- À Mintom, dans le Sud du Cameroun, la cacaoculture s’est développée dans des systèmes agroforestiers, y compris dans des forêts classées.
- La gestion intégrée des forêts communautaires et des parcelles cacaoyères qui s’y imbriquent repose sur des accords définis par les communautés elles-mêmes.
- Les arbres indigènes et les arbres fruitiers, présents dans ces plantations, régulent à la fois le climat et génèrent des revenus pour ces communautés.
- L’organisme de certification américain Rainforest Alliance recommande la présence d’au moins 40 % d’arbres d’ombrage dans les agroforêts à base de cacao, pour une meilleure régulation du climat.
MINTOM, Cameroun – Vue du ciel, la mosaïque d’arbres tapissés sur des hectares à perte de vue donne à voir une forêt équatoriale du Sud du Cameroun, dans le bassin du Congo. Pourtant, sous cette dense canopée, sont dissimulées plusieurs plantations cacaoyères, à l’instar de celle d’Armand Ze Minko, située dans le village Zoebefam-Mintom, à la périphérie sud de la Réserve de faune du Dja, s’étendant sur 526 000 hectares (1 299 774 acres), entre les régions du Sud et de l’Est du Cameroun.
La plantation de Ze Minko, couvrant une superficie de 7,5 hectares (18,5 acres), fruit d’un héritage familial, n’est pas logée dans une forêt quelconque. Elle se trouve dans la forêt communautaire de l’Association Bantou-Pygmées de Zoebefam-Mintom (ABAPY), couvrant 5000 hectares (12 3555 acres), et appartient aux communautés locales Bantou et aux autochtones Baka de la localité.
L’arrondissement de Mintom est un important bassin de production cacaoyère dans le pays, abritant 13 forêts communautaires, selon les données de l’organisation de certification américaine Rainforest Alliance. Celle-ci a certifié une coopérative de producteurs dans la localité, dénommée Société coopérative simplifiée des producteurs de cacao de Mintom (SCOOPS PROCAM). Cette entité compte en son sein 167 producteurs. Cédric Happy, chef de bureau de Rainforest Alliance à Mintom, dit que la totalité des plantations cacaoyères leur appartenant se trouve dans des forêts communautaires.
« Quand on a fait l’analyse des cartes de risques de déforestation, on a superposé les données obtenues sur la carte forestière du Cameroun, qui indiquent que les plantations géolocalisées se trouvent dans des forêts communautaires », explique-t-il à Mongabay.

Forêts classées et cacaoculture : gestion à problème ?
Une cohabitation qui suscite des questionnements, tant le statut juridique de cette forêt classée consacre la protection de son intégrité, y compris contre l’agriculture; la cacaoculture étant réputée dévastatrice des forêts.
Tanguy Zame Mebiame, un expert local chargé du suivi de la cacaoyère de Ze Minko et membre de la communauté Bantou de Zoebefam-Mintom, a expliqué à Mongabay que « la forêt communautaire a été créée quand la plantation existait déjà ». « Par conséquent, on a pris en compte la présence des champs qui se trouvaient dans la forêt communautaire au moment de sa création », précise-t-il. Il dit aussi qu’à Mintom, la plupart des plantations sont vielles de plus de 40 ans.
En plus des cacaoyères, la forêt communautaire ABAPY abrite également des jachères, exploitées par les femmes du village, pour les cultures vivrières telles que le manioc, le maïs, les arachides, etc. La gestion intégrée des forêts communautaires et des parcelles dédiées à l’agriculture repose cependant sur des accords préalablement définis par les communautés elles-mêmes, et contenus dans les plans simples de gestion de ces forêts.
Ze Minko , que Mongabay a interrogé au sein de sa plantation, au pied du moabi (Baillonella toxisperma), un arbre dont les fruits sont économiquement rentables, et qui est aussi réputé pour ses vertus médicinales, précise à ce sujet qu’« avant d’abattre les arbres qui se trouvent dans [sa] plantation, on doit obtenir [son] accord ». Ce propos est corroboré par Philippes Salla Mendomo, président de la forêt communautaire « Solidarité », l’une des 13 forêts communautaires qu’abrite l’arrondissement de Mintom : « Si un exploitant forestier abat un arbre dans une cacaoyère, celui-ci doit recevoir 10 % des revenus générés par l’arbre, à cause des dégâts que l’arbre pourrait causer dans sa plantation », explique-t-il à Mongabay.
De l’avis d’Alain Fabrice Mfoulou, juriste environnementaliste et membre de l’ONG camerounaise Green Development Advocates (GDA), la cohabitation entre les forêts communautaires et les cacaoyères ne représente pas un préjudice au sens de la loi camerounaise ; elle revêt même des enjeux économiques importants pour les communautés, lorsque la gestion intégrée est adossée sur un plan simple de gestion de la forêt.
« Du point de vue strictement légal, les deux usages ne sont pas incompatibles si le plan simple de gestion de la forêt communautaire concernée intègre l’agriculture parmi les activités à mener ». « La cohabitation entre forêt communautaire et cacaoyère permet donc aux communautés d’accroitre leurs revenus et de transmettre la culture agroforestière prégnante au Cameroun à la jeune génération. Ce qui permet en même temps de cultiver le cacao et de conserver des proportions d’essences forestières importantes, pour la pharmacopée ou la collecte de produits forestiers non ligneux, dont l’importance n’est plus à démonter pour les populations locales et autochtones », indique Mfoulou.
Il importe cependant de souligner que le ministère camerounais des Forêts et de la faune a entrepris, fin juillet 2026, de procéder à un inventaire des plantations cacaoyères au sein des forêts classées et des forêts communautaires. Ce recensement permettra de « renforcer les éléments attestant de la légalité des plantations de cacao, afin de répondre aux exigences du marché européen, notamment celles du Règlement de l’Union européenne sur les produits exempts de déforestation (RDUE) », indique une note du secrétaire général dudit ministère, Joseph Nyongwen, adressée aux délégués régionaux des Forêts et de la faune et consultée par Mongabay.

Agroforêts à base de cacao et régulation du climat
Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) classe la zone de Mintom parmi les paysages agroforestiers « hautement diversifiés », où les cacaoyers présentent les plus fortes densités et une diversité d’arbres forestiers associés. Autrement dit, les systèmes agroforestiers à base de cacao recensés dans ce bassin de production intègrent la présence d’arbres d’ombrage. Parmi ses critères de certification, le Rainforest Alliance recommande par ailleurs un taux de 40 % d’arbres d’ombrage, soit l’équivalent de 25 arbres tout au plus à l’hectare, composés d’espèces indigènes et d’arbres fruitiers dans les plantations cacaoyères.
« Il y a des éléments qui sont recommandés par le standard, à savoir garder certains arbres indigènes qui produisent des Produits forestiers non ligneux (PFNL), des arbres qui favorisent la fertilité du sol, des arbres à chenilles, des arbres fruitiers, etc. Cependant, il y a des arbres fruitiers dont il faut limiter la densité dans les plantations à l’instar des manguiers, qui peuvent porter des maladies, dont ils ne souffriront pas, mais qui seront plutôt transmises aux cacaoyers », explique William Mala, Senior Manager, Landscapes and communities au sein de Rainforest Alliance.
Mala souligne également que la cohabitation entre les cacaoyers et les arbres joue un rôle essentiel dans la régulation du climat à une micro-échelle, contribuant ainsi à atténuer les effets du changement climatique.
« Ces arbres séquestrent le carbone par leur présence, et c’est ça l’intérêt d’avoir des modèles agroforestiers à base de cacaoyers. Il y a cette complémentarité entre les cacaoyers et les arbres forestiers, qui augmente les stocks de carbone, mais les arbres stockent beaucoup plus de carbone que les cacaoyers qui sont des arbustes ».
Happy dit aussi que ce modèle de système agroforestier concourt à la restauration et à la fertilisation des sols, car le feuillage qui retombe des arbres constitue une litière permettant au sol de résister contre l’érosion.
Image de bannière : Des cacaoyers introduits près d’un arbre d’ombrage pour densifier la plantation de Ze Minko à Zoebefam-Mintom, dans le Sud du Cameroun. Image de Yannick Kenné pour Mongabay.
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