- À l’approche de la 70ᵉ réunion de la Commission baleinière internationale, une coalition d’organisations d’Afrique de l’Ouest et centrale appelle, à travers une pétition, les gouvernements de la région à abandonner leur soutien aux positions favorables à la chasse commerciale, et à adopter une ligne commune en faveur de la conservation des baleines.
- Les signataires de la pétition rappellent que les baleines jouent un rôle clé dans le fonctionnement des écosystèmes marins et la régulation du climat, tout en soutenant les ressources halieutiques dont dépendent de nombreuses communautés côtières.
- Pour les experts, une position africaine plus favorable à la conservation permettrait également de renforcer le tourisme d’observation des baleines, l’économie bleue et la souveraineté de la région dans les négociations internationales sur la biodiversité.
- La coalition appelle les délégations africaines à cette conférence à parler d’une seule voix en faveur de la conservation des baleines, en soutenant les mesures internationales de protection des cétacés, notamment la création de sanctuaires baleiniers, et en renforçant la cohérence entre leurs engagements internationaux et leurs politiques nationales de biodiversité.
Alors que l’Australie se prépare à accueillir la 70e réunion biennale de la Commission baleinière internationale (CBI70), du 28 septembre au 3 octobre prochain, la Coalition d’Afrique de l’Ouest et centrale pour les baleines a lancé une nouvelle pétition pour un repositionnement africain en faveur de la conservation de ces grands mammifères marins.
« A l’approche de la CBI70, il est essentiel de franchir une nouvelle étape en affirmant clairement une position régionale en faveur de la conservation des baleines, des espèces les plus majestueuses et emblématiques encore existantes au monde », a écrit la Coalition dans le préambule de sa pétition, pour laquelle elle mobilise jusqu’au 15 août prochain, autant de signatures que possible.
Déjà soutenue par plus de 200 experts, acteurs de la société civile, scientifiques et des structures gouvernementales impliqués dans la lutte pour la préservation de la biodiversité marine, cette pétition part du constat que « depuis plusieurs décennies, plusieurs États membres de la CBI en Afrique de l’Ouest et centrale soutiennent régulièrement, au sein de la CBI, des positions favorables à la chasse commerciale à la baleine et opposées ou non à des mesures essentielles de conservation ».
« Ces positions se sont notamment traduites par le soutien à des initiatives visant à affaiblir le moratoire international sur la chasse commerciale à la baleine, l’appui à des propositions d’attribution de quotas de chasse commerciale à la baleine, l’opposition à la création de sanctuaires baleiniers dans l’Atlantique Sud et le Pacifique Sud, l’invocation d’arguments liés à la sécurité alimentaire pour justifier des positions favorables à la chasse à la baleine, déconnectées des réalités de notre région, et l’obstruction des processus de décision, notamment en quittant la salle lors de votes cruciaux afin de faire tomber le quorum », a écrit la Coalition.
De ce constat, elle appelle les gouvernements de la région à choisir une position responsable, cohérente et résolument tournée vers la conservation lors de la CBI70.

La protection des baleines est essentielle
Que ce soit pour la coalition ou pour les signataires de cette pétition, la conservation des baleines est une urgence et un impératif.
« La protection des baleines est essentielle en Afrique de l’Ouest et centrale, car elles jouent un rôle clé dans le bon fonctionnement des écosystèmes marins. La disparition d’une espèce peut perturber l’équilibre de ces écosystèmes et les nombreux services qu’ils rendent aux populations, comme le maintien des ressources halieutiques, la régulation du climat ou encore le stockage du carbone », a dit à Mongabay Clémence Chamouton, assistante de recherche en écosystèmes marins à Renatura, une association congolaise ayant pour objectif la promotion du développement durable à travers la préservation de la biodiversité.
Au-delà de leur rôle écologique, les baleines font partie d’un patrimoine naturel exceptionnel qui mérite d’être préservé, selon Judicaël Régis Kema Kema, point focal cétacés à l’Agence gabonaise des parcs nationaux pour la conservation des espèces aquatiques.
« Je soutiens pleinement cet appel parce que l’Afrique de l’Ouest et centrale constitue une région d’importance stratégique pour la conservation mondiale des cétacés (baleines et dauphins). Nos eaux accueillent plusieurs espèces emblématiques, notamment la baleine à bosse, qui utilise le Golfe de Guinée comme zone de reproduction, de mise bas et de migration. Soutenir cet appel signifie qu’il faut rappeler que l’Afrique doit prendre pleinement part aux décisions internationales concernant directement ses écosystèmes marins et des espèces dont la disparition affaiblirait durablement l’équilibre de nos océans », a dit Kema Kema dans un courriel à Mongabay.
Pour ce dernier, la conservation des baleines dépasse largement la simple protection de la biodiversité, et touche directement aux enjeux climatiques, économiques et sociaux dont dépendent les populations humaines.
Des travaux publiés par le Fonds monétaire international (FMI) ont montré qu’une grande baleine stocke en moyenne 33 tonnes de CO₂ au cours de sa vie, retirant ainsi ce carbone de l’atmosphère pendant des siècles.
« En remontant régulièrement des profondeurs vers la surface, les baleines recyclent également des nutriments essentiels comme l’azote et le fer, stimulant ainsi la croissance du phytoplancton. Ce point est fondamental, car le phytoplancton contribue à au moins 50 % de l’oxygène atmosphérique mondial et capture environ 37 milliards de tonnes de CO₂ chaque année, faisant des baleines des acteurs indirects majeurs de la régulation climatique globale », précise Kema Kema, par ailleurs chercheur à La Rochelle Université, en France.

Un enjeu stratégique de développement économique et de souveraineté maritime
Pour Didier Dagba, président du Conseil d’administration de l’ONG « Jeunesse Espérance Bénin », la protection des baleines est un enjeu vital pour les populations notamment côtières.
« Pour beaucoup, la question semble lointaine. Mais au Bénin et dans toute la sous-région, nos communautés vivent de la mer. Les baleines jouent un rôle clé : elles fertilisent l’océan, stockent du carbone et soutiennent les stocks de poissons. Protéger les baleines, c’est donc protéger la sécurité alimentaire, l’économie bleue et le climat de nos villes côtières comme Cotonou et Ouidah », a-t-il dit dans une interview accordée à Mongabay.
Selon ce dernier, dont l’organisation est engagée en faveur du bien-être des populations et du développement communautaire, les baleines constituent un important levier pour le développement du tourisme durable et la création d’emplois pour les jeunes.
« La protection des baleines n’est pas un sujet de luxe, c’est un sujet de survie et de développement. A la conférence prochaine, il faut plaider pour des aires marines protégées, la réduction de la pollution sonore et plastique, et surtout pour des financements, afin que les jeunes chercheurs africains participent à la conservation. L’avenir de la conservation des baleines passe par l’Afrique. Nous voulons siéger, décider et co-construire », a dit Dagba, qui a aussi signé la pétition.
« L’Afrique dispose d’un potentiel exceptionnel encore largement sous-exploité et des pays comme le Sénégal, le Gabon, le Cap-Vert, São Tomé-et-Príncipe, Madagascar ou l’Afrique du Sud possèdent des habitats critiques pouvant soutenir durablement le développement du tourisme d’observation des baleines », souligne Keme.

Ainsi, à la CBI70, la Coalition d’Afrique de l’Ouest et centrale pour les baleines appelle, dans sa pétition, les gouvernements de la région à choisir une position responsable, cohérente et résolument tournée vers la conservation.
Elle exhorte les États d’Afrique de l’Ouest et centrale, lors de la CBI70, entre autres, à s’opposer aux initiatives visant à affaiblir la protection internationale des baleines ou à promouvoir la reprise de la chasse commerciale à la baleine ; à soutenir les initiatives internationales de conservation des cétacés, y compris la création du sanctuaire baleinier de l’Atlantique Sud, ainsi qu’à garantir une plus grande cohérence entre les positions portées à la CBI, celles adoptées dans le cadre des autres conventions internationales relatives à la biodiversité, ainsi qu’avec les législations nationales.
Selon Chamouton, les délégations africaines devraient, à cette conférence, défendre en un bloc et avec conviction la conservation des baleines.
« Que les délégations africaines ne fassent qu’une seule voix dans les négociations internationales. Les baleines jouent un rôle essentiel pour la biodiversité, et les choix faits aujourd’hui auront des conséquences importantes pour le futur », a-t-elle dit.
Image de bannière : Observation des baleines en Afrique du Sud. Image de Anagoria via Wikimédia Commons (CC BY 3.0).
Citation :
Ralph Chami, Thomas Cosimano, Connel Fullenkamp, and Sena Oztosun, Nature’s Solution to climate change : A strategy to protect whales can limit greenhouse gases and global warming, 2019, in revue du FMI Finance & Development. https://www.imf.org/en/publications/fandd/issues/2019/12/natures-solution-to-climate-change-chami
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