- Des chercheurs ont découvert une nouvelle espèce de mammifère, un petit rongeur de la famille des Muridae, dans le Parc national de Fazao-Malfakassa au Togo, confirmé grâce à des analyses morphologiques et génétiques approfondies.
- Cette espèce dénommée Praomys togoensis se distingue notamment par sa morphologie (dentition, crâne, ligne du pied, nombre de mamelles) et vit dans une mosaïque d’écosystèmes allant des forêts marécageuses aux savanes guinéennes, au Togo et au Bénin.
- Avec une aire de répartition limitée et des menaces croissantes sur son habitat (feux de brousse, fragmentation des habitats, pression agricole), la nouvelle espèce a besoin d’être protégée. Sa découverte souligne l’urgence de renforcer la conservation et confirme que la biodiversité ouest-africaine reste encore largement méconnue.
Une équipe de chercheurs a découvert une nouvelle espèce de mammifère du genre rongeur, dans le Parc national de Fazao-Malfakassa, au centre du Togo.
Ce mammifère, baptisée Praomys togoensis, appartient à la famille des Muridae et à un groupe complexe connu sous le nom Praomys tullbergi, au sein duquel plusieurs espèces présentent de fortes similitudes.
Pour mettre en évidence leur découverte, publiée en mars dernier, dans la revue Journal of Mammalogy, l’équipe regroupant des chercheurs du Laboratoire d’écologie et d’écotoxicologie de l’université de Lomé, de l’Institut de systématique, d’évolution et de biodiversité (France) et de plusieurs institutions américaines (Field Museum, Museum of Nature and Science, Roosevelt University), a analysé la morphologie (crâne, dents, mesures, nombre de mamelles des femelles), la génétique (ADN mitochondrial) et effectué des analyses comparatives avec d’autres espèces.
Ainsi, en plus des travaux de terrain, les chercheurs ont mené des analyses morphologiques, basées sur 22 mesures crâniennes et dentaires sur 263 spécimens adultes du complexe P. tullbergi, ayant révélé une différence claire de la nouvelle espèce par rapport aux autres membres de ce complexe.
« Ce travail est à la fois une découverte sur le terrain et le résultat de plusieurs années de recherche en laboratoire. Les quatre premiers spécimens ont été collectés au Bénin en 2006, et aucun autre spécimen n’a été trouvé par la suite. C’est au cours de nos expéditions sur le terrain en 2023 et en 2024, notamment dans le Parc national de Fazao-Malfakassa, que nous avons pu collecter suffisamment d’individus pour confirmer qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce et la décrire formellement », a dit Amétépé Hounmavo, auteur principal de l’étude.
Ce dernier a effectué les travaux de terrain avec Dr Julian Kerbis, professeur émérite du Field Museum of Natural History (USA) et la professeure Violaine Nicolas, directrice de l’Institut de systématique, d’évolution et de biodiversité (ISYEB) de France.

Un mammifère avec des spécificités
Cette espèce découverte présente plusieurs caractéristiques distinctives. P. togoensis, selon la description faite par l’équipe de recherche, est une petite espèce d’environ 106 mm de longueur tête-corps, avec une queue plus longue que le corps, et possédant huit mamelles (quatre paires), contrairement aux espèces apparentées qui n’en disposent que six.
Selon Hounmavo, elle a « une dentition caractéristique, avec une première molaire supérieure plus étroite, et présente des différences mesurables au niveau de la morphologie du crâne et des dents ».
« Un moment clé de cette étude a été la découverte d’une caractéristique visible sur le pied (une ligne latérale distincte) nous permettant de distinguer facilement P. togoensis de Praomys misonnei sur le terrain. Chez P. misonnei, cette ligne sépare clairement la coloration dorsale de la coloration ventrale. En revanche, la nouvelle espèce présente une transition progressive entre ces deux zones de couleur, sans ligne visible même lorsque la face inférieure du pied est relativement foncée », a dit Hounmavo à Mongabay.
L’espèce a été découverte dans le centre du Togo ainsi que dans le centre et le nord du Bénin. Au Togo, elle a été trouvée dans le Parc national de Fazao-Malfakassa, plus précisément à Ayibaboi et à Bounako dans la partie nord du parc, et à Boulohou dans sa partie ouest. Au Bénin, elle a été collectée à Igbere et à Tanougou au centre du Bénin, ainsi qu’à Wannou dans le nord du Bénin.
Elle vit dans une mosaïque d’habitats dans des forêts marécageuses riches en plantes telles que les Zingiberaceae, des savanes herbeuses et arbustives, des zones de forêt sèche et des lits de cours d’eau asséchés. Il est aussi associé à la zone de savane guinéenne, caractérisée par une végétation boisée soudanaise dominée par des arbres du genre Isoberlinia.

Une espèce potentiellement vulnérable à préserver
Malgré l’absence d’étude détaillée sur l’abondance de l’espèce P. togoensis, les chercheurs soulignent que son endémisme au Togo et au Bénin, associé à une aire de répartition restreinte, pourrait la rendre vulnérable malgré son importance dans l’équilibre des écosystèmes.
« Ces espèces sont essentielles au fonctionnement des écosystèmes, même si elles sont souvent négligées. Comme de nombreux petits rongeurs, il joue potentiellement un rôle écologique important, notamment dans la dispersion des graines, au maintien de la chaîne alimentaire, et à travers la contribution à la dynamique des sols », a dit le professeur Nicolas, co-auteur de l’étude.
De fait, son habitat est soumis à plusieurs menaces dont les feux de brousse, la fragmentation de l’habitat, les pratiques agricoles et la pression humaine.
« Il est donc essentiel de renforcer la protection de zones telles que le Parc national de Fazao-Malfakassa, d’inclure les petits mammifères dans les évaluations environnementales et de poursuivre la recherche scientifique », a souligné l’équipe de recherche dans une interview accordée à Mongabay.

Un indicateur d’une biodiversité encore sous-estimé
Cette découverte confirme que l’Afrique de l’Ouest est une région clé pour la biodiversité, qui reste insuffisamment explorée.
« Il s’agit d’une découverte majeure, car elle montre que la biodiversité en Afrique de l’Ouest est encore largement sous-estimée. Notre espèce vient s’ajouter à d’autres récemment décrites dans la région du Dahomey Gap, notamment une petite souris, Hylomyscus pamfi, et un daman d’arbre », a dit Hounmavo.
Pour le Togo et l’université de Lomé, il s’agit d’une avancée majeure renforçant la visibilité de la recherche scientifique du pays, mettant en valeur le potentiel de ses écosystèmes.
Pour le jeune chercheur Hounmavo, affilié au Laboratoire d’écologie et d’écotoxicologie, de la Faculté des sciences de l’université de Lomé, et au Museum national d’histoire naturelle (MNHN) à Paris en France, c’est également un appel à mieux comprendre et à protéger notre biodiversité, qui constitue une ressource essentielle pour les générations futures.
Image de bannière : La nouvelle espèce de mammifère, un petit rongeur de la famille des Muridae, découvert dans le Parc national de Fazao-Malfakassa au Togo. Capture d’image dans l’article de Amétépé Hounmavo et ali. fournie par Charles Kolou.
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