- Dans l’arrondissement d’Avlékété, dans la commune de Ouidah au sud du Bénin, le lancement du dragage de sable lagunaire est source de conflit.
- Soutenus par les populations des villages d’Agbanzin-Kpota et d’Avlékété, les pêcheurs, les salicultrices et les osiéricultrices, s’opposent à ces travaux dans leur localité.
- Ils estiment que ce dragage menace leur environnement, la biodiversité et surtout les sources de revenus des jeunes et des femmes.
Le sable lagunaire est l’un des principaux matériaux de construction au Bénin. La lagune « djessin » (l’eau de sel), sise à Koguèmey, au village d’Avlékété, dans la commune de Ouidah, à une quarantaine de kilomètres de Cotonou, au Bénin, connaît, depuis début août 2026, les travaux de dragage de sable. « Une drague aspiratrice et d’autres engins lourds ont fait irruption sur la berge de ladite lagune, à la grande stupéfaction de la population. Nous nous sommes rapprochés des agents sur le site pour savoir ce qui se passe. Ils ont expliqué que c’est pour le dragage de sable lagunaire », a confié Ayécofodjou Dossougbété, visiblement très en colère, rencontré par Mongabay au quartier Ayilacodji, non loin de la lagune.
Suite aux démarches de la population pour comprendre les réelles motivations de cette activité dans le village, il a été annoncé une séance d’information avec la communauté. Ce qui, selon Dossougbété, n’a pas été fait avant le lancement du dragage de sable. Le drame, dit-il, est que les engins ont détruit le site de production de sel et les pièges à poissons installés dans la lagune.
Et c’est la cause du soulèvement des populations à Ayilacodji, Codji-Aga, Lokovi et Koguèmey, le mercredi 26 août 2026, pour se faire entendre. « Cette lagune et les bas-fonds qui l’entourent sont des sources de revenus des femmes salicultrices, des jeunes pêcheurs et des cultivateurs. Lancer une telle activité sans consulter au préalable la population est suicidaire pour toute la communauté, parce qu’elle vit quotidiennement des ressources de ces zones humides », a dit Dossougbété.

Très triste, Michel Ayi, un jeune pêcheur lâche : « Avec mon binôme, je vais dans cette lagune pêcher des poissons, et surtout des crevettes et des crabes. C’est notre activité principale dans cette zone humide d’une profondeur de 1 à 2 mètres ». Le dragage, dit-il, va non seulement détruire l’habitat de ces espèces, mais aussi laisser des abîmes sous l’eau ; un véritable danger pour les pêcheurs, selon ce dernier.
Quittant le quartier Ayilacodji pour Koguèmey, le bruit de la drague aspiratrice déchire le silence du village et projette les sédiments sur un amas de sable sur la berge lagunaire. De loin, on aperçoit quelques oiseaux piscivores, planant sur l’eau à la quête de poissons. Observant le paysage, Lucien Dossougbété, cultivateur, septuagénaire, très soucieux, confie : « Nous demandons au gouvernement de s’impliquer pour protéger notre environnement. Car, la biodiversité qui donne vie et procure des revenus à la communauté est en danger ».
Ce dragage de sable, a-t-il précisé, va détruire la lagune avec des impacts sur les populations des villages voisins. Il déclare que « pendant les travaux champêtres, ce sont les femmes qui soutiennent financièrement les hommes au foyer jusqu’à la récolte, avec les revenus issus de la vente de sel. Je me demande ce qui va se passer si elles sont dépourvues d’activités ».

Les salicultrices dans le désarroi
D’après des informations reçues par Mongabay à proximité du site de dragage à polémique, l’espace de production de sel des femmes est déduit. De Ayilacodji à Koguèmey, les femmes ne cessent de se lamenter. « La communauté est triste et malade depuis que cette machine résonne et pompe le sable dans le village », dit Angèle Dossougbété, salicultrice depuis une trentaine d’années.
Elle poursuit : « Nous nous attachons à la production de sel. Il n’y a pas de mévente sur le marché. En retour, nous rentrons avec des vivres pour la famille. Et voilà, des machines sont en guerre contre les salicultrices. Les sites de collecte de saumure et de production sont pris d’assaut pour le dragage de sable lagunaire ».
Eliane Gnikobou, salicultrice depuis 20 ans à Ayilacodji, ajoute : « C’est le bénéfice issu de la vente de sel qui nous permet de scolariser nos enfants. Et voilà ce qui se passe. Les jeunes pêcheurs et cultivateurs sans activités pourraient être une menace pour la société ». De même que les salicultrices, des zones de pêche des femmes et des jeunes sont aussi ciblées pour ce dragage.
Kpossi Adjihanou, salicultrice à Koguèmey, a expliqué que « les femmes salicultrices n’ont reçu aucune information avant le démarrage de ces travaux. Nous avons constaté que les machines sont en train de pomper le sable dans la lagune. Nous ne voulons pas cela dans notre village. Les femmes sont bloquées et vouées à l’oisiveté ».
Sa consoeur, Pélagie Dossou, salicultrice, s’est empressée d’ajouter : « Nos maris sont nés dans le village. Leur espace de travail est pris de force. C’est vraiment déplorable. Quels que soient les avantages que promet le dragage, moi je ne veux pas. Qu’ils nous laissent produire le sel et nos maris sur l’eau comme ils savent bien le faire ».
Les femmes craignent aussi le risque de noyade des élèves du Collège d’enseignement général de « Gbèdodé Houndjava », qui se livrent à la baignade dans la lagune. « A part les élèves qui fréquentent la lagune parfois au crépuscule, d’autres personnes pourraient être prises au piège par la profondeur et se noyer », dit Lucien Dossougbété.
Connaissant le couloir de circulation de l’eau en temps de pluie, il craint les inondations. Car, il constate que l’entreprise fait le stock de sable sur le couloir naturel de l’eau. Ce qui, selon lui, est un signal fort de risque d’inondation dès les prochaines pluies.

Manque d’information ou situation confuse
Pendant que la population se révolte contre l’activité de dragage de sable lagunaire dans leur village, l’autorité locale apaise et fait savoir que le pouvoir central a donné son quitus. « Le bas-fond appartient à l’Etat, et c’est lui qui a autorisé cette activité. Les protestataires sont dans l’illégalité. Ils devraient saisir les autorités compétentes pour se faire entendre », a expliqué Lucien Vodounonmèhou, chef du village d’Avlekété. Informés de la protestation, Christian Houétchénou, le maire de Ouidah et Raphaël Akotègnon, préfet du département de l’Atlantique, ont fait le déplacement pour échanger avec la population et l’inviter au calme.
Des explications de Vodounonmèhou, on retient qu’il y a eu au préalable des discussions avec les habitants de Koguèmey concernés par le site de dragage faisant environ 20 hectares. Même les salicultrices, dit-il, ont été approchées. Pour le chef du village, l’entreprise a reçu l’autorisation avant le lancement de ces activités. « Ce n’est pas une zone habitable. Les femmes et les jeunes y mènent des activités de production de sel et de pêche », a-t-il dit.
Il a confié que ces travaux de dragage, dans le village, peuvent faire bénéficier, à la communauté, des infrastructures sociocommunautaires. Pour de plus amples explications, les démarches envers l’entreprise responsable des travaux ont été vaines.
Le passage des autorités n’a pas calmé la grogne de la population contre le dragage de sable lagunaire dans leur localité. Les jeunes et les femmes de Ayilacodji, Codji-Aga, Lokovi et Koguèmey murmurent et se plaignent de la destruction de la diversité biologique de leurs sites d’activités.

Image de bannière : Une drague aspiratrice éjectant du sable lagunaire avec de l’eau. Image de Patrice Soglo pour Mongabay.
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