- Une étude publiée révèle que plus de 140 mm de précipitations sont tombées en moins de 24 heures dans certaines villes, submergeant complètement les réseaux de drainage naturels et provoquant des crues soudaines meurtrières.
- Les fortes précipitations ont coûté la vie à au moins 34 personnes au Ghana, 5 au Togo et 59 en Côte d’Ivoire, d’après l’étude.
La Côte d’Ivoire, le Ghana, le Bénin, le Togo et le Nigeria, cinq pays de l’Afrique de l’Ouest, ont enregistré de fortes pluies diluviennes avec, à la clé, d’importantes inondations, entre les 20 et 22 juin 2026.
Une étude publiée le 16 juillet 2026, par World Weather Attribution, un organisme international qui analyse et de fait connaître l’influence potentielle du changement climatique sur les phénomènes météorologiques extrêmes, sur les risques accrus d’inondations sur les côtes du Golfe de Guinée, révèle que plus de 140 mm de précipitations sont tombées en moins de 24 heures dans certaines villes, submergeant complètement les réseaux de drainage naturels et provoquant des crues soudaines meurtrières.
Les fortes précipitations ont coûté la vie à au moins 34 personnes au Ghana, 5 au Togo et 59 en Côte d’Ivoire, d’après l’étude.

Les auteurs de l’étude soulignent que les inondations ont touché une région très densément peuplée, où l’urbanisation rapide et l’extension des quartiers formels et informels dans les plaines inondables, ainsi que la conversion de la végétation naturelle en terres cultivées, ont réduit la capacité de drainage naturelle, et ont accru la vulnérabilité aux inondations.
La chercheuse Joyce Kimutai, qui étudie les phénomènes météorologiques extrêmes et le changement climatique au Imperial College London, et auteure principale de l’étude, souligne dans un communiqué, que la tendance à une forte augmentation des précipitations observée , laisse clairement apparaître que le réchauffement d’origine humaine a aggravé ce phénomène et l’a rendu plus pluvieux, avec des conséquences dévastatrices.
« Cette étude illustre clairement la nécessité d’une coopération internationale en matière de justice climatique. Les pays industrialisés ont la responsabilité d’aider des pays comme le Togo, la Côte d’Ivoire et le Ghana à s’adapter à un problème qui s’aggrave, et dont ils ne sont pas à l’origine », dit-elle.
Kimutai explique à Mongabay que la région côtière de l’Afrique de l’Ouest est particulièrement vulnérable aux inondations en raison de la conjonction de multiples facteurs de risque. Elle pointe du doigt la croissance démographique rapide et l’urbanisation, ayant entraîné une forte concentration de population dans les villes côtières de faible altitude, tout en exposant les systèmes lagunaires aux inondations.
En sus, selon elle, l’expansion urbaine a souvent devancé le développement des infrastructures, ce qui a entraîné un drainage insuffisant, l’apparition d’habitats informels dans des zones à haut risque et une exposition accrue des personnes et des biens aux risques d’inondations.
Le professeur Michel Boko, climatologue à l’université d’Abomey-Calavi au Bénin, qui n’a pas participé à l’étude, abonde dans le même sens que Kimutai, expliquant au téléphone à Mongabay, que l’urbanisation anarchique, avec des constructions à la hussarde, est à l’origine du phénomène d’inondation dans ces pays ouest-africains. Ces constructions obstruant le drainage des eaux.
« Le climat change par nos comportements et notre façon de faire. Il ne faut pas rester dans les lits d’eau. Il y a des choses qu’on fait, qu’on ne doit pas faire. Dans tous ces pays-là, c’est presque cela. Là où l’eau passe, on construit dans les lits d’eau. Lorsque l’eau va vouloir passer et ne trouvera pas de passage, elle inondera de partout ».

L’étude précise sur la base des données collectées que la probabilité qu’un épisode pluvieux intense de trois jours se produise aujourd’hui est désormais environ cinq fois plus élevée que dans le climat préindustriel. Ces données montrent également que l’intensité de ces fortes averses sur trois jours a déjà augmenté d’environ 23 % dans toute la région depuis le début des relevés, à compter du 18 juin 2026.
Elle espère que cette étude permettra de prendre conscience de l’évolution des risques liés aux précipitations extrêmes et aux inondations dans un contexte de réchauffement climatique.
« J’espère également qu’elle incitera les décideurs politiques, les urbanistes et les collectivités à reconnaître que ces événements sont de plus en plus probables dans un climat qui se réchauffe, et à investir dans des mesures visant à renforcer la préparation, les systèmes d’alerte précoce et la résilience climatique », dit-elle.
Les chercheurs disent que la croissance démographique devrait poursuivre sa trajectoire ascendante dans cette région, et pourrait augmenter encore cette vulnérabilité des populations aux inondations au cours des prochaines décennies.
Image de bannière : La majeure partie d’Accra est inondée pendant la saison des pluies, provoquant une crise environnementale au Ghana. Image de Fquasie via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
Citation :
Kimutai, J. et al. (2026): Climate Change and urban pressures intensify flood risk on the Gulf of Guinea coast. (WWA scientific report No. 86) World Weather Attribution. DOI:10.25560/131268
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