- Le Parc national de Maiko, situé à l’Est de la République démocratique du Congo, est sous la menace de l’exploitation minière illégale.
- Il abrite des espèces emblématiques à l’instar de l’Okapi, du chimpanzé et du Gorille de Grauer, également menacées par cette activité.
- Le service de la conservation du parc se déploie, dans la limite de ses moyens, pour combattre cette activité et les autres facteurs menaçant l’intégrité de ce parc créé en 1970.
Le Parc national de la Maiko, à cheval entre les provinces de la Tshopo, du Maniema et du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo (RDC), est l’un des rares parcs au monde à abriter le gorille de Grauer (Gorilla beringei graueri), une sous-espèce du gorille des plaines orientales, mais aussi de nombreuses espèces endémiques telles que l’okapi (Okapia johnstoni), l’éléphant de forêt (Loxodonta cyclotis), le chimpanzé (Pan troglodytes) ou le pangolin géant (Smutsia gigantea).
L’existence de ces mammifères est menacée, ces dernières années, par l’exploitation minière exercée illégalement par des sociétés chinoises, dans l’enceinte de ce parc. Ceci alors même que l’activité minière est strictement interdite dans les aires protégées par la législation congolaise, en conformité avec les accords internationaux ratifiés par le pays. Mais le contexte de crise politique à l’Est de la RDC, avec la montée en puissance des groupes armés dissidents, a favorisé toutes sortes de pratiques non réglementées, ce dont l’environnement paie un lourd tribut.
C’est dans ce contexte que Matthieu Mirambo, nommé Directeur du Parc national de Maiko, début 2025, œuvre avec ses équipes et la contribution des communautés locales, sous l’égide de l’ONG Fauna & Flora et de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), pour préserver l’intégrité du parc de toutes les menaces auxquelles il serait confronté.

Mongabay : Comment se fait la délivrance des titres d’exploitation minière aux sociétés chinoises opérant dans l’enceinte du Parc national de Maïko ?
Matthieu Mirambo : Dans un cadre légal, c’est le Cadastre minier qui octroie les titres miniers aux exploitants ; mais les « colliniers » (propriétaires terriens), aussi le font d’une manière officieuse et par convention. Dans les milieux reculés, ce sont les groupes armés qui vendent des portions de terre, non seulement aux Chinois, mais aussi à tous ceux qui en ont besoin, en contrepartie d’une somme d’argent ou d’un don y équivalent. Mais, les Chinois ne présentent jamais les documents de la structure qui leur délivre les titres d’exploitation, même dans le cas où ils sont arrêtés.
Mongabay : Quelles sont les espèces particulièrement menacées par l’exploitation minière au sein de votre parc ?
Matthieu Mirambo : Les espèces les plus menacées sont celles qui vivent dans l’eau (halieutiques), suite aux produits chimiques toxiques utilisés dans le nettoyage des minerais. Les autres espèces telles que les éléphants, les Okapis, les pangolins géants, les grands singes (Gorilles de Grauer, les chimpanzés), et même les oiseaux, les reptiles… ne sont pas épargnés par cette pratique incompatible avec la conservation, car elle détruit la forêt qui est leur habitat propice. La chasse est aussi pratiquée par les miniers, pour trouver les gibiers à consommer sur les sites d’exploitation.
Mongabay : Quelles autres conséquences découlent de cette activité minière illégale ?
Matthieu Mirambo : Cette activité est à la base du changement de la mosaïque d’habitats, la pollution sonore, la migration faunique, l’extinction, et même la disparition des espèces, les zoonoses, les conflits homme-faune, le réchauffement climatique en ce qui concerne la déforestation. Le changement de comportement de la faune vis-à-vis de l’homme, et la chasse commerciale illicite.
Mongabay : Avez-vous entrepris des actions pour mettre fin à l’exploitation minière dans le Parc national de Maïko ?
Matthieu Mirambo : L’application de la loi, l’organisation des dialogues avec les propriétaires terriens et les tenanciers (exploitants) des machines communément appelées dragues, tout en associant les leaders locaux, et même les représentants des groupes armés, sans oublier les autorités politico-administratives de la place. Mais également la dénonciation.
Mongabay : Quelles sont les autres menaces auxquelles le parc est confronté ?
Matthieu Mirambo : La chasse et l’abattage des animaux avec des armes de chasse ou de guerre. La circulation et le campement illicite dans le parc, l’exploitation du bois, l’usage des filets à petites mailles non conventionnelles, et l’usage des produits toxiques dans la pêche. L’élagage, la culture et l’introduction des espèces domestiques dans le parc.
Mongabay : Comment organisez-vous la riposte pour venir à bout de ces menaces ?
Matthieu Mirambo : Sensibilisation à tous les niveaux pour vulgariser la loi relative à la conservation et d’autres thématiques y afférentes. La dénonciation tout en documentant les cas.
L’application de la loi en organisant des patrouilles pendant lesquelles les écogardes arrêtent les braconniers, les contrôlent et les acheminent dans notre quartier général, pour leur verbalisation par les Officiers de police judiciaire (OPJ) du parc, qui les déférent devant la justice, en fonction de leurs infractions.

Mongabay : De quelles ressources humaines et logistiques disposez-vous pour mener le combat de la protection de cette aire protégée ?
Matthieu Mirambo : Le parc dispose des éléments de surveillance, en l’occurrence les écogardes, dont l’effectif est encore réduit par rapport à la zone à contrôler. La majorité des agents commis à la surveillance du parc ne sont plus tellement efficaces et sont proches de la retraite.
Le parc développe la conservation communautaire pour que la population s’approprie sa gestion. Malheureusement, elle n’est pas encore en mesure d’opérer des arrestations, faute de formation en la matière. Mais, jusque-là, elle joue un grand rôle dans la dénonciation. La logistique est inadéquate en termes d’infrastructures d’hébergement, de bureau et d’entreposage ; il n’existe aucune salle pour les opérations, ni même un cachot.
Mongabay : Quel est le niveau d’implication des communautés locales, pour ce qui est de la protection de la biodiversité du parc ?
Matthieu Mirambo : La population s’attèle à la dénonciation. Elle a une connaissance et le respect vis-à-vis de certaines espèces animales comme végétales, qu’elles considèrent comme interdites par la coutume et la loi du pays. Ce qui est à renforcer par la conservation communautaire et l’éducation environnementale.
Mongabay : Quelles sont les grandes articulations de l’accord signé entre l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) et l’ONG Fauna & flora international pour la cogestion du parc ?
Matthieu Mirambo : Cet accord entre l’ICCN et l’ONG Fauna & flora international pour la cogestion du Parc national de la Maïko visant à maintenir les écosystèmes naturels, sa biodiversité unique est importante, et les services environnementaux de cette ONG reconnaissent que la conservation et l’avenir du Parc national de la Maiko doivent être pris en charge et dirigés par les Congolais. Il est reconnu que la conservation de la biodiversité et l’utilisation durable des ressources naturelles sont inextricablement liées aux droits des personnes à assurer leurs moyens de subsistance et à vivre dans la dignité, et que le maintien des biens et des services des écosystèmes en particulier, grâce à une participation équitable à la prise de décision, peut contribuer positivement à la réalisation de nombreux droits humains et permettre une gestion plus efficace et durable de l’environnement.
L’ICCN et l’ONG Fauna & flora conviennent de se soutenir mutuellement dans la gestion du Parc national de la Maiko, conformément aux meilleures pratiques et normes internationales, en plaçant fermement les droits humains au centre du travail de conservation, pour favoriser une conservation inclusive et centrée sur la communauté. L’accord vise également à renforcer l’engagement commun et les contributions en faveur d’une conservation plus exclusive et durable. Il donne la priorité au développement durable des communautés, au respect des droits et à l’application de la loi. L’ICCN et l’ONG Fauna & flora veilleront à ce que ces activités de conservation ne désengagent ni n’affaiblissent les populations pauvres, vulnérables ou marginalisées, qui dépendent des ressources naturelles ou qui vivent à proximité de celles-ci et dans la mesure du possible, cherchent à conserver la biodiversité de manière à améliorer le bien-être local et l’équité sociale. L’ICCN et l’ONG Fauna & flora s’engagent à respecter les droits humains, à promouvoir leur protection et leur réalisation dans le cadre de leurs programmes de conservation et à soutenir les systèmes de gouvernance susceptible de garantir ces droits. L’ICCN et l’ONG Fauna & flora s’efforcent de respecter cette position dans tous leurs partenariats, y compris avec les services gouvernementaux, le secteur des entreprises et les organisations de la société civile.
Image de bannière : Matthieu Mirambo (au milieu), Directeur de site du Parc national de Maiko et ses hommes dans l’enceinte du parc pour une visite de routine. Image fournie par Matthieu Mirambo et publiée avec son aimable autorisation.
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