- Une étude alerte sur la marginalisation des amphibiens dans les politiques de gestion des aires protégées, en Afrique.
- Ces espèces sont menacées d’extinction, à cause notamment de la perte d’habitat, de la pollution et du changement climatique, selon les chercheurs.
- Les experts appellent à l’intégration de ces amphibiens dans les politiques de conservation et à la promotion de la science citoyenne, afin d’impliquer les populations locales dans la surveillance de ces espèces.
Les amphibiens sont marginalisés dans les politiques de gestion des aires protégées en Afrique.
Publiée le 2 avril 2026, dans la revue scientifique Science, l’étude révèle qu’environ 37 % des amphibiens sont menacés d’extinction, de manière globale, en dépit du réseau d’aires protégées. Ce chiffre varie toutefois selon les régions, précise l’étude basée sur une revue de littérature scientifique et l’analyse des politiques de conservation existantes, notamment les plans d’aménagement et de gestion de plusieurs aires protégées. Dans certaines zones particulièrement vulnérables au changement climatique, le taux d’espèces menacées atteint jusqu’à 55 %.
« L’étude souligne que les amphibiens d’Afrique sont gravement menacés. Les résultats montrent que ces espèces restent encore insuffisamment intégrées dans le plan de conservation : les plans d’aménagement et de gestion de la conservation», explique au téléphone de Mongabay, Yedidya Elikya Musangania, assistant à la Faculté des sciences agronomiques de l’université Catholique du Graben à Butembo et co-auteur de l’étude.
«L’étude appelle ainsi à une meilleure intégration des amphibiens dans les politiques de conservation élargies, notamment au sein des aires protégées, pour assurer la résilience des écosystèmes face aux pressions environnementales, notamment le changement climatique »,ajoute-t-il.
« Les amphibiens sont considérés comme des sentinelles écologiques en raison de leur forte sensibilité aux variations des paramètres environnementaux. En Afrique, leur dépendance à des micro-habitats spécifiques les rend particulièrement vulnérables. Ils réagissent rapidement à la pollution, à la modification de l’hydrologie, au stress thermique et aux pathogènes. Leur déclin constitue ainsi un indicateur précoce des menaces environnementales, qui affectent l’ensemble des écosystèmes », précise-t-il.

L’étude souligne des lacunes importantes dans la gestion des aires protégées, notamment l’insuffisante prise en compte des amphibiens dans les dispositifs de suivi écologique et de conservation.
Une résolution de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), adoptée en 2025, appelle les États à renforcer les investissements dédiés à la conservation des amphibiens et à les intégrer systématiquement dans la gestion des aires protégées. Elle souligne que près de 41 % des espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction, en raison notamment de la destruction des habitats, des maladies émergentes et du changement climatique.
Pour Joël Mbusa Mapoli, conservationniste et enseignant à l’université pour la Conservation de la nature et le développement de Kasugho de Goma, la prise en compte des amphibiens dans les aires protégées constitue une avancée, mais reste insuffisante.
« Toute espèce se trouvant dans une aire protégée est d’office protégée. Le problème concerne les espèces en dehors de ces zones. L’urbanisation rapide et anarchique transforme les habitats naturels et entraîne un réchauffement local. Les amphibiens, sensibles à la hausse des températures, sont ainsi menacés », explique-t-il.
Musangania insiste également sur la nécessité d’aller au-delà des aires protégées. « Bien que les aires protégées soient essentielles, elles ne suffisent pas. De nombreux amphibiens vivent en dehors de ces zones. Il faut donc intégrer ces espèces dans une planification plus large pour assurer leur survie à long terme, face au changement climatique », dit-il.

Selon l’étude, une meilleure prise en compte des amphibiens renforcerait la résilience des écosystèmes et l’efficacité des stratégies de conservation. Les chercheurs recommandent d’intensifier les études, encore insuffisantes, et d’améliorer les infrastructures de recherche. Ils appellent aussi à intégrer ces espèces dans les plans de conservation nationaux et les dispositifs de gestion des aires protégées.
« Les amphibiens sont des espèces encore trop peu étudiées. Il est essentiel de renforcer les infrastructures de biodiversité et de les intégrer dans les politiques de conservation », préconise Yedidya, appelant également à la promotion de la science citoyenne, afin d’impliquer les populations locales dans la surveillance des espèces.
« Les amphibiens ne se trouvent pas uniquement dans les aires protégées. Impliquer les communautés locales est donc indispensable. Elles doivent participer activement à la surveillance et à la gestion des habitats », souligne-t-il.
Image de bannière : Grenouille roseau commune (Hyperolius viridiflavus ssp. Pantherinus) photographiée à Nanyuki, au Kenya. Image de ChriKo via Wikimédia Commons (CC BY-SA 3.0).
Citation :
Bienvenu, M. W., Elikya, Y.M., Emery, A. S., Scholte, P.,Bozéé, A. (2026). An overlooked sentinel at risk in Africa. Science, 392(6793), 35. https://doi.org/10.1126/science.aeg5480
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