Conservation, spiritualité, et communautés locales
Le reportage documentaire « Bénin : le Vodun à la rescousse des mangroves », réalisé par Jahëna Louisin, Cynthia Hégron, Leslie Cauquais et Juliette Chapalain, a été sélectionné pour l’édition 2026 du All Living Things Environmental Film Festival (ALT EFF), l’un des principaux festivals internationaux consacrés au cinéma environnemental, qui se tiendra du 3 au 13 décembre 2026, en Inde. Cette vidéo explore le rôle des pratiques spirituelles vodun dans la protection des mangroves béninoises.
Cette année, le comité a regardé près de 500 films issus de plus de 80 pays avant de constituer sa sélection officielle.
À travers ce reportage, Mongabay Afrique s’intéresse à une approche encore peu documentée de la conservation : le rôle des croyances et des systèmes de gouvernance traditionnels dans la protection de nos écosystèmes.
Au Bénin, certaines communautés s’appuient notamment sur le Zangbéto, une divinité vodun associée à la surveillance et à la protection des territoires. Dans les zones où ses règles spirituelles sont appliquées, la coupe de bois peut être interdite sous peine de sanction divine. Selon les acteurs rencontrés dans le reportage, ces pratiques ont contribué à préserver plus de 500 hectares de mangroves en une décennie.

Jahëna Louisin, journaliste à Mongabay Afrique, se réjouit de cette sélection : « C’est toujours une reconnaissance importante lorsque le fruit de son travail voyage et qu’un reportage-documentaire est sélectionné dans un festival de cinéma, qui plus est le plus grand festival de cinéma environnemental en Inde », explique-t-elle. Selon la productrice, le documentaire résonne au-delà du Bénin : « Le reportage parle d’abord d’un sujet universel : celui de notre rapport à la nature. Mais ce qui le rend singulier, c’est qu’il montre que la protection de l’environnement ne passe pas uniquement par la science ou les politiques publiques, mais aussi par les croyances, les traditions et les pratiques spirituelles ».
Juliette Chapalain, rédactrice en chef de Mongabay Afrique, poursuit : « C’est la deuxième année consécutive qu’une de nos réalisations est pré-sélectionnée à ce festival environnemental international. Cela nous renforce dans notre stratégie éditoriale et visuelle, de produire des reportages magazines au long cours sur des sujets « coulisses » dans des milieux parfois difficiles d’accès ».

« Être pré-sélectionné nous signifie que la ligne éditoriale de Mongabay Afrique intéresse au-delà des frontières et cela encourage nos équipes à continuer à se mobiliser sur ces sujets importants qui ne sont pas forcément connus du grand public », ajoute la journaliste et rédactrice en chef.
Une production portée majoritairement par des femmes
Au-delà de ses composantes culturelles, environnementales, et spirituelles, le sujet se distingue également de par la constitution de son équipe de production majoritairement féminine.
Réalisé par Jahëna Louisin, avec Cynthia Hégron, Leslie Cauquais et Juliette Chapalain, le film a également bénéficié des images de drone de Rufus Esenam Gboyou, des traductions d’Imeildas Mitchikpe et des graphiques d’Emilie Languedoc. Pour Jahëna Louisin, cette configuration n’a pas changé la manière d’aborder le sujet. « Notre priorité restait la même : raconter une histoire avec rigueur, sensibilité aussi, et respect des personnes que nous rencontrions sur le terrain », précise-t-elle. Elle souligne toutefois l’importance de la diversité des équipes : « Chacune apporte son regard, son expérience et sa manière d’aborder les sujets ».

Juliette Chapalain confirme : « Nous avons simplement choisi de travailler avec les personnes talentueuses de notre réseau, sans biais de genre, mais il est certain que c’est une fierté d’accompagner au quotidien des femmes qui percent dans des milieux qui étaient traditionnellement masculins, notamment sur le terrain et à la technique ».
Elle ajoute faire attention à la diversité des voix que l’équipe porte à l’écran : « Sur ce sujet par exemple, nous sommes particulièrement fières d’avoir pu faire entendre la voix d’une Reine Vodun. Trouver des sources féminines et respecter la parité est à la fois un travail de fond et un défi quotidien pour nos équipes, notamment sur des sujets économiques ou politiques, où les hommes peuvent pré-dominer un secteur, car le reportage reflète la réalité du terrain ».
Pour réaliser ce documentaire, l’équipe a rencontré une Reine-Mère vodun, un prêtre Fâ, des initiés, des militants écologistes, ainsi que des représentants des autorités civiles béninoises.

Un nouveau regard sur le Vodun
Le reportage donne également accès à des cérémonies et à des lieux rarement ouverts aux personnes extérieures à ces communautés et déconstruit également certaines représentations associées au Vodun, parfois réduit à des clichés éloignés de sa réalité culturelle et spirituelle.
« Beaucoup de personnes associaient encore le Vodun presque exclusivement à la sorcellerie ou à la magie noire », explique Jahëna Louisin. Selon la journaliste, le film permet de montrer « une autre réalité : celle d’une spiritualité bien vivante, intimement liée à la nature, qui contribue à protéger les mangroves, et plus largement la biodiversité ».

