- En 2025, près de 15 millions de personnes ont eu accès à des modes de cuisson propres en Afrique subsaharienne, et la région est en passe d’enregistrer en 2026 une progression annuelle sans précédent.
- Un milliard de personnes continuent toutefois de cuisiner avec des combustibles très polluants, comme le bois, le charbon ou le kérosène, les progrès dans l’adoption de solutions de cuisson propres ne suivant pas le rythme de la croissance démographique.
- Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, sur les 2,2 milliards USD promis lors du Sommet 2024 sur la cuisson propre en Afrique, 740 millions ont été décaissés dans 30 pays.
- D’après le rapport, l’Afrique pourrait parvenir à un accès universel d’ici à 2040, à condition de reproduire les rythmes de progression les plus rapides jamais enregistrés, grâce à des investissements durables et à des politiques renforcées. Cette trajectoire reste néanmoins fragilisée par la crise actuelle au Moyen-Orient, qui a entraîné une flambée des prix du gaz de cuisson.
Selon un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’Afrique subsaharienne est en passe d’enregistrer en 2026 une progression annuelle sans précédent de l’accès à des modes de cuisson propres. Toutefois, la croissance démographique continue de dépasser ces avancées, et plus d’un milliard de personnes restent privées de cet accès.
D’après l’AIE, l’Afrique subsaharienne concentre la plus grande population au monde encore dépendante du bois, du charbon de bois ou du kérosène pour cuisiner au quotidien. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air intérieur, en grande partie due à l’utilisation de ces combustibles, est associée à environ 2,9 millions de décès prématurés chaque année, les femmes et les enfants étant les plus durement touchés.
Le rapport Clean Cooking in Africa 2026 : Progress Report estime qu’environ 15 millions de personnes ont eu accès à des modes de cuisson propres en Afrique subsaharienne en 2025, soit environ 35 % de plus que la moyenne annuelle des cinq années précédentes. Si ces chiffres se confirment, il s’agira de la plus forte hausse annuelle jamais observée. C’est en Côte d’Ivoire, au Kenya et au Nigeria que les progrès ont été les plus marqués.
Pour établir ces estimations, l’AIE s’est appuyée sur un modèle mathématique combinant des données sur les importations de cuisinières (appareils de cuisson combinant une table de cuisson et un four) et de gaz de pétrole liquéfié (GPL), les investissements dans les infrastructures, les combustibles et les technologies nécessaires à la cuisson propre, ainsi que le suivi des politiques publiques. Cette méthode s’avère plus rapide que les enquêtes auprès des ménages, qui restent l’approche la plus fiable en la matière, mais sont longues à réaliser. L’agence précise toutefois que les chiffres de 2025 doivent être considérés comme provisoires, en attendant leur confirmation par des études de terrain.
Malgré tout, Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, a déclaré que ces estimations marquaient un tournant majeur pour le continent.
« Le rythme de déploiement des modes de cuisson propres en Afrique subsaharienne est désormais trois fois plus élevé qu’en 2010 », souligne le rapport. Lors d’une réunion de haut niveau organisée le 9 juillet pour faire le point sur les progrès accomplis depuis le Sommet de 2024, Birol a salué ces avancées, déclarant qu’il s’agissait d’« une très bonne nouvelle ».
Selon l’OMS, environ 2,1 milliards de personnes, soit près d’un quart de la population mondiale, cuisinent encore avec des foyers ouverts ou avec des équipements inefficaces, brûlant du kérosène, de la biomasse (bois, déjections animales, résidus agricoles) ou du charbon de bois et générant une pollution de l’air intérieur nocive. Ces modes de cuisson émettent chaque année quelque 1,2 milliard de tonnes d’équivalent CO₂, dont une partie est liée à la dégradation des forêts. L’AIE souligne que ce volume est comparable aux émissions combinées du transport international aérien et maritime.
L’Asie du Sud, l’Asie du Sud-Est et la Chine, que l’AIE regroupe sous le terme « Asie en développement », comptaient historiquement le plus grand nombre de personnes au monde privées d’accès à des modes de cuisson propres. Depuis 2010, 1,7 milliard de personnes dans cette région ont pu s’équiper de ces solutions de cuisson, principalement grâce aux programmes publics menés en Chine, en Inde et en Indonésie, précise le rapport. L’Afrique, quant à elle, pourrait parvenir à un accès universel d’ici à 2040, à condition de reproduire les rythmes de progression les plus rapides jamais enregistrés, grâce à des investissements durables et à des politiques renforcées, estime l’agence. Lors de la réunion de l’AIE, le président kényan, William Ruto, a déclaré que son pays aurait besoin d’environ 1 milliard USD pour parvenir à un accès universel des ménages à des modes de cuisson propres, alors que seulement 32 % de la population en bénéficie actuellement et que près de 38 millions de personnes en sont encore privées.

« Le défi lié au financement concerne l’ensemble du continent », a-t-il souligné. « Combler le déficit d’accès à des modes de cuisson propres en Afrique nécessitera des investissements massifs, alors que les financements annuels restent encore très en deçà des besoins ».
Lors du premier Sommet sur la cuisson propre en Afrique, organisé à Paris en 2024, les gouvernements, les partenaires au développement et les acteurs privés s’étaient engagés à mobiliser 2,2 milliards USD de financements mixtes pour soutenir ces nouvelles solutions sur le continent. Selon le rapport de l’AIE, en juin 2026, quelque 740 millions USD, dont 84 % provenaient du secteur privé et 16 % des gouvernements, avaient été décaissés pour financer des projets dans 30 pays africains.
Le Kenya a reçu la plus grande part de ces fonds (19 %), suivi de l’Ouganda, de la Tanzanie et de l’Afrique du Sud, avec 7 % chacun.
Près des deux tiers des 740 millions USD ont été consacrés à l’achat d’équipements, notamment des cuisinières et des bouteilles de GPL. Le reste a été réparti entre l’assistance technique et le développement des marchés (14 %), les investissements dans des entreprises spécialisées du secteur (13 %) et les infrastructures d’approvisionnement en combustibles, comme les installations de stockage et d’embouteillage du GPL (7 %). En ce qui concerne les différentes technologies de cuisson, près de la moitié des financements (49 %) a été affectée au GPL, contre 17 % aux foyers améliorés fonctionnant à la biomasse, 8 % chacun à la cuisson électrique et au biogaz. Les 26 % restants ont été alloués à des programmes transversaux couvrant plusieurs modes de cuisson propres, notamment des dispositifs visant à en améliorer l’accessibilité financière.
Le GPL est reconnu par l’OMS comme un combustible de cuisson propre, puisqu’il génère, lors de sa combustion, beaucoup moins de polluants atmosphériques nocifs que le bois ou le kérosène. Il n’en reste pas moins un combustible fossile et demeure donc moins respectueux de l’environnement à long terme que la cuisson électrique et d’autres solutions fondées sur les énergies renouvelables.
Lors de la réunion de haut niveau, Birol a annoncé que l’AIE avait mobilisé 900 millions USD supplémentaires depuis le sommet de Paris et recensé 120 nouvelles politiques en faveur des modes de cuisson propres sur le continent.
Malgré ces avancées, l’agence met en garde : la croissance démographique continue de freiner une grande partie des progrès réalisés.
« Même si nous observons un tournant, et que l’accès à des modes de cuisson propres s’accélère, nous sommes encore loin de notre objectif », a déclaré Birol, ajoutant que quatre familles africaines sur cinq continuent de dépendre des modes de cuisson traditionnels.
Selon le rapport de l’AIE, le nombre de personnes privées d’accès à des modes de cuisson propres en Afrique subsaharienne a augmenté d’environ 14 millions en 2024. Au sein de la région, seule l’Afrique australe a enregistré une baisse, tandis que l’Afrique centrale a connu la plus forte hausse.

« Près de 2 milliards de personnes dans le monde, dont la moitié en Afrique subsaharienne, n’ont toujours pas accès à des modes de cuisson propres », a déclaré à Mongabay, par courriel, Damilola Ogunbiyi, directrice générale de l’initiative Énergie durable pour tous (SE4All), soutenue par les Nations Unies.
Selon elle, l’extension de l’accès à l’électricité et aux modes de cuisson propres devrait être menée de front, plutôt que de relever de politiques distinctes.
« En intégrant la cuisson électrique aux programmes nationaux d’électrification, et en faisant des établissements scolaires un moteur de ce changement, les pays peuvent accélérer l’adoption de modes de cuisson propres à l’échelle des communautés locales, tout en maximisant les bénéfices sociaux, économiques et climatiques de l’extension de l’accès à l’électricité », a-t-elle ajouté.
Pour Caroline Sawe, chercheuse en énergie au Stockholm Environment Institute (SEI), à l’université de York, au Royaume-Uni, le rapport met en évidence une dynamique encourageante, mais les efforts de mise en œuvre doivent s’accélérer pour suivre le rythme de la croissance démographique du continent.
« L’accès à l’énergie joue un rôle clé dans l’autonomisation des ménages, et les bénéfices associés à la transition vers des sources d’énergie plus propres sont considérables, tant sur le plan sanitaire qu’économique », a-t-elle indiqué à Mongabay dans un courriel.
Étant donné qu’à peine un tiers des financements promis en faveur des modes de cuisson propres en Afrique ont été débloqués à ce jour, Sawe estime que les bailleurs de fonds pourraient renforcer leur soutien à la transition vers des combustibles propres, afin d’atténuer les impacts sanitaires et économiques associés à la cuisson à la biomasse.
L’AIE souligne que la crise au Moyen-Orient, notamment la fermeture du détroit d’Ormuz, a révélé une vulnérabilité dans cette transition en Afrique. Même si la région reste peu dépendante des approvisionnements en GPL du golfe Persique, les perturbations ont tout de même entraîné des flambées de prix et des pénuries dans plusieurs pays.
Bien qu’il soit le troisième producteur de gaz du continent, le Nigeria importe encore une partie de son gaz de cuisson. Lorsque la crise du détroit d’Ormuz a éclaté, les prix se sont brusquement envolés dans tout le pays, poussant de nombreux ménages à revenir au charbon de bois et au bois.
Selon Birol, cette expérience a conduit l’AIE à mettre en place un programme spécifiquement dédié à la sécurité de l’approvisionnement en GPL, axé sur les capacités de stockage, les chaînes d’approvisionnement et la coordination entre les pouvoirs publics et l’industrie.
« C’est essentiel, car nous devons renforcer les capacités de stockage, travailler avec les secteurs public et privé, et favoriser la coopération entre les économies avancées et les pays africains qui utilisent d’importantes quantités de GPL », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que l’agence avait entamé des consultations avec les principaux producteurs et fournisseurs de GPL, et que cette initiative devrait franchir une nouvelle étape lors d’une réunion avec les acteurs du secteur prévue plus tard cette année.
Image de bannière : Des femmes et de jeunes entrepreneurs kényans suivant une formation aux modes de cuisson propres. Image reproduite avec l’aimable autorisation du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Kenya via Flickr (CC BY-NC 4.0).
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