- Une équipe de chercheurs du Canada a découvert que le ver de cire consomme du plastique et rejette le glycol, un sous-produit chimique.
- Cependant, le plastique, bien qu’ingéré volontairement, n’apporte pas les nutriments essentiels à la croissance, ni à la survie des vers.
- Cette découverte peut cependant aider dans la lutte contre la pollution plastique en permettant de reproduire ce mécanisme à grande échelle hors du ver.
- Les experts pensent que les vers de cire suscitent un intérêt scientifique, mais que seule une réduction à la source du plastique constitue une véritable solution.
La découverte de la capacité des larves de chenilles de la fausse teigne de la cire (Galleria mellonella), aussi appelées vers de cire, à décomposer le polyéthylène basse densité (LDPE), un plastique couramment utilisé pour fabriquer des sacs et des films d’emballage, ouvre de nouvelles voies dans la lutte contre la pollution plastique.
Le professeur Bryan Cassone de l’université de Brandon au Canada a fait cette annonce, le 8 juillet 2025, à Anvers, en Belgique, lors de la conférence annuelle de la Society for Experimental Biology, une organisation scientifique britannique dédiée à la recherche en biologie expérimentale.
Cassone, coauteur de l’étude sur la capacité des larves de Galleria mellonella à survivre et à maintenir une fonction métabolique lorsqu’elles sont nourries exclusivement avec du polyéthylène, explique à Mongabay, qu’il voit dans ses recherches, plusieurs applications possibles. « Élever les vers pour qu’ils participent à la dégradation du plastique, ainsi qu’isoler ou reproduire le mécanisme de biodégradation pour l’utiliser en dehors de l’organisme. À cela s’ajoute une piste économique secondaire qui est l’usage des vers comme aliment dans l’aquaculture. Les données préliminaires suggèrent qu’ils pourraient faire partie d’un régime alimentaire très nutritif pour les poissons de consommation commerciale », dit-il.
Dégradation du plastique
Le polyéthylène est le type de plastique le plus produit et le plus répandu au monde. Il met des centaines d’années pour se décomposer et, en se dégradant, libère des gaz polluants dont certains contribuent au réchauffement climatique. Pourtant, « 2 000 larves de Galleria mellonella peuvent dégrader partiellement un sac plastique de six grammes en une journée », dit Cassone.
En fait, l’étude révèle que la Galleria mellonella consomme le polyéthylène basse densité, le transforme ensuite partiellement en graisse qu’elle stocke dans son organisme, et rejette un sous-produit chimique, le glycol, « probablement issu de la dégradation du polyéthylène ». Le glycol entre dans la fabrication de nombreux produits du quotidien, tels que les antigels, les dégivrants, les liquides de refroidissement.

Pour obtenir ce résultat, l’équipe de Cassone a observé les transformations du fat body du ver, un organe central chargé du stockage des graisses et du métabolisme énergétique, l’équivalent du foie humain chez les insectes. Le métabolisme désigne l’ensemble des réactions chimiques qui permettent à un organisme de transformer des substances pour produire de l’énergie.
La méthodologie a consisté à former trois groupes de larves. Le premier groupe a été nourri avec leur alimentation naturelle, c’est-à-dire le miel et la cire. Le deuxième groupe a été nourri uniquement avec du polyéthylène de basse densité et le dernier groupe a été privé de nourriture, affamé pour des motifs de comparaison.
Pour chaque groupe, les chercheurs ont mesuré plusieurs critères parmi lesquels la croissance, la masse corporelle, la composition du fat body ou encore l’activité mitochondriale, qui est la capacité des cellules à produire de l’énergie à partir des nutriments.
À l’issue des dix jours d’expérience, les résultats montrent que les larves nourries à leur régime naturel à base de cire d’abeille affichent un taux de survie de 96,1 %, contre 52,3 % pour les larves affamées, et 47,8 % pour celles nourries au polyéthylène basse densité. Malgré une consommation régulière et soutenue du plastique tout au long de l’expérience, ces larves ont perdu en moyenne 46,1 % de leur masse corporelle initiale, une perte presque identique à celle observée chez les larves privées de nourriture.
En comparaison, les larves bien nourries ont doublé leur poids, qui a augmenté de 92,4 %. Ces vers ont donc la capacité de consommer du plastique, mais un régime uniquement composé de polyéthylène ne leur apporte pas les nutriments essentiels et entraîne une forte mortalité.

L’entrée en pupation, qui marque le début de la transformation en chrysalide (état intermédiaire par lequel passe la chenille avant de devenir papillon), a été observée dans les trois groupes, mais elle a été beaucoup plus précoce chez les larves affamées (57,4 %) et les larves nourries au plastique (69,5 %) que chez celles nourries à la cire (33,4 %).
Ce phénomène, interprété comme un signe de stress nutritionnel, s’est accompagné d’un poids plus faible chez les larves au plastique et les affamées, comparé aux larves bien nourries.
Toutefois, les larves nourries au plastique conservent une partie de leur masse graisseuse. Cela suggère qu’elles réussissent à tirer un peu d’énergie du plastique, mais pas assez pour se développer normalement. Après 10 jours, près de la moitié des larves nourries au polyéthylène sont mortes, comme celles privées de nourriture.
Les résultats démontrent donc que, si les larves de Galleria mellonella mangent volontiers du plastique, cette alimentation ne leur permet ni de croître correctement, ni de survivre.
Solution pour réduire l’empreinte plastique
Le professeur Christophe LeMoine est le doyen de la Faculté des sciences de l’université de Brandon au Canada et coauteur de l’étude. Au moment où le monde cherche des solutions pour stopper la pollution plastique, Mongabay lui a demandé si le type de recherche qu’il mène peut contribuer à l’élaboration de solutions et ce qu’il faut pour passer de la connaissance scientifique à l’impact pratique. « Il est certain que ces travaux pourraient offrir des options technologiques pour réduire notre empreinte plastique. Il serait notamment idéal que le plastique puisse être ciblé et traité avant qu’il ne se retrouve dans notre environnement », dit LeMoine. « Pour passer de la science à l’application, il faudrait un financement important afin de permettre une approche globale réunissant chimistes, microbiologistes, entomologistes, toxicologues, ainsi que des partenaires industriels et des utilisateurs finaux ».
« Il est souhaitable qu’on approfondisse les recherches sur les vers de cire, afin qu’on soit fixés sur leur impact dans la réduction optimale de la pollution plastique dans les milieux géographiques les plus touchés par ce fléau. Cette découverte peut, après approfondissement des recherches, être une des voies du combat contre la pollution plastique », dit à Mongabay, Blaise-Pascal Ntirumenyerwa Mihigo.
Ce dernier est le codirecteur de l’Observatoire sur l’Agenda 2030 des Nations unies, attaché au Centre d’études sur l’intégration et la migration (CEIM) de l’université du Québec à Montréal (Canada), qui suit et analyse la mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD) à travers le monde.

Prévenir la pollution plutôt que s’y adapter
Jules Vagner est cofondateur d’Objectif Zéro Plastique (OZP), une association française qui sensibilise la population à la pollution plastique, au suremballage et à la surconsommation de plastiques jetables et à usage unique. « L’idée que des vers puissent manger du plastique intrigue, mais ce n’est pas une solution réaliste, car elle détourne du vrai enjeu : prévenir la pollution plutôt que s’y adapter », dit Vagner à Mongabay.
Il ajoute : « Nous pensons au sein de l’association Objectif Zéro Plastique qu’il y a une hiérarchie d’action : réduction, réemploi, et recyclage en dernier recours. Cela implique d’interdire les plastiques jetables non essentiels, de diminuer la production mondiale et d’imposer des choix politiques forts. En somme, ces recherches apportent des connaissances, mais la vraie solution passe par la lutte contre la surproduction de plastique ».
D’autres études ont également été menées sur des organismes mangeurs de plastique qui pourraient aboutir à une dégradation biologique des déchets plastiques, encore appelée bioremédiation.
En Serbie, par exemple, Larisa Ilijin et son équipe de l’Institut de biologie de Belgrade, démontrent que le ver de farine, Tenebrio molitor, est capable de dégrader partiellement le polystyrène.
Au Kenya, la chercheure Evalyne W. Ndotono et ses collègues de l’Institut international de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE), basé à Nairobi, ont identifié le ver Alphitobius diaperinus, capable de consommer du polystyrène, mais avec une survie réduite quand l’alimentation est composée exclusivement de plastique.
« Je pense que la bioremédiation est certainement une approche intéressante à explorer davantage. Pour mettre en œuvre ces processus à grande échelle, il faudrait des ressources importantes, mais cela pourrait certainement être une piste prometteuse pour résoudre notre problème de plastique », dit LeMoine.
Image de bannière : Le vers de cire est capable de décomposer le plastique servant à fabriquer des sacs et des films d’emballage. Image de Adam Furlepa via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).
Citations :
Cassone, B. J., Grove, H. C., Kurchaba, N., Geronimo, P. & LeMoine, C. M. R. (2022). Fat on plastic: Metabolic consequences of an LDPE diet in the fat body of the greater wax moth larvae (Galleria mellonella). Journal of Hazardous Materials, 425, 127862.
https://doi.org/10.1016/j.jhazmat.2021.127862
Ilijin, L., Popović, D., Živković, M. et al. (2025). The impact of co-fed plastic diet on Tenebrio molitor gut bacterial community structure. Sci Rep 15, 21203.
https://doi.org/10.1038/s41598-025-04805-8
Ndotono, E. W., Tanga, C. M., Kelemu, S. & Khamis, F. M. (2024). Mitogenomic profiling and gut microbial analysis of the newly identified polystyrene-consuming lesser mealworm in Kenya. Scientific Reports, 14(1), 21370.
https://doi.org/10.1038/s41598-024-72201-9
La lutte contre la pollution plastique doit continuer, malgré l’absence d’un traité
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