- Les effets du changement climatique, marqués par des pluies irrégulières, des poches de sécheresse et une pression accrue des ravageurs, perturbent fortement la production cotonnière en Afrique, entraînant des baisses de rendement.
- Des pratiques agricoles adaptées, notamment les semis précoces, le semis direct, la couverture des sols et l’utilisation de la fumure organique, sont recommandées pour renforcer la résilience des systèmes de production.
- La recherche et les organisations de producteurs développent des solutions innovantes, incluant la formation aux pratiques agricoles durables, la surveillance des ravageurs et le développement de variétés plus résistantes aux stress climatiques.
Les cotonculteurs togolais, comme ceux de plusieurs pays d’Afrique, font face à des défis majeurs dont ceux liés aux effets du changement climatique perceptible à travers le démarrage tardif des saisons, les poches de sécheresse et l’apparition des ravageurs.
« En début de campagne, de fortes pluies peuvent être suivies de longues poches de sécheresse, ce qui complique fortement les préparatifs des producteurs. Dans ce contexte, les producteurs sont parfois contraints de semer en dehors des périodes optimales recommandées. Cette situation se traduit généralement par des rendements inférieurs aux attentes », a expliqué à Mongabay, Kanta Serre, Secrétaire générale de la Fédération nationale des groupements de producteurs de coton du Togo (FNGPC).
Kanta Serre s’est exprimé en ces termes à la 18ᵉ réunion bilan du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA), organisée du 14 au 17 avril 2026, à Lomé, au Togo, et consacrée à la quête de solutions pour une production durable du coton face à ces aléas climatiques.
Face aux impacts du changement climatique, les chercheurs invitent les cotonculteurs à changer les pratiques culturales, en adoptant le zéro labour et les semis directs.
« Il ne faut pas que les producteurs se disent qu’ils doivent labourer, chaque année. Dans le contexte actuel, ils peuvent semer dès les premières pluies au lieu de vouloir labourer avant de semer. Donc, il faut que les cotonculteurs optent pour le zéro labour et le semis direct », a dit Dr Kokou Zovodu Koffi, chercheur au Programme national coton du Togo.
Ce système de semis direct, selon Dr Pikassalé Akantetou, ingénieur agronome et consultant, « permet, lorsqu’il est pratiqué sous couverture végétale et sur plusieurs années, d’améliorer progressivement la fertilité des sols ». À cet effet, il recommande aux cotonculteurs de toujours couvrir les sols après les récoltes, notamment avec les tiges de cotonnier.
« Les résidus de culture laissés en surface jouent un rôle important. Ils protègent le sol, réduisent l’évaporation de l’eau et maintiennent l’humidité nécessaire au développement des plantes. Cela permet ainsi de limiter l’impact des poches de sécheresse sur les rendements », a dit Akantetou.

Les producteurs sont également invités à opter pour les semis précoces, afin d’avoir de bonnes récoltes.
« On constate aujourd’hui que les producteurs, qui s’en sortent le mieux, sont ceux qui pratiquent les semis précoces. La période recommandée se situe généralement autour du mois de juin. Mais certains producteurs retardent les semis, pensant que la campagne va se prolonger jusqu’en novembre. Malheureusement, lorsque les pluies ne suivent pas, cela devient une perte. C’est pourquoi nous recommandons vivement aux producteurs de privilégier les semis précoces, combinés au semis direct, afin de gagner du temps et de mieux s’adapter aux variabilités climatiques », a dit Serre.
En plus de ces pratiques, les cotonculteurs sont appelés à garder un œil vigilant sur la croissance des cotonniers, afin de détecter une quelconque apparition des ravageurs.
« Lorsqu’il y a des poches de sécheresse, il y a également des attaques de ravageurs tels que les jassides. Dans cette situation, le producteur doit bien regarder sa parcelle pour vite réagir en y apportant un traitement phytosanitaire adapté », a dit Dr Koffi.
L’apport de la fumure organique en attendant des biopesticides adaptés
Face aux effets du changement climatique sur les facteurs de production du coton, notamment le sol et la bonne pluviométrie, les chercheurs recommandent aux producteurs de recourir aux engrais organiques.
Pour cette raison, la Fédération nationale des groupements de producteurs de coton du Togo (FNGPC) forme les cotonculteurs à la production d’engrais organiques, en vue de préserver la fertilité des sols et de limiter l’utilisation de l’engrais minéral.
« Les chercheurs et techniciens nous accompagnent dans l’adoption de pratiques visant à renforcer la résilience des systèmes de production. Les producteurs ont été récemment formés aux techniques de compostage, dont le bokashi. Grâce à ces formations, nous avons appris à valoriser les résidus de cotonnier pour produire de la fumure organique. Même si ces pratiques ne sont pas encore largement vulgarisées, certains producteurs commencent déjà à les adopter. Nous évoluons progressivement dans ce sens, et encourageons les producteurs à les adopter », a dit Serre.
Dans la même veine, Koffi recommande que les producteurs puissent « intégrer l’élevage dans leur système, afin de pouvoir disposer de fumure organique à apporter sur leurs parcelles ».

Une surveillance accrue des ravageurs
Selon Tete Awokou, président du PR-PICA, la faîtière des acteurs de sept pays producteurs de coton d’Afrique de l’Ouest et Centrale, les ravageurs, notamment les jassides, font perdre aux producteurs de coton jusqu’à 50 % de leur production depuis 2022. Ces ravageurs, dans un contexte de changement climatique, se multiplient, d’après les chercheurs du PR-PICA.
« Nous avons noté qu’il y a certains ravageurs qui n’étaient pas aussi répartis dans l’ensemble des pays, mais qui, avec les perturbations climatiques, ont quitté les zones humides et évoluent vers les zones sèches. Et ce sont les acariens jaunes du cotonnier. Il y a également une chenille épineuse appelée Earias insulana, qui est un véritable problème dans tous les pays du PR-PICA », souligne l’entomologiste togolais, Bassarou Ayeva.
En réponse, l’équipe des chercheurs des pays du PR-PICA a mis en place des mécanismes de surveillance ayant permis de limiter l’impact des ravageurs. Cette surveillance est basée notamment sur la collecte et l’analyse continues des données.
« En termes de statuts, les jassides sont une préoccupation, mais grâce aux stratégies que nous avons mises en place, les niveaux ont une tendance baissière. L’helicoverpa reste également une préoccupation, parce qu’elle avait entre-temps développé des résistances, que nous avons trouvé le moyen de gérer et, à ce jour, les niveaux sont restés globalement faibles dans tous les pays », a dit Ayeva, par ailleurs Directeur du Centre de recherche agronomique de la savane humide (CRASH) du Togo, spécialiste du cotonnier.
Les chercheurs à pied d’œuvre
Dans le contexte du changement climatique, l’équipe des chercheurs du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique, mène diverses études, afin de rendre plus résiliente la production du coton.
« Actuellement, nous travaillons sur plusieurs pistes de solutions. Celles-ci incluent notamment l’utilisation de biostimulants capables d’améliorer la résistance des plantes à la sécheresse. Nous explorons également les nano-urées, dont la mise au point permettrait de recourir à des traitements foliaires. En période de sécheresse, le sol devient dur et constitue une contrainte à l’apport des engrais classiques. Ces innovations pourraient ainsi offrir des alternatives adaptées », a expliqué Dr Koffi ayant conduit des travaux de caractérisation génétique de 118 accessions de cotonnier et de leurs réponses au déficit hydrique.

Les chercheurs développent aussi des variétés de coton plus résistantes aux variabilités climatiques.
« Notre objectif avec les travaux de recherche, que nous menons actuellement, est de parvenir à créer des variétés performantes de coton. Pour le moment, nous ne sommes pas encore au stade de variété, mais au stade de lignée. Il y a donc de l’espoir que nous pourrons avoir, dans quelques années, des variétés de coton, qui répondent aux besoins des producteurs », a souligné Ferdinand Amangoua, généticien au Centre national de recherche agronomique de la Côte d’Ivoire, à la rencontre de Lomé.
Pour les lignées déjà disponibles, le généticien indique que leurs niveaux de rendement varient entre 3 et 4 tonnes par hectare, avec des longueurs de fibres avoisinant 31 à 32 millimètres.
« Actuellement, on ne peut pas donner ça aux producteurs, parce que les caractères varient encore. Notre objectif est de stabiliser ces caractères pour qu’à la fin, lorsque nous mettrons ces variétés à leur disposition, ils puissent cultiver chaque année sans que les rendements ne changent », a dit Amangoua.
Pour optimiser les chances d’adoption de ces innovations, Dr Akantetou appelle à une mutualisation des pratiques agricoles adaptées aux réalités locales.
« Les connaissances endogènes des producteurs sont essentielles. Les chercheurs s’appuient sur ces savoirs locaux pour développer des solutions pertinentes et adaptées. Sans cette adéquation avec les réalités du milieu, les innovations risquent de ne pas être adoptées. Il est donc nécessaire de renforcer la collaboration entre chercheurs et producteurs de coton, afin de mieux comprendre et harmoniser les pratiques agricoles. Cela permettra de co-construire des solutions efficaces, adaptées et durables », a souligné Akantetou.
Image de bannière : Coton brut prêt à être transformé. Image de Michael Balinga/CIFOR via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).
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