époque étaient de neuf morts. Cet accident aurait pu constituer un véritable électrochoc et conduire à une solution définitive. Des familles vivant dans les environs ont effectivement été invitées à quitter les lieux, et certaines ont été indemnisées. Mais le problème de fond demeure : la décharge continue de fonctionner recevant quotidiennement, selon Souleymane Traoré, assistant technique du directeur général de l’Agence nationale de l’assainissement et de la salubrité publique, 1 200 tonnes de déchets, et certaines populations restent installées dans son voisinage.

Des années plus tard, le ministre de l’Assainissement, Aboubacar Camara, a reconnu qu’« après l’éboulement de 2017, plusieurs familles avaient été indemnisées et invitées à quitter la zone. Certaines l’ont fait, d’autres sont restées ».
Deux ans après le drame de 2017, les autorités passent à l’action. En 2019, des opérations de déguerpissement sont engagées autour de la décharge, afin de libérer les emprises et de réduire notamment l’exposition des populations aux risques. Mais ces opérations ne permettent pas de régler définitivement la question. La décharge reste en activité, et les déchets continuent d’y être acheminés. C’est justement cette situation qui alimentera, au fil des années, les inquiétudes des habitants. La décharge continue de produire des fumées, des odeurs et des eaux souillées, tandis que les populations vivent à proximité de la montagne d’ordures.
Au fil des années, la saturation du site devient de plus en plus difficile à cacher. En avril 2024, une nouvelle alerte est lancée autour de la décharge. Deux ans avant, soit en juillet 2022, une convention de prêt de 50 millions d’euros (soit environ 8 millions USD) est signée avec l’Agence française de développement pour financer le projet de construction d’un Centre d’enfouissement technique des déchets solides, à Baritodé, une localité située dans la préfecture de Coyah, à plus de 50 kilomètres de la ville de Conakry. Une enveloppe supplémentaire de 20 millions d’euros (soit environ 23 millions USD) sous forme de don de l’Union européenne est également annoncée. Le financement global annoncé atteint ainsi 70 millions d’euros (81 millions USD).

Le projet de Baritodé, l’espoir d’une nouvelle décharge
Le gouvernement travaillait sur le projet de la nouvelle décharge de Baritodé devant permettre, à terme, de fermer définitivement et hermétiquement celle de Dar-es-Salam, quand s’est répété, le 23 août 2026, le drame meurtrier. Après les fortes pluies enregistrées dans la capitale, une partie de la décharge s’effondre sur les habitations, ensevelies sous la masse de déchets. Le bilan des victimes a évolué au fil des recherches engagées par les autorités en tandem avec la Croix-Rouge, les Forces de défense et de sécurité, ainsi que les services médicaux, pour retrouver d’éventuels survivants.
En dehors du Centre des opérations, de la base de données destinée au suivi de la situation et du dispositif d’identification des personnes décédées, des blessées et de leurs familles, l’Agence nationale de gestion des urgences et des catastrophes humanitaires (ANGUCH) a procédé au relogement temporaire de plus de 358 personnes évacuées du site de l’éboulement.

358 personnes évacuées du site de l’éboulement
Les personnes sinistrées ont été accueillies et prises en charge dans les locaux d’une école à Dixinn (Conakry), un établissement réquisitionné temporairement pour servir de centre d’hébergement. « Les sinistrés bénéficient actuellement d’une assistance gouvernementale. Les blessés sont pris en charge et les corps des victimes ont été transférés à la morgue », a dit Sory Camara, président de la Fédération des gestionnaires des déchets de Guinée (FEGEDEG), joint au téléphone par Mongabay.
« Cette population sinistrée ne se retournera plus à Dar-es-Salam, parce que nous n’allons plus continuer à voir ces risques, et à laisser la population s’installer de nouveau dans cette zone. Cette zone sera complètement détruite pour nous permettre de travailler et de traiter ces immondices d’ordures qui sont dans ce périmètre, et d’y mettre un projet qui rendra Conakry fière », a dit à Mongabay, Camara Djenab Touré, ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation.
Le ministre de l’Hydraulique, des hydrocarbures et de l’assainissement, Aboubacar Camara, a également expliqué que la fermeture ne pouvait pas être décidée sans solution de remplacement. « Nous sommes en train de travailler sur la décharge de Baritodé qui va permettre, d’ici à la fin de l’année [2025, ndlr], de fermer hermétiquement Dar-es-Salam. Car, si nous fermons Dar-es-Salam aujourd’hui, les communes devront déposer leurs ordures à Kouria », précisait-il. Le problème est donc aussi logistique. Acheminer les déchets de toutes les communes de Conakry vers Kouria nécessite davantage de camions et une organisation beaucoup plus importante.

Transformer Dar-es-Salam
Le gouvernement envisage de transformer Dar-es-Salam après son traitement et sa sécurisation. Le ministre Camara évoque même un projet de valorisation énergétique des déchets. « Nous travaillons déjà avec des ingénieurs chinois sur ce projet. L’objectif est de transformer ces déchets en énergie électrique. Une fois les ordures traitées ou évacuées, le site sera aménagé en un grand parc, l’un des plus beaux espaces de la capitale », a-t-il dit lors d’une réunion technique avec ses cadres du département et certains partenaires techniques et financiers.
Adramane Diakité, ingénieur et juriste en environnement, consultant sur des questions environnementales, climatiques et du développement durable, souligne à Mongabay que le transfert des déchets ne doit pas simplement conduire à créer une nouvelle montagne d’immondices ailleurs. Il préconise plutôt la mise en place d’une véritable unité de traitement et de transformation des déchets, éventuellement avec l’appui des partenaires. En attendant une solution définitive, il estime que le site alternatif prévu dans le cadre du projet de Centre d’enfouissement technique pourrait servir de solution transitoire.

Image de bannière : Les équipes de recherche de la Croix rouge. Image de Younoussa Naby Sylla pour Mongabay.
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