- Les osiéricultrices, les mareyeuses et surtout les salicultrices des communautés riveraines mènent leurs activités en faisant recours par le passé aux bois des mangroves, à Ouidah, une commune au sud du Bénin.
- Avec le soutien de leurs partenaires, les femmes préservent les mangroves, devenues une espèce menacée et protégée par la loi, et produisent le sel avec l’énergie solaire, une source de chaleur naturelle qu’offre cette région tropicale.
- La protection des palétuviers leur a permis de produire le sel au moyen des bâches solaires et de mener d’autres activités génératrices de revenus.
À Djègbadji, dans la commune de Ouidah au sud-ouest du Bénin, c’est avec de l’eau de mer que le sel est produit depuis huit ans.
À Djika, un village de la même commune, la saumure est recueillie à partir de sable de bas-fond pour enclencher la production du sel. Dans un premier temps, l’eau de mer est filtrée et versée sur les bâches. Chaque soir, la bâche est recouverte. Car le contenu n’a besoin que de l’énergie solaire. « Après quatre à cinq jours selon le degré de salinité, la saumure est obtenue, filtrée à nouveau et conservée dans des tanks. Cette eau, concentrée en sel, retourne plus tard sur d’autres bâches et, après trois jours, le sel est récupéré », explique Etienne Agbama, président d’un groupement « Affossogbé Mivèton » sis au village Kouvènafidé, dans l’arrondissement de Djègbadji, dans la commune de Ouidah.
À Djika, la procédure n’est pas si longue. Après l’obtention de la saumure, les femmes obtiennent le sel en une journée. « A 8 heures, la bâche est exposée avec la saumure. Au plus tard à 16 heures, il faut récupérer le sel. Car les rayons solaires de 17 heures ne doivent pas faire ses effets sur la bâche de peur que le sel devienne liquide », explique Collette Sossou, membre du groupement « Akpédjé » de Djika.
Selon les explications des producteurs, 225 litres de saumure d’eau de mer permettent d’avoir 11 kilogrammes de sel. Cependant, à Djika, sur une bâche de 4 mètres de longueur et 2 mètres de largeur, 25 litres de saumure libèrent deux kilogrammes de sel. Une fois le dispositif au soleil, les femmes se consacrent à la fabrication des nattes et du savon, afin de générer des revenus et d’éviter l’oisiveté.

La rentabilité de la production
Selon Josias Madogotcha, environnementaliste, chargé du suivi évaluation et de la conservation des espèces menacées à l’ONG Action Plus, basée à Ouidah, une ville historique située à une trentaine de kilomètres de Cotonou, la capitale économique du Bénin, « la production de sel sur des bâches solaires préserve la santé des femmes ». « Le procédé traditionnel les oblige à être dans de petits appâtâmes, exposées à la fumée et à une forte température à longueur de journée, parce qu’il faut être près du feu pour l’attiser à tout moment », poursuit-il. « Avec le temps, certaines productrices ont des problèmes de vision et des ennuis pulmonaires à cause de la fumée. Avec la technologie de bâche solaire, elles sont protégées de ces affections », souligne-t-il.
Que ce soit à Djègbadji ou à Djika, les producteurs n’ont pas hésité à confier que le sel produit avec l’énergie solaire est moins contraignant. « La saumure sur la bâche au soleil, il suffit de remuer chaque 2 ou 3 heures avec un balai, et le tour est joué », dit Sossou.
La technique de bâche solaire, selon elle, offre la possibilité de faire d’autres travaux sur le site de production. Par contre, avec le feu, explique-t-elle, il faut surveiller tout le temps la saumure en ébullition pour espérer un résultat.
« Parlant de rentabilité, il faut s’informer de la fréquence avec laquelle les femmes allaient à l’hôpital quand elles produisaient avec la méthode traditionnelle qui consiste à mettre la saumure sur le feu, et savoir les matériels que les femmes renouvelaient fréquemment », confie Madogotcha.
Il ajoute que le bois énergie se fait de plus en plus rare. La seule espèce végétale disponible dans la zone est protégée par la loi. Sossou, au sujet de la rentabilité, déclare que « le sel produit au feu engendre des dépenses. Le bois qu’on prenait à 3,5 USD est passé à 10,5 USD. Il faut aussi se procurer de bassines et de foyers. Ces charges ne permettent pas d’avoir de bénéfices consistants ».

Les sels face à l’offre
Les deux sels produits localement sont appréciés différemment sur le marché. « Les clients prennent le sel sans trop faire la différence. Mais il y en a qui préfèrent le sel produit avec le feu. Car, ils estiment qu’il ne peut contenir de microbes. Chaque occasion est bonne pour montrer aux clients qu’il n’y a pas de différence entre les sels », a confié Marie Ahokin, membre du groupement de Djika, vendeuse de sel.
Etienne Agbama certifie que les sels sont de même qualité. Pour lui, il n’y pas de différence. Il dit qu’avec les explications des femmes des groupements « Affossogbé Mivèton » et « Akpédjé », la tendance s’est inversée, et les clients demandent le produit disponible.
Les groupements rencontrés visent le marché international. A Djègbadji et à Djika, les producteurs confient que les échanges avec leurs partenaires sont en cours, pour exporter très prochainement le sel produit avec les rayons solaires. « Nous avons le soleil et nous devons en profiter », dit Marie Ahokin.
Selon les témoignages, la demande excède l’offre et les groupements jouissent des revenus issus de cette activité.

Une technologie bénéfique pour l’environnement
L’alternative de production de sel avec l’énergie solaire a des avantages pour le cadre de vie des communautés. « Cette technologie préserve les mangroves qui jouent un rôle essentiel dans la séquestration du carbone », indique Madogotcha.
Selon ses explications, les mangroves empêchent les débris d’aller dans l’eau pour combler les zones humides en faisant le filtre avec leurs racines. Elles offrent, à l’en croire, un habitat à la faune des zones humides telle que les poissons, les oiseaux, les reptiles qui vont vers cet écosystème pour se reproduire. Agbama constate « le retour dans les mangroves de certains oiseaux, des crocodiles, des serpents et d’autres espèces fauniques ».
Dans les villages Kouvènafidé et Djika, les producteurs de sel demandent aux acteurs étatiques d’accompagner les initiatives protégeant les écosystèmes fragiles tels que les mangroves. Ils appellent les consommateurs de ne plus hésiter à se procurer du sel produit au moyen de l’énergie solaire.
Pour Agbama, « il n’y a pas de doute sur la qualité, et c’est mieux de consommer les produits locaux qui préservent l’environnement ».

Image de bannière : Des femmes de Djika dans la commune de Ouidah au sud-ouest du Bénin remuant le sel sur des bâches. Image de l’ONG Action Plus fournie par Patrice Soglo avec leur aimable autorisation.
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