- Un crocodile du Nil a été abattu, le mardi 10 février 2026, par des pêcheurs illégaux, dans l’enclave de Vitshumbi, au cœur du Parc national des Virunga, à l’Est de la RDC.
- Des sources locales indiquent que le retrait des éco-gardes de cette zone, depuis l’arrivée du M23, à Vitshumbi, en mars 2024, favorise le braconnage de ces espèces.
- Bienvenue Bwenge, chargé de communication du Parc national des Virunga, a indiqué que des démarches se poursuivent pour le redéploiement des éco-gardes dans ces zones du parc, sous le contrôle de l’AFC/M23.
Un crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) a été abattu, le mardi 10 février 2026, par des habitants dans l’enclave de Vitshumbi, sur la côte sud du lac Édouard, à plus de 100 kilomètres au nord de la ville de Goma, en plein centre du Parc national des Virunga (PNVI), à l’Est de la République Démocratique du Congo.
Selon des témoignages recueillis sur place, cette espèce protégée du parc a été abattue par des pêcheurs clandestins, dans les périphéries du quartier Katana communément appelé « Kyaviboko », dans la baie de Mugera de cette pêcherie.
« Un crocodile du Nil a été abattu près de l’ancien poste de patrouille des éco-gardes à Kea. Ces attaques sont signalées depuis plusieurs mois. Les pêcheurs profitent de l’absence des éco-gardes pour s’attaquer à ces espèces », témoigne un habitant joint au téléphone par Mongabay, et qui a préféré garder l’anonymat pour des raisons de sécurité.
Des attaques récurrentes
Des sources locales indiquent l’absence des éco-gardes de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN,) dans cette zone, depuis l’arrivée de M23, à Vitshumbi, en mars 2024. Ces éco-gardes ont été menacés d’abandonner le poste de patrouille de cette pêcherie. Cette situation, a entrainé l’absence des patrouilles dans cette zone. Les crocodiles du Nil sont souvent perçus comme une menace par des habitants et des pêcheurs opérant illégalement dans les baies et les frayères, où des attaques sont de plus en plus répertoriées. Des images, diffusées sur les réseaux sociaux, montrent des habitants rassemblés autour de la dépouille de l’animal. Sans fournir de chiffres précis, ces habitants affirment que les attaques contre les crocodiles du Nil s’intensifient.
« Aujourd’hui, Vitshumbi connaît un pic de sauvagerie destructrice. Les crocodiles du Nil sont parmi les espèces les plus ciblées. Évoquer un débat sur la conservation peut créer des problèmes pour soi-même. Ces espèces aquatiques sont souvent piégées dans des filets électriques ou capturées à l’aide de pièges installés dans le lac ou le long de la rive », dit au téléphone à Mongabay, un activiste membre de Solidarité pour l’étude d’impact environnemental et écologique, une association engagée dans la protection de l’environnement, sous couvert d’anonymat.

Chaque année, des incidents impliquant des crocodiles sont signalés dans plusieurs villages riverains du lac Édouard. Les victimes sont généralement des pêcheurs illégaux opérant dans des zones interdites, mais aussi des enfants et des femmes à la recherche de l’eau. Certaines attaques concernent également des civils se baignant dans le lac. Cette situation alimente des tensions récurrentes entre la faune sauvage et les communautés locales.
Le 1er janvier 2026, dans l’enclave de Kyavinyonge, sur la côte nord du lac Édouard, un pêcheur illégal a été attaqué par un crocodile, selon Delphin Kakule Malekani, président de la société civile locale de Kyavinyonge.
En 2025, une dizaine de cas ont été documentés dans les villages côtiers du lac Edouard, d’après des acteurs de la société civile de Vitshumbi, Nyakakoma et Kyavinyonge. « Nous appelons la population locale à faire preuve de vigilance, à respecter et à éviter les zones à risque. Les services étatiques, notamment l’ICCN, doivent renforcer les mesures de protection des populations riveraines », ajoute Delphin Malekani.
Si certaines attaques, notamment celles de février 2026 et d’avril 2024, ont été dénoncées par des activistes de Solidarité pour l’étude de l’impact environnemental et écologique, d’autres passent sous silence, par crainte de représailles des cadres de base installés par le mouvement M23, qui contrôle cette zone. « En avril 2024, un autre crocodile a été abattu à Vitshumbi, quelques jours après l’occupation de la zone par l’AFC/M23. Depuis, le braconnage s’intensifie et leur viande est consommée », souligne un activiste environnemental, joint au téléphone par Mongabay.

Pacifier les conflits homme et faune, en dépit du contexte sécuritaire
Mbusa Mapoli Joël Mbusa Mapoli, biologiste et chef de travaux à l’université de la Conservation de la nature et du développement de Kasugho, à Goma, a, dans un courriel adressé à Mongabay, indiqué que le braconnage des crocodiles du Nil, dans cette zone, risque d’entraîner des perturbations majeures de l’écosystème. « La protection de la biodiversité dans le PNVI reste particulièrement complexe dans les zones affectées par l’instabilité sécuritaire, exposant davantage les espèces au braconnage et compliquant la gestion des conflits entre l’homme et la faune. Les crocodiles jouent un rôle important dans la régulation de nombreuses espèces, notamment certains mammifères et poissons. Ils occupent une place stratégique dans la chaîne trophique et contribuent au nettoyage de l’écosystème aquatique », explique-t-il.
Il pense que les autorités locales doivent rappeler, à la population, l’obligation de respecter la loi sur la conservation de la nature. Il appelle également les autorités du parc à redoubler d’efforts pour assurer la protection intégrale de l’aire protégée. « Chacun doit être conscient du danger que court le lac Édouard, si les crocodiles venaient à disparaître. Soyons les protecteurs de notre source de vie, le lac Édouard », dit-il.
De son côté, Bienvenu Bwenge, chargé de communication du Parc national des Virunga, a dans un point de presse, le 5 février dernier, affirmé que le redéploiement des éco-gardes dans les zones du parc occupées par l’AFC/M23 se poursuit progressivement.
« Nous menons des démarches pour pouvoir retourner dans ces zones. Des mesures sont prises, afin d’y revenir progressivement. Nous ne pouvons pas abandonner la biodiversité », souligne-t-il.
La stratégie consiste, indique-t-il, à déployer de petites équipes, afin d’évaluer la situation sécuritaire et d’examiner les possibilités d’accès. « C’est ainsi que nous avons pu revenir à Nyakakoma, mais pas encore à Vitshumbi. Le processus avance progressivement. Il n’y a aucune garantie, mais le principe fondamental, que nous suivons, reste la sécurité de nos équipes. Malgré la situation, nous allons revenir petit à petit dans ces zones ».
Image de bannière : En 2011, un crocodile du Nil a failli dévorer un boursier de la paix à Uvira, au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. Image de Walter Y. James/The Advocacy Pr via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).
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