- Dans le Haut-Katanga, une région du sud-est de la République Démocratique du Congo riche en cuivre et en cobalt, les communautés locales se tournent vers les Concessions forestières des communautés locales (CFCL), pour obtenir un titre de sécurisation sur leurs terres et conserver le reste des forêts de la savane, face à l’exploitation minière accrue.
- Cette région est une zone stratégique où la Chine, les États-Unis, la société publique congolaise Gécamines et d’autres acteurs internationaux sont en quête de minerais alimentant les technologies, les industries de défense et la transition énergétique.
- Les CFCL sont accompagnées de plans de gestion environnementale, dirigées par des communautés autochtones et locales avec le soutien de quelques ONG environnementales et bailleurs de fonds.
- Mais celles-ci ne sont pas une solution parfaite contre la déforestation ou la délocalisation des communautés par l’exploitation minière. Elles sont d’ailleurs confrontées à un manque de financement pour soutenir les plans environnementaux.
LIKASI, République démocratique du Congo — Au nord de la Concession forestière communautaire de Lukutwe, deux soldats armés s’interposent entre Valery Kyembo et ses visiteurs.
Vêtue d’un gilet jaune vif arborant le logo d’un projet de reforestation, Kyembo guidait nos journalistes à travers une zone fortement déboisée de la ceinture cuivre-cobalt de la RDC, évitant les jeunes plants récemment mis en terre lorsque des éléments des forces armées nationales l’ont arrêté. Derrière eux, se dressait une barrière installée pour contrôler l’accès à une mine semi-industrielle.
« Nous visitons les limites de la propriété de notre communauté », a tenté d’expliquer Kyembo, avant que l’un des soldats ne l’oblige à faire demi-tour en exhibant son arme automatique.
La propriété en question est la Concession forestière des communautés locales de Lukutwe (CFCL), à 70 km de Lubumbashi, créée dans cette zone du sud-est de la RDC, riche en minerais, par des chefs de villages soucieux de défendre leurs droits fonciers et les forêts de miombo, face à l’expansion rapide des entreprises minières.

Il y a dix ans, le déplacement d’agriculteurs des villages voisins de Bungubungu et de Shilasimba par la Société d’exploitation de Kipoi (SEK), une entreprise détenue par la société australienne Tiger Resources à la recherche de cuivre et de cobalt, avait suscité l’inquiétude au sein de la communauté.
« C’est pourquoi lorsque le projet miombo est venu chez nous, nous avons voulu avoir nos propres terres », explique Kyembo. D’autres villages avoisinants partagent les mêmes plans.
Cette région de la RDC, riche en cuivre et en cobalt, connaît une course aux minerais alimentant les technologies, les industries de défense et la transition énergétique. Environ 70 % des réserves mondiales de cobalt se trouvent au Congo. Située dans la filière du cuivre et du cobalt dans les provinces de Lualaba et du Haut-Katanga, cette région est une zone stratégique où la Chine, les États-Unis, la société publique congolaise Gécamines et d’autres acteurs internationaux sont en quête des mêmes terres aussi nécessaires pour les communautés locales que pour les forêts de miombo. Le président américain Donald Trump a fait de la diplomatie minière une partie de son approche pour résoudre le long conflit en RD Congo à l’est — cherchant un accès pour les entreprises américaines.
À travers cette région, les communautés locales, détenant des droits fonciers coutumiers sans pour autant détenir les droits fonciers formels qui les protègent de l’expulsion, se tournent vers les CFCL pour obtenir un titre de sécurisation sur leurs terres et conserver le reste des forêts de la savane. Ce titre de sécurisation leur permet de détenir les concessions à perpétuité, jusqu’à 50 000 hectares.
Depuis 2016, ces concessions forestières communautaires intègrent une stratégie nationale clé utilisée dans le pays, pour fournir aux communautés une base légale leur permettant de gérer leurs propres forêts et d’atteindre les objectifs nationaux de biodiversité.
Jusqu’à présent, il y a 20 CFCL dans la province du Haut-Katanga, avec 12 autres en cours de vérification et reconnaissance.
Dans le contexte d’expansion des sociétés minières qui se partagent le plus grand gisement de cobalt au monde, les Concessions forestières de communauté locale (CFCL) se présentent comme une certaine garantie de stabilité.
« Les CFCL constituent effectivement une garantie contre les pressions foncières… les délocalisations et les expropriations, par les miniers », selon Héritier Khoji, spécialiste des forêts de miombo et professeur à la Faculté d’agronomie de l’université de Lubumbashi.
Protéger les forêts de miombo dans un milieu minier
Les CFCL sont accompagnées de plans de gestion environnementale, dirigées par des communautés autochtones et locales avec le soutien de quelques ONG environnementales et bailleurs de fonds. Ces plans concernent le multi usage des ressources naturelles et comprennent souvent des projets d’agroforesterie durable, des efforts de reforestation, une exploitation contrôlée pour le charbon et des zones spécifiques pour la conservation et le développement rural. Les entreprises minières chevauchant ou impactant une CFCL, comme SEK, peuvent également verser des redevances aux communautés pour leurs opérations.

Pour Hester Kyaushi, chargée de suivi-évaluation à la CFCL Katanga, les forêts communautaires constituent un espoir de stabilité et de maintien de la culture. « Il n’y a plus de champignons ; les fruits sauvages n’existent plus : tous les arbres sont coupés par les fabricants de charbon de bois. Même les plantes médicinales deviennent rares. Jadis, lorsque nous étions jeunes, on nous soignait avec les plantes », se plaint Kyaushi.
La CFCL Lukutwe était financée à hauteur de 4,5 millions US depuis 2016 par le Fonds pour l’environnement mondial (GEF) et mise en œuvre par la FAO, dans la province du Haut-Katanga, dans le but de réduire la dégradation des forêts claires de la RDC.
« Avec ses 6095 ha, la CFCL Katanga espère aussi restaurer ces forêts et organiser une exploitation contrôlée en définissant les zones d’exploitation agricole, de conservation et de protection intégrale. Chaque CFCL a une brigade civile, des volontaires qui surveillent les accès et limites du territoire et des forêts », explique Kibole Kahutu, vice-président de la CFCL Katanga.

Les forêts de miombo, le plus grand écosystème de forêt tropicale sèche au monde, couvrent le sud du pays. Elles sont dominées par des arbres de la famille des légumineuses des genres Brachystegia, Julbernardia et Isoberlinia, dont les communautés d’Afrique centrale et australe dépendent et qui protègent des bassins vitaux.
Mais comme sur d’autres parties du continent, les forêts de miombo rétrécissent dans le pays en raison de l’agriculture, de la déforestation pour le bois de chauffage et de l’exploitation minière en expansion. De 2001 à 2024, les provinces de Lualaba et du Haut-Katanga ont collectivement perdu 1,38 million d’hectares de couverture arborée, avec des pertes importantes concentrées le long de la ceinture cuivre-cobalt.
Les mines, en revanche, continuent d’exercer leur pression dans la région. Selon une carte du cadastre minier, la ceinture de cuivre et cobalt a l’une des concentrations les plus élevées de licences d’exploration et minières dans le pays. La plupart de ces licences incluent des droits d’exploration et d’exploitation pour le cuivre et le cobalt.
L’exploitation minière dans la région a parfois causé des déversements ayant menacé les cours d’eau, les champs agricoles et la santé des communautés. À Lubumbashi, une fuite d’effluents industriels issus du bassin de rétention de Congo Dongfang Mining (CDM), filiale du géant chinois Huayou Cobalt, a inondé le 4 novembre 2025, plusieurs quartiers périphériques. Le gouvernement congolais a suspendu depuis l’importante opération de cuivre et de cobalt.

Jusqu’à présent, les communautés ont sécurisé leurs terres à travers 227 CFCL, couvrant plus de 4.48 millions hectares dans le pays. Dans la province du Haut-Katanga, il y a 20 CFCL, couvrant 239,000 hectares de terres et de forêts, et 12 autres sont en cours de reconnaissance.
De nombreuses CFCL sont entourées de sociétés minières nationales et étrangères ou les chevauchent. Près de la communauté Katanga, le village Kambala tente de créer une CFCL sur des terres qui chevauchent légèrement la licence d’exploration de MMG Kinsevere SARL, une filiale de MMG Limited basée en Australie, avec la société chinoise China Minmetals comme principal actionnaire.
Encore des soucis
Mais, aux dires de Khoji, les CFCL ne sont pas une solution parfaite contre la déforestation ou la délocalisation des communautés par l’exploitation minière. Parfois, les communautés exploitent elles-mêmes les minerais de manière artisanale et non contrôlée.
Les entreprises peuvent aussi toujours exploiter dans une CFCL après avoir consulté et obtenu le consentement des communautés. Cependant, les peuples autochtones et les communautés locales se plaignent fréquemment que les entreprises ne reçoivent pas leur consentement ou n’arrivent pas à des accords partagés, tout en obtenant des licences minières sur des terres communautaires sécurisées.

« Bien que l’obtention des CFCL constitue une garantie contre les pressions foncières, cependant, l’application difficile des lois, décrets, ordonnances et autres constitue un obstacle contre cette garantie. A cela s’ajoute la politisation de tous les secteurs, ce qui ramène à considérer le poids politique de ceux qui menacent les CFCL, appartenant aux communautés pauvres et sans poids politique », explique Khoji.
« Dans notre pays, bien qu’aucune loi ne soit au-dessus de l’autre, on semble accorder plus d’importance à la loi minière. En conséquence, il ne sera pas étonnant de voir un jour quelqu’un venir de Kinshasa avec un titre minier se trouvant dans une CFCL ».
Un exemple, dit-il, est la possible délocalisation d’un internat, situé entre deux sociétés minières chinoises, au village Luisha.
« C’est à ce genre de situation que la foresterie communautaire répond. Une exploitation minière s’installe dans la zone, et il devient difficile d’accéder à sa propriété dument obtenue des autorités », commente Stéphane Banza, coordonnateur de l’ONG Action pour la protection de la nature et des peuples autochtones du Katanga (APRONAPAKAT) ayant encadré plusieurs CFCL de la région, dont celle de Lukutwe.

Selon Dominique Bikaba, directeur exécutif de l’organisation environnementale, Strong Roots Congo, qui travaille plutôt dans l’Est du pays, son groupe a pour but de protéger les droits fonciers des communautés pour la conservation de la biodiversité et de lancer la discussion de l’exploitation minière dans les CFCL.
« Il s’agit des séances de plaidoyer avec les ministères et les autres institutions étatiques concernées du côté de l’Etat congolais, mais aussi des campagnes de capacitation, y compris le développement et le renforcement des capacités des Peuples autochtones et des communautés locales, sur les questions minières dans le droit foncier, ainsi que dans la promotion de la diversification des sources d’économie et d’énergie locales dans les milieux ruraux », explique Bikaba. « Nous pourrions attendre que des conclusions plausibles soient faites entre deux et trois ans de discussions ».
Un autre problème, auquel les concessions forestières sont confrontées, est le manque de financement, pour soutenir les plans environnementaux.
Aux villages Lukutwe et Katanga, les CFCL acquises ne rapportent pas immédiatement. Cela décourage certains habitants, indique Véronique Sebente, l’autre chargée du suivi-évaluation du comité local qui pilote la propriété foncière collective à Katanga.
« Nous avons fait germer des pépinières et avons planté des arbres ayant commencé à croître. Mais à cause du manque de financement, et puisque nous plantons ces arbres dans la brousse, lorsqu’il y a feu de brousse, les jeunes plantes brûlent. Il ne nous est pas facile d’assurer le suivi de la CFCL à ses limites lointaines, faute de moyens de transport », explique Sebente.

Katanga fait également face aux intrusions des bucherons venus de Lubumbashi pour fabriquer le charbon de bois. « Lorsque nous effectuons des surveillances de la concession forestière, il arrive que ces personnes vous surprennent en vous entourant et vous agressent. Nous connaissons ainsi des difficultés pour sécuriser cette concession », assure Kibole Kahutu, vice-président de la CFCL Katanga.
Bien que ce ne soit pas une solution parfaite, les membres des CFCL disent que leurs concessions forestières offrent au moins une certaine forme de protection dans la course, pour exploiter les minerais de la RDC.
Une route qui traverse la CFCL Katanga du sud, au nord vers une carrière minière, rappelle constamment aux paysans qu’il arrivera peut-être qu’un industriel ait besoin d’accéder à la propriété.
« Notre appui, dans ce cas, ce sont les documents de la CFCL obtenus de l’Etat », explique Kibole.
Les ministres de l’Environnement et des mines, ainsi que les sociétés minières SEK et MMG Limited, ont été contactés, mais nous sommes malheureusement sans suite de leur part.
Ce reportage est le fruit d’un partenariat entre Mongabay et Agence France-Presse (« AFP »).
Cet article a été publié en anglais le 16 Jan., 2026.
Image de bannière: Une mine à Likasi le 26 novembre 2025. Image de Glody MURHABAZI / AFP).
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