- Des experts de 23 pays africains recommandent aux gouvernements de renforcer le contrôle et la réglementation des peintures au plomb, encore largement commercialisées sur les marchés du continent.
- Selon eux, plusieurs peintures renferment encore des teneurs élevées en plomb, un métal qui persiste dans les sols et les eaux pendant des décennies, contaminant les chaînes alimentaires et générant des coûts économiques liés aux maladies, à la perte de productivité et à la dégradation des écosystèmes.
- Ils affirment que le plomb n’est plus indispensable et préconisent des matières premières d’origine végétale offrant des performances comparables.
Des experts en santé, en environnement et en industrie affirment que les gouvernements africains doivent renforcer la réglementation sur les peintures au plomb.
Réunis le 11 février 2025, à Lomé, au Togo, ces experts, venus de 23 pays africains, ont souligné la nécessité pour les pays africains de revoir et de renforcer la réglementation sur les produits mis sur le marché et de garantir leur conformité aux normes sanitaires.
Commercialisées dans les marchés sur le continent, les peintures au plomb sont, selon ces experts, dangereux pour la santé et l’environnement. Invisible à l’œil nu, le plomb, ce métal lourd, que renferment les peintures, est hautement toxique pour la santé.
« La réglementation n’est pas encore véritablement actée au Togo, comme dans plusieurs pays de la sous-région », indique le Professeur Aboudoulatif Diallo, pharmacien et enseignant en toxicologie à la Faculté des sciences de la santé de l’université de Lomé.
L’universitaire demande aux gouvernements d’« assurer le contrôle des peintures commercialisées en attendant un encadrement réglementaire plus strict ».
Selon lui, les études scientifiques disponibles montrent que plusieurs peintures commercialisées sur les marchés locaux contiennent encore des teneurs élevées en plomb. Plus inquiétant encore, dit-il, certaines études révèlent que de nombreux enfants présentent des plombémies élevées, notamment dans des zones identifiées comme à risque.
Le Professeur Diallo rappelle que le plomb est responsable des atteintes du système nerveux central, entraînant une diminution du quotient intellectuel, des troubles de la mémoire et une baisse de la vigilance. Il affecte également le tube digestif, provoquant des douleurs abdominales, des coliques et une constipation chronique.
Au niveau du sang, il peut causer une anémie persistante, parfois résistante aux traitements classiques à base de fer. Les reins peuvent être atteints, allant jusqu’à l’insuffisance rénale, tandis que le système cardiovasculaire peut développer une hypertension artérielle. Chez la femme enceinte, cette hypertension peut évoluer vers une prééclampsie, mettant en danger la mère et l’enfant.
Enfin, il explique que le plomb altère le système reproducteur, avec des risques de stérilité, d’infertilité et de malformations congénitales.

Toxicité
Pour Dr Nasser Hassane, toxicologue nigérien engagé de longue date dans la lutte contre les polluants chimiques, limiter la question du plomb à la seule santé humaine serait une erreur.
« Le plomb ne disparaît pas une fois libéré dans l’environnement. Il s’accumule dans les sols, contamine les eaux et peut persister pendant des décennies », souligne-t-il.
Dr Hassane explique que lorsque les peintures se dégradent, les poussières et éclats contaminés se retrouvent dans les sols urbains, les eaux de ruissellement et parfois les nappes phréatiques, affectant les cultures et les chaînes alimentaires. Cette pollution diffuse engendre également des coûts économiques indirects, liés à la dégradation des écosystèmes, à la perte de la productivité et à l’augmentation des dépenses de santé.
C’est pourquoi, lui et ses collègues, alertent sur l’urgence d’éliminer le plomb des peintures en Afrique.
Selon eux, la réglementation est encore insuffisante. Même si certains pays africains ont amorcé des démarches réglementaires, ils estiment que leur application reste limitée.
Et c’est le consommateur qui se retrouve souvent démuni face à une réglementation presque inexistante. « On peut demander à l’individu lambda de faire attention aux peintures qu’il achète, mais le problème, c’est qu’il n’a pas les moyens d’identifier celles qui contiennent du plomb », souligne le Professeur Diallo.

Utiliser des matières premières d’origine végétale
Les experts qui se sont rencontrés dans la capitale togolaise expliquent que le plomb n’est plus indispensable et préconisent des solutions basées sur les matières premières d’origine végétale, notamment les pigments et les agents clarifiants à base de plantes, utilisées dès le marché primaire, c’est-à-dire au niveau de la fabrication industrielle.
Selon eux, ces alternatives offrent des performances comparables en termes de couleur, de durabilité et de coût. « Il est tout à fait possible de promouvoir des solutions plus sûres, durables et respectueuses de la santé humaine et de l’environnement », affirme Dr Hassane.
Des structures techniques, comme le Lead exposure elimination project (LEEP), accompagnent déjà les fabricants en les mettant en relation avec des fournisseurs de matières premières alternatives et en procédant à des tests sur les produits finis.
« L’essentiel, c’est que le produit qui quitte l’usine soit sûr », souligne Dr Hassane. « Un produit qui protège la population, au lieu de l’exposer à un danger invisible ».
Pour les participants à la rencontre de Lomé, l’élimination du plomb dans les peintures représente une opportunité stratégique pour les pays africains. Elle permettrait de prévenir des maladies évitables, de protéger les écosystèmes et de soutenir une industrie locale plus responsable.
« Protéger la santé des populations, préserver l’environnement et promouvoir un développement économique durable ne sont pas des objectifs opposés », conclut Dr Nasser Hassane. « Ils sont indissociables », souligne-t-il.
Image de bannière : Un commerce de peinture au Cap en Afrique du Sud. Image de Husskeyy via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.