- Le changement climatique fragilise les récoltes et les revenus des petits exploitants en Afrique.
- Les cantines scolaires peuvent renforcer la résilience agricole en créant des débouchés pour des cultures adaptées au climat, comme le haricot.
- Les jardins scolaires se révèlent aussi comme un levier pour renforcer la résilience climatique et améliorer la nutrition des enfants en Afrique.
Selon des chercheurs réunis en marge du Sommet africain sur les systèmes alimentaires, les programmes d’alimentation scolaire pourraient devenir l’un des outils les plus puissants, dont dispose l’Afrique, pour transformer ses systèmes alimentaires, en créant des marchés fiables pour les petits producteurs tout en encourageant la diversification des cultures face au changement climatique.
S’exprimant en marge du sommet, qui se tient du 1er au 4 septembre 2026, à Kigali, au Rwanda, Yvonne Munyangeri, chercheuse principale pour l’Alliance de Bioversity International et du Centre international d’agriculture tropicale (CIAT), souligne que l’avenir des systèmes alimentaires africains dépendra de la capacité des pays à produire davantage d’aliments nutritifs, dont des haricots, tout en s’adaptant aux effets du changement climatique.
Le CIAT et l’Alliance de Biodiversity International soutiennent que les haricots restent la source essentielle et abordable de protéines pour des millions de ménages africains, tout en constituant une culture de rente pour de nombreux petits exploitants agricoles sur le continent.
« Les haricots restent fondamentaux pour la sécurité alimentaire et la nutrition, mais ils doivent s’inscrire dans une approche plus large de diversification », explique Yvonne Munyangeri, qui travaille sur la recherche et la promotion des légumineuses en Afrique.
Toutefois, plusieurs experts alertent sur les risques d’une dépendance excessive à un nombre limité de cultures de base, estimant qu’elle pourrait affaiblir la capacité des systèmes agricoles à s’adapter aux chocs liés au changement climatique et, à terme, accentuer l’érosion de la biodiversité, particulièrement en Afrique subsaharienne.

Variétés améliorées de haricots
Les récentes estimations officielles de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT montrent qu’en 2026, environ 45 millions de ménages agricoles dans 31 pays africains ont bénéficié de plus de 650 variétés améliorées de haricots, développées pour renforcer la production et la résilience face au changement climatique.
Cette diffusion s’étend également aux programmes d’alimentation scolaire avec plus de 2,7 millions de personnes au Rwanda, au Kenya, en Tanzanie, au Malawi et en République démocratique du Congo, ayant bénéficié de haricots riches en fer, en 2024.
Mais, aux yeux des responsables du CIAT, l’un des principaux défis, auxquels sont confrontés les petits exploitants agricoles africains, est d’accéder à des marchés stables et prévisibles, un enjeu d’autant plus crucial dans un contexte de changement climatique, où les aléas météorologiques fragilisent les récoltes et les revenus des producteurs.
« Les programmes d’alimentation scolaire pourraient contribuer à résoudre une partie de ce problème en créant une demande régulière pour des produits cultivés localement », affirme Munyangeri s’exprimant en marge du forum.
En reliant directement les écoles aux producteurs de haricots, de légumes, de fruits et d’autres cultures nutritives et résilientes au climat, Munyangeri reste persuadée que les gouvernements africains pourraient simultanément améliorer l’alimentation des enfants et renforcer les revenus des communautés rurales.
Toutefois, Pascal Sanginga, responsable régional du secteur agricole et de l’agro-industrie pour les opérations de la Banque africaine de développement (BAD), en Afrique de l’Est, estime que la transformation des systèmes alimentaires exige préalablement une meilleure connexion des investissements agricoles aux marchés.

Les cantines scolaires représentent, dans cette perspective, un débouché institutionnel important susceptible de stimuler la production locale et d’encourager les agriculteurs à diversifier leurs cultures.
« Cette approche pourrait contribuer à réduire les risques économiques auxquels sont confrontés les producteurs, notamment face aux incertitudes croissantes liées au changement climatique », affirme-t-il dans une brève interview accordée à Mongabay.
Selon lui, lorsqu’un agriculteur sait qu’une partie de sa production sera régulièrement achetée pour approvisionner les écoles, il dispose d’une plus grande sécurité pour investir dans des cultures plus diversifiées et résilientes au climat, tout en améliorant ses pratiques agricoles.
En marge du forum, les avis restent unanimes que la diversification des menus scolaires pourrait aussi encourager une transformation progressive des paysages agricoles en Afrique.
Paul Newnham, directeur exécutif de SDG2 Advocacy Hub, une organisation basée à Londres, au Royaume-Uni et engagée dans la promotion de systèmes alimentaires durables et la mobilisation en faveur de l’élimination de la faim, affirme que cette diversification reste particulièrement importante au moment où les agriculteurs africains sont confrontés à des sécheresses plus fréquentes, à des pluies irrégulières et à la dégradation des sols.
« Nous devons réfléchir aux systèmes alimentaires dans leur ensemble, de la production à la consommation, en tenant compte des défis posés par le changement climatique », dit-il à Mongabay.
Pour lui, les programmes alimentaires scolaires peuvent constituer un puissant point d’entrée pour rapprocher les politiques agricoles, nutritionnelles et environnementales.

Des cultures adaptées aux aléas climatiques
Pour que les programmes d’alimentation scolaire deviennent un véritable moteur de transformation des systèmes alimentaires face aux défis du changement climatique, les participants au forum soulignent que les gouvernements doivent investir dans des infrastructures de stockage et de distribution plus résilientes, ainsi que dans des mécanismes permettant aux petits producteurs d’approvisionner régulièrement les écoles.
« Ces investissements pourraient également encourager l’adoption de cultures diversifiées et adaptées aux aléas climatiques, tout en renforçant la sécurité des revenus des agriculteurs », affirme Newnham.
En transformant les écoles en acheteurs réguliers de produits locaux, les gouvernements africains pourraient ainsi soutenir les revenus des petits producteurs, stimuler les entreprises locales et encourager une agriculture plus diversifiée et mieux adaptée au changement climatique.
Tim Krupnik, chercheur et directeur du programme Scaling for Impact du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), affirme que les programmes de jardins scolaires s’imposent aujourd’hui comme un outil essentiel pour améliorer les repas servis à l’école.
« Grâce aux jardins scolaires, les cantines peuvent devenir un levier pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires africains face au changement climatique, tout en améliorant l’accès des enfants à des aliments nutritifs, notamment les haricots », a-t-il déclaré à Mongabay.
Image de bannière : Haricot de couleur blanche cultivé au Bénin. Image de Adoscam via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
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