- Le 4 novembre 2025, un déversement d’effluents industriels en provenance de la société Congo Dongfang Mining (CDM), une usine de cuivre et cobalt, a contaminé plusieurs quartiers de Lubumbashi, au sud-est de la République démocratique du Congo, affectant les cultures, l’accès à l’eau potable et la santé des habitants.
- Mongabay a visité trois quartiers touchés par ce déversement, afin de recueillir des témoignages sur place.
- Le gouvernement a annoncé des mesures d’assistance sanitaire, le lancement d’un processus d’indemnisation des victimes et une réparation collective de 6 millions de dollars.
- D’après un institut de droits humains, le montant est insuffisant au regard des dommages sanitaires, et certains résidents redoutent de ne pas être pris en compte.
LUBUMBASHI — Plus de quatre mois après un déversement d’effluents industriels à Lubumbashi, une ville située dans la ceinture de cuivre et de cobalt de la RDC, des habitants disent être toujours affectés par la pollution. La fuite du 4 novembre 2025, provenant du bassin de rétention de la société minière Congo Dongfang International Mining (CDM), filiale du géant chinois Zhejiang Huayou Cobalt Co. Ltd., a inondé plusieurs quartiers périphériques et pollué des cours d’eau.
L’incident a provoqué une suspension initiale de trois mois, exigeant la réparation des dommages environnementaux et l’indemnisation des riverains affectés. Mais jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas encore officiellement autorisé la reprise des activités de la société, passé ces trois mois de suspension.
À la suite des conclusions de la commission interministérielle d’enquête sur l’incident environnemental, diffusées le 13 février 2026, le gouvernement a annoncé des mesures d’assistance sanitaire, des efforts de traitement ainsi que le lancement d’un processus d’indemnisation des victimes. Les informations publiques restent toutefois limitées concernant la mise en œuvre concrète de ces indemnisations et le nombre exact de bénéficiaires. Certains résidents redoutent de ne pas être pris en compte, affirmant avoir subi pendant plusieurs mois des dommages à leurs cultures, à l’accès à l’eau et à leur santé.
Mongabay a visité trois quartiers touchés par ce déversement, afin de recueillir des témoignages sur place.
Contactés par Mongabay pour en savoir plus, la CDM et divers représentants de l’autorité publique du Haut-Katanga et au niveau national n’ont apporté de réponse.

Les potagers au quartier Golf-les-battants
D’après des habitants ayant échangé avec Mongabay, dans certains potagers, la croissance des cultures a connu un arrêt brusque après le passage de l’eau acide. C’est le cas au quartier Golf, près du pont Kalubwe et non loin de la rivière Lubumbashi, où une importante mortalité de poissons a été signalée.
À première vue, là, les choux qui étaient de couleur verte, en novembre 2025, présentent aujourd’hui des feuilles abîmées ou trouées. De même, des amarantes et des feuilles de patate douce sontaltérées. Les riverains observent aujourd’hui une zone d’eau stagnante brunâtre, en raison de l’absence de la canalisation pour évacuer les eaux de pluie et de sa proximité avec la rivière. Le champ semble être abandonné. Les exploitantes se disent découragées par une possible contamination du sol et les pertes enregistrées.
« Les choux, amarantes et autres cultures sont abîmés. Ceux plantés après le déversement, notamment le maïs, affichent aussi un retard de croissance », dit Monica Kalonda, responsable d’un potager.

Camp Scout dans le quartier Kamisepe
Flori Kanyana, habitant le Camp Scout à Kamisepe II, dans la commune annexe à Lubumbashi, a marché dans l’eau acide, pensant que c’était l’eau de pluie. Il craint aujourd’hui pour sa santé.
« Depuis l’incident de la CDM, je ne supporte plus de porter des chaussures fermées sur de longs trajets. Mes pieds commencent rapidement à picoter, comme si ma peau s’irrite sous le soleil ardent », confie-t-il.
Pour soulager cette douleur, il porte désormais des sandales, car celles-ci laissent ses pieds à l’air libre et réduisent l’irritation. Il explique qu’il devrait, en principe, consulter un médecin et passer des examens pour comprendre l’origine de ses douleurs et recevoir un traitement.
« Mais je n’en ai pas les moyens », dit-il.


Des puits abandonnés à Kamayibwe
À Kamayibwe, dans la zone de Kasapa, nous trouvons un champ abandonné et un puit creusé à même le sol, entouré d’une végétation abondante. Il n’est pas couvert, donc l’eau contaminée s’y est infiltrée. Son propriétaire, Moise Mukaba, l’a utilisée pour se laver.
« Quelques jours après l’incident, je me suis lavé avec cette eau, pensant qu’elle était redevenue normale. Je ne savais pas qu’elle pouvait encore être dangereuse pour la santé. Pendant le bain, j’ai ressenti des picotements et des brûlures sur la peau. Lorsque j’en ai parlé à mon bailleur, il m’a alors interdit de l’utiliser, craignant qu’elle ne soit toujours contaminée » dit-il.,
Toujours à Kamayibwe, Virginie Sungu Kayembe affirme aussi que l’eau de son puits est désormais inutilisable.
« Cette eau était utile pour les tâches domestiques. Désormais, elle ne sert plus à grand-chose, à part laver les chaussures et nettoyer les toilettes » explique-t-elle.

Elle dit hésiter à creuser un autre puits dans sa parcelle, parce que les gens de son quartier lui ont dit que son sol est déjà pollué.
Interrogé par messagerie par Mongabay, Tsheya Mulopwe Charles, ingénieur agronome travaillant à l’Institut supérieur des études sociales, à Lubumbashi, alerte :
« Les rejets miniers contiennent des substances nocives telles que les sulfures, les cyanures… qui peuvent dégrader les écosystèmes, détruire la biodiversité et nuire également à la santé humaine, si par exemple les légumes cultivés sur ces sols absorbent des éléments transmétalliques (des métaux lourds). Ces substances toxiques peuvent ensuite entrer dans l’organisme par l’alimentation et provoquer diverses maladies ».
Il ajoute :
« Lorsque les pratiques minières ne s’inscrivent pas dans une approche de durabilité, les dégâts sont catastrophiques. Cette pollution minière impacte les sols, l’eau, les forêts et la biodiversité ».
Des effets sanitaires, fin décembre ?
Diverses sources, dans divers quartiers, affirment avoir noté des effets sanitaires significatifs le 31 décembre 2025. Dans l’entretien avec Mongabay, ils s’inquiètent que ce soit les effets persistants du déversement de novembre ou qu’un autre déversement d’acide de la CDM aura peut-être produit. Parmi les personnes interrogées, une source sous couvert d’anomymat pour des raisons de sécurité a indiqué que l’usine a poursuivi certaines de ses activités malgré sa suspension initiale décidée par le gouvernement.
Mais Mongabay n’a pu vérifier ces affirmations auprès de la société, ni auprès des autorités locales.
Monica Kalonda, qui vit à côté d’une rivière, explique que l’eau, ayant débordé le 31 décembre, a pénétré dans sa maison et a provoqué une réaction cutanée.
« Le lit de ma petite fille d’une année et trois mois a été mouillé. Nous avons cru que c’était [que] l’eau de pluie [qui a causé l’inondation de la rivière]. Trois jours après, elle a eu des éruptions cutanées sur son corps, ainsi que dans ses cheveux. Nous avons pensé à la rougeole. Il nous a été dit à l’hôpital que l’eau contient de l’acide. Faute de moyens, nous n’avons pas pu faire un examen approfondi ».

Pour elle, cette eau provient de la société minière qui l’a déversée pendant la pluie. Si l’eau provenait uniquement de la pluie, dit-elle, son enfant n’aurait probablement pas développé ce type de réaction.
Dominique Masanka, habitant Camp Scout, apporte un témoignage similaire. Et Moise Kalonda, habitant Kamisepe, un quartier situé dans la commune Annexe proche de l’entreprise minière CDM, dit en avoir ressenti les effets, fin décembre : « Cette eau a touché mes chaussures et j’ai ressenti des brûlures », témoigne-t-il.
Un autre habitant à Kamisepe explique qu’une fuite survenue le 31 décembre aurait une fois de plus affecté le puits et ses cultures.
Quid de l’indemnisation des victimes ?
D’après certaines personnes sinistrées, lors de la descente du ministre des Mines sur le lieu du drame en novembre 2025, il avait annoncé que les victimes seront dédommagées.
En janvier 2026, selon l’Institut de recherche en droits humains (IRDH), le ministre des Mines a ordonné à la société de payer 6 millions de dollars en compensation et lui a infligé une sanction. Par contre, le montant des réparations est « largement dérisoire au regard des dommages ».

Des communautés locales réclament une indemnisation de 100 millions de dollars au titre de l’exposition aux perturbateurs endocriniens comportant des risques irréversibles et transgénérationnels, a expliqué l’IRDH. L’institut a estimé que plus de 2,5 millions de mètres cubes d’acide ont été déversés dans les quartiers peuplés et qu’une concentration élevée de métaux lourds, au-dessus des normes internationales, entraînera des risques sanitaires, notamment en ce qui concerne les perturbateurs endocriniens.
Ces fonds sont destinés à la création d’un centre de référence médicale pour des pathologies minières, qui intégrera, entre autres, la couverture des impacts sanitaires chroniques et, à longue terme, une surveillance médicale spécialisée, une prise en charge thérapeutique, la formation des professionnels de santé aux impacts miniers et la constitution d’une base de données épidémiologiques pour protéger les générations futures.
Pendant ce temps, le 13 février 2026, la commission interministérielle a publié un communiqué d’enquête sur l’incident. Au total, 670 personnes ont été prises en charge à l’hôpital Sendwe pour des symptômes liés à une exposition à l’eau contaminée. Le rapport fait également mention d’une assistance apportée à 350 ménages affectés, de 30 000 litres d’eau potable distribués par jour et des forages programmés pour les quartiers touchés.
N’ayant pas encore été identifiés comme des victimes par l’équipe gouvernementale, les habitants ayant parlé avec Mongabay sont toujours en attente d’assistance sanitaire et humanitaire.
Selon Déogratias Ilunga Yolola Talwa, enseignant-chercheur à l’université de Lubumbashi et expert en gouvernance minière et environnementale, après l’audit ayant évalué l’ampleur de la pollution, l’entreprise doit mettre en œuvre un plan de dépollution et de restauration écologique conformément aux obligations prévues par le Code minier.
Enfin, un dialogue avec les communautés locales est nécessaire, afin d’améliorer la gouvernance environnementale et restaurer la confiance entre l’entreprise, l’État et les populations.
« Dans la pratique, en RDC, plusieurs entreprises minières effectuent ces études, principalement pour satisfaire aux exigences administratives nécessaires à l’obtention du permis d’exploitation. Une fois les activités lancées, les engagements et mesures de protection de l’environnement prévus dans ces textes sont souvent négligés et rarement appliqués », souligne-t-il.
Image de bannière : Rivière Lubumbashi, au niveau du pont Kalubwe, où une importante mortalité de poissons avait été signalée en novembre 2025. Image de Ruth Kutemba.
RDC : Une fuite d’effluents industriels menace la vie des habitants de Lubumbahsi
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