- Des forêts reprennent vie, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, après une intense déforestation survenue il y a environ une décennie.
- Dans les Concessions forestières communautaires locales (CFCL), mais aussi dans des concessions privées, de nouvelles pousses.
- Selon les experts contactés par Mongabay, cette reprise souvent naturelle peut générer une pleine forêt, à condition d’être protégée.
- Mais les conditions ayant conduit à cette dégradation demeurent et ne rassurent pas, quant à l’avenir de cette reprise.
Par un avant-midi ensoleillé de décembre 2025, à l’Est du village Katanga, qui donne son nom à la région du sud-est de la République démocratique du Congo, Kibole Kahutu présente la Concession forestière communautaire locale (CFCL) qu’il dirige, en tant que vice-président. C’est une zone de savane boisée, fortement dégradée durant la dernière décennie, du fait des fabriques artisanales de briques utilisées dans le bâtiment et de la fabrication de charbon de bois, combustible alimentant les ménages de la ville de Lubumbashi.
La CFCL Katanga mesure 6 095 ha, soit l’équivalent de 8 536 terrains de football ou un peu plus que la moitié de la ville de Paris. Répartie en zones de conservation et de protection interdites d’exploitation et en zones d’exploitation et de développement, la forêt se reconstitue presque partout.
La nature profite du départ des bûcherons et des charbonniers ayant quasiment fait disparaître les grands arbres. Les rejets atteignent 2 à 3 mètres et la jeune canopée se referme par endroits, couvrant parfois au sol les stigmates des feux de brousse et des souches ayant germé.
Une régénérescence naturelle de la forêt, et des initiatives écologiques
Encadreur de la CFCL Katanga depuis l’amorce du projet de foresterie communautaire ayant permis l’attribution en 2021 des titres fonciers par les autorités de la province du Haut-Katanga à 20 villages, Stéphane Banza, président de l’ONG Action pour la protection de la nature et des peuples autochtones du Katanga (APRONAPAKAT), se réjouit de cette reprise de la nature.
« Dans le cadre de l’éducation environnementale que les paysans ont reçue, ils ont appris qu’il ne faut pas couper les arbres en dessous de 50 cm par rapport au sol. Cela a la capacité de faire pousser la souche en produisant d’autres rejets. C’est comme l’arbre que tu vois devant. Vois-tu ? », explique Banza présent lors de la descente sur le terrain à Katanga. « C’est presqu’à 1 mètre. Tu vois qu’il y a des branches qui ont poussé en bas. Regarde aussi ça, par exemple. C’est le résultat de l’éducation environnementale. Parce qu’avant, les gens coupaient au ras-du-sol. Avec le projet miombo, nous avons indiqué qu’il ne faut pas couper plus bas. Parce que vous maudissez l’arbre et il ne peut plus croître. Il faut lui donner la vigueur de repousser et quand il grandira, vos fils et petits-fils pourront l’utiliser », indique Banza.
Dans le cadre du projet miombo, financé par le Fonds mondial pour l’environnement, et mis en œuvre par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans le Haut-Katanga, plusieurs CFCL ont procédé aux reboisements de leurs espaces forestiers dégradés. Le village Katanga, par exemple, s’est engagé à planter 5 000 plants issus des pépinières locales en vue de renforcer les essences menacées par la déforestation.

Miombo, du nom du type d’arbre dominant la végétation de la région, désigne la forêt de savane boisée couvrant le sud-est de la RDC jusqu’en Afrique australe. Elle connaît une forte dégradation pour cause de déforestation liée au développement agricole, à la production du charbon de bois, à l’expansion de la ville et aux activités minières, d’après l’étude intitulée « Le rayon de déforestation autour de la ville de Lubumbashi » menée par Yannick Useni et ses collègues de l’université de Lubumbashi, en 2017.
D’après une étude de décembre 2024, menée par Afrewatch, une association congolaise spécialisée dans les ressources naturelles, la région a connu une déforestation extensive d’environ 7 120 km², dont 498,4 km² sont directement imputables aux sociétés minières du Haut-Katanga. Ce qui représente respectivement 20 MtCO₂e d’émissions de dioxyde de carbone et 13,86 MtCO₂e d’émissions de CO₂, indique la même étude.
Cette dernière pointe, parmi les conséquences de cette dégradation, en plus, une baisse de la régularité des pluies, accompagnée d’une perturbation du cycle saisonnier et d’une hausse des températures, tandis que l’insécurité alimentaire est en hausse.
Lente restauration, moyens limités
Le long de la Nationale 1, ou encore de la Nationale 39, entre Lubumbashi et Kolwezi dans le sud-est de la RDC, cette reprise du miombo s’observe également. Une jeune végétation émerge à plusieurs endroits, recouvrant des espaces déboisés. Sur l’axe routier Lubumbashi-Kasenga, au nord-est de Lubumbashi, le même constat est fait, comme en témoigne Héritier Khoji, Professeur d’agronomie à l’université de Lubumbashi, spécialiste des forêts de miombo.
« C’est un phénomène naturel qui fait que lorsqu’on a coupé les arbres et qu’on n’a pas perturbé complètement cette forêt en changeant son objet (une forêt qui devient un champ, par exemple), la régénération est souvent difficile. Dans la plupart des cas ici chez nous, c’est la dégradation et non la déforestation. D’après la FAO, une forêt n’est pas seulement ce que vous voyez comme arbres. On peut trouver une forêt dégradée où on a coupé les arbres, la forêt ayant perdu ses capacités à fournir des biens et des services. Mais si on abandonne cette forêt sans pressions anthropiques, elle peut se régénérer », explique Khoji.
Le miombo a la capacité de se régénérer naturellement, même en présence de feux de brousse, soutient Khoji, qui explique que cette restauration peut prendre jusqu’à 20 ans, avant que la forêt ne remplisse pleinement ses fonctions naturelles, notamment la séquestration du carbone. Mais, déjà, son état actuel est important, insiste le scientifique.
Selon Charles Tsheye, responsable de la Foresterie communautaire à la Division provinciale de l’environnement, l’administration environnementale de la province du Haut-Katanga, cette régénération exige une surveillance forestière suivie. Mais, il manque de moyens pour le faire, selon lui, comme l’ont montré les animateurs de la CFCL Katanga, visitée par Monbagay.
Etablie à près de 10 km de la localité, la forêt CFCL Katanga requiert des moyens pour des patrouilles à organiser par la brigade forestière, en vue d’identifier des foyers de déforestation et les occupations anarchiques.

Difficile suivi et protection des jeunes écosystèmes
Alors que les technologies de l’information et de la communication s’imposent dans la quasi-totalité des domaines, elles peuvent aider à organiser les déplacements sur des sites précis. Mais, les CFCL n’en sont pas capables, faute de moyens. « La sécurisation sera durable à condition que les services habilités à l’assurer soient dotés des moyens financiers et des matériels nécessaires pour leur permettre de faire un bon suivi ou de surveiller les forêts. À cela, s’ajoutent la lutte contre le feu de brousse et l’exploitation illégale des petits arbres, la sensibilisation et l’éducation environnementale des populations », explique Tsheye.
Mais il n’existe pas de politiques publiques orientées vers la préservation de ces écosystèmes, à ce jour, dans la région. Certaines terres continuent d’être occupées sans autorisation, et, parfois, à des endroits où les forêts se restaurent naturellement, souligne Tsheye.
La restauration en cours nécessite ainsi plus d’attention en termes de suivi pour qu’elle perdure, s’accordent ces experts contactés par Mongabay.
Pour Banza, par exemple, il faut plus de protection des CFCL et des zones du domaine public, où repoussent les arbres. Il faut, en plus, selon le professeur Khoji, s’attaquer aux mêmes causes de déforestation n’ayant pas disparu, à savoir le déficit d’électricité, l’agriculture extensive ou encore l’explosion démographique.
« Je ne suis pas d’accord quand on demande aux communautés locales de ne pas couper les arbres sans leur proposer des alternatives, pour vivre », dit Khoji. Pour lui, « il faut définir des zones de mise en défense, des forêts exploitées puis abandonnées, qui ne pourront plus être touchées pendant un délai de 15 ans, afin de permettre une régénération durable ».
Pour Banza, en revanche, il faut en plus vulgariser les pratiques écologiques en matière d’exploitation forestière, pour favoriser la reprise naturelle des forêts.
Mongabay a contacté le ministre de l’Environnement de la province du Haut-Katanga, au sujet des mesures de protection de ces écosystèmes. Sa réponse est encore attendue.
Image de bannière : Des pousses sur des souches d’arbres coupés dans la CFCL Katanga, Haut-Katanga. Image de Didier Makal pour Mongabay.
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