- Le Mpox ou la variole du singe qui sévit depuis 2024, dans plusieurs pays africains, a fini par atteindre Madagascar, malgré la vigilance.
- Cinq cas ont été confirmés sur la côte nord-ouest de la Grande île, d’après les autorités.
- Les mesures préventives pour endiguer la propagation de l’épidémie doivent concerner les parcs et les aires protégées, où vivent les lémuriens, au milieu des primates non humains susceptibles de se contaminer mutuellement avec les humains.
- De janvier à décembre 2025, l’épidémie a causé la mort de 807 personnes en Afrique, où 179 478 cas suspects ont été recensés sur la même période.
ANTANANARIVO, Madagascar — Cinq cas de Mpox, anciennement appelée variole du singe, ont été détectés à Mahajanga, une capitale régionale située sur la côte nord-ouest de Madagascar, selon les résultats d’analyses effectuées par le LA2M et l’Institut Pasteur de Madagascar, deux des centres de recherche basés à Antananarivo. « Les résultats nous ont été parvenus hier [le 29 décembre, Ndlr] », a déclaré la ministre de la Santé publique, Dr Monira Managna, dans la soirée de mardi 30 décembre 2025.
La prise en main et la surveillance des victimes et des personnes en contact avec elles ont été immédiates. Un centre opérationnel d’urgence en santé publique, à titre de mesure préventive pour stopper à temps l’éventuelle propagation de l’épidémie sur le territoire, est mis en place, alors que le ministère s’est dépêché pour mettre à jour le Plan national de contingence. L’isolement des cas suspects est ainsi appliqué sur-le-champ aux cas suspects.
Les autorités sanitaires rassurent que la maladie est tout à fait guérissable en invitant la population à la plus grande prudence et au calme. Rappelant les symptômes et les modes de transmission de la pathologie, par contact direct et par le rapport sexuel, la ministre a invité les personnes présentant des signes suspects à se rendre d’urgence au centre de santé. Elle a aussi insisté sur le besoin impérieux d’adopter à nouveau les gestes-barrières familiers au temps de la COVID-19 en 2020 et 2021.
La situation doit pousser les protecteurs de l’environnement à une plus grande vigilance dans la mesure où il s’agit de zoonose. Dans une interview accordée à Mongabay en octobre 2024, le Professeur Jonah Ratsimbazafy, président du Groupe d’étude et de recherche sur les primates de Madagascar (GERP) et responsable de la filière pathologie des animaux sauvages à la mention médecine vétérinaire à l’université d’Antananarivo, a dit que les humains et les primates non humains se transmettent plus d’une quarantaine de maladies.
Contacté après la confirmation de la présence du Mpox sur le territoire malgache, l’éminent primatologue a fortement recommandé le renforcement de l’éducation de la population. « La présence de la maladie n’empêche pas les gens de s’échanger des vêtements ou d’autres effets personnels à cause de la pauvreté. A l’étranger, les habitants s’isolent d’eux-mêmes dès qu’ils sont malades, afin de ne contaminer les autres », a-t-il dit au téléphone.
Il conseille aussi le renforcement des mesures durant la visite des parcs pour éviter tout contact entre les hommes et les animaux sauvages, surtout les lémuriens vivant uniquement à Madagascar et représentent 20 % des primates non humains dans le monde. A la lumière de l’approche One Health, plus de 70 % des maladies contractées par les humains résultent du contact avec les animaux.
D’après le scientifique, les primates, y compris les lémuriens et les humains sont des cousins. Les gènes des primates non humains, les prosimiens et les simiens, et ceux des humains sont proches. Le nombre de leurs chromosomes se rapproche. Cette proximité génétique fait qu’ils peuvent se contaminer mutuellement.
Aux yeux du primatologue malgache, la situation actuelle est une occasion de relancer l’alerte sur la restitution des lémuriens en captivité. « Ces animaux vivent dans la nature et non aux côtés des humains », a-t-il souligné.

Urgence d’une cellule de crise
Contacté, le ministre de l’Environnement et du développement durable, Michaël Rafanomezantsoa Manesimanana, a dit qu’il mobiliserait son équipe et les scientifiques autour des mesures qui s’imposent face à la situation donnée. « Il est urgent de le faire », a-t-il affirmé au téléphone.
Il est favorable à la mise en place en urgence d’une cellule de crise. « Une telle structure doit comprendre des représentants de plusieurs ministères, notamment ceux en charge de la recherche scientifique, de l’environnement, du tourisme, outre la santé publique », a dit Professeur Ratsimbazafy.
En aout 2024, l’épidémie de Mpox a été déclaré urgence de santé publique de portée continentale en Afrique par le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC), et de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
D’après l’Africa CDC Epidemic Intelligence Report du 24 décembre 2025, 179 478 cas suspects ont été recensés et le Mpox a tué 807 humains, soit une mortalité de 0,45 %, dans plusieurs pays en Afrique subsaharienne tout au long de l’année 2025. Les cas récemment signalés à Madagascar n’y ont pas encore été comptabilisés.
L’Angola, l’Afrique du Sud, le Burundi, le Cameroun, les deux Congo, la Côte-d’Ivoire, l’Ethiopie, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Liberia, le Malawi, le Mali, le Maroc, le Mozambique, la Namibie, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, la Sierra Léone, le Soudan du Sud, la Tanzanie, le Togo, l’Ouganda et la Zambie sont les autres pays affectés depuis le début de l’épidémie de Mpox en 2024.
Image de bannière : Les humains et les lémuriens sont susceptibles de se contaminer mutuellement du Mpox, car ils sont des cousins. Ici des lémuriens en captivité dans un parc privé dans la ville de Mahajanga. Image de Rivonala Razafison prise le 20 juin 2024.
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