- Dans l’Est de la République démocratique du Congo, la lutte contre la désinformation environnementale transforme progressivement les perceptions des communautés locales.
- En s’appuyant sur l’éducation, la foi et l’action communautaires, des initiatives locales contribuent à restaurer la confiance, à encourager la protection des ressources naturelles et à renforcer la résilience face au changement climatique.
- La mauvaise compréhension des menaces environnementales et climatiques, liée d’une part à l'accès limité à l’information environnementale, combinée à la circulation d’informations erronées, la manipulation, figure parmi les facteurs ayant longtemps limité l’adhésion des populations aux initiatives de conservation et d'adaptation.
Au petit matin du vendredi 16 janvier 2026, Sifa Nyamukebo, habitante du village Muhanga, situé dans le groupement de Buzi Bulenga, dans le territoire de Kalehe, à plus de 80 kilomètres, au nord-est de la ville de Bukavu, plante des arbres dans son champ. Un geste qu’elle n’aurait pas posé quelques années plus tôt. Comme beaucoup d’habitants de la zone, elle associait auparavant les perturbations climatiques à une volonté divine. « Nous pensions que les perturbations climatiques étaient l’accomplissement des saintes écritures bibliques. Depuis quelques années, nos champs ne produisaient plus comme avant. Nous cultivons sans réellement gagner. Aujourd’hui, nous avons déjà compris que nous avons aussi une responsabilité. Si je plante des arbres, l’érosion n’envahira plus mon champ et ma parcelle », explique-t-elle.
Sifa Nyamukebo n’est pas la seule dont le regard change face aux défis climatiques. Mugongo Lusheke s’est lui aussi engagé dans la plantation d’arbres pour contribuer à la protection de l’environnement et à l’amélioration de la production agricole. « À travers les échanges lors des débats citoyens sur les perturbations des saisons culturales, j’ai compris l’importance de l’arbre et la place de l’humain dans la lutte climatique. Face aux menaces climatiques, je me suis déjà engagé à planter des arbres pour protéger l’environnement. Nous avons besoin de plus d’arbres pour continuer cette lutte », témoigne-t-il.
Pour Bahati Samunane, une sexagénaire, l’engagement environnemental ne se limite pas à la plantation. Elle insiste sur le respect des arbres. « Nous plantons les arbres et veillons à leur protection », souligne-t-elle.
À Kanyaruchinya, un village situé à une dizaine de kilomètres au nord de la ville de Goma, depuis 2024, des volontaires de l’association locale Cercle des jeunes pour la conservation de la nature et le développement, en collaboration avec les exploitants agricoles, plantent des espèces telles que l’Acacia (Acacias), le Senna siamea (Fabaceae) et le Jacaranda (Jacaranta Juss).
Cette initiative vise à mobiliser les habitants autour de la pratique de l’agroforesterie et de la lutte contre la déforestation. Plus de trois hectares, octroyés par la Paroisse catholique de Kanyaruchinya, ont été reboisés en 2025, et contribuent à l’amélioration des moyens de subsistance des habitants de cette zone riveraine du Parc national des Virunga.
« L’année passée, nous avons reboisé trois hectares avec les communautés locales. La paroisse a attribué des portions de terre à chaque femme volontaire. Nous avons planté les arbres avec elles et, avec l’appui de nos bénévoles, plus de 5 000 arbres ont été mis en terre. Nous les sensibilisons également à l’agroforesterie. Nous constatons déjà des avancées, car cette approche réduit la pression sur le parc », explique Alain Mbusa Kamala, coordonnateur de cette association.

L’éducation, l’action communautaire et la foi au cœur de la mobilisation écologique
En 2023, le territoire de Kalehe a fait face à des inondations dévastatrices, ayant affecté environ 4 000 habitations, dont près de 1 200 ont été entièrement détruites. De vastes étendues de champs agricoles ont été submergées, tandis que de nombreuses infrastructures socio-économiques et ouvrages hydrauliques ont subi d’importants dégâts, d’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Selon le gouvernement congolais, 438 personnes avaient perdu la vie dans ces inondations et une centaine avaient disparu, à Bushushu et Nyamukubi.
Depuis plus de deux ans, Congo Agri Platform, une plateforme regroupant des organisations environnementales et agricoles, travaille sur la mobilisation des communautés locales à travers une campagne baptisée « Champion Environnement » dans les territoires de Idjwi et de Kalehe, dans la province du Sud-Kivu, et à Masisi au Nord-Kivu, à l’Est de la RDC. Selon Ghislain Kamondo, Directeur exécutif de cette plateforme, l’initiative est structurée autour de trois stratégies intégrées, dont l’éducation, la foi et l’action communautaire.
Dans les zones rurales, où les églises occupent une place centrale dans la vie sociale, indique-t-il, les leaders religieux bénéficient d’une forte crédibilité auprès des populations. La campagne s’appuie aussi sur ces relais d’influence pour relayer les messages sur les enjeux environnementaux. « Au village, ce sont les églises qui disposent de concessions, et les pasteurs sont parmi les personnes les plus écoutées au sein des communautés. Les gens écoutent beaucoup les pasteurs que leurs maris et même leurs parents. Les objectifs sont que ces concessions nues soient reboisées », explique-t-il.
« Nous organisons également des séminaires sur le rôle prophétique des églises dans la protection de l’environnement. Les pasteurs, à leur tour, expliquent, à partir de la Bible, comment l’homme détruit l’environnement et comment il peut contribuer à sa protection. Dieu a placé l’homme sur la terre pour dominer ce qui s’y trouve, et non pour le détruire », ajoute-t-il.
« Au village, chacun a sa propre perception du changement climatique, mais grâce aux échanges et aux débats, les mentalités évoluent. On observe déjà une amélioration progressive de la protection de l’environnement et de la productivité agricole, grâce à ces activités », précise-t-il.

Bapemacho Amani, présidente de la Fédération des femmes, une organisation des femmes chrétiennes, contribue activement aux actions de reboisement menées dans le territoire de Kalehe. Accompagnée de leaders religieux, elle participe à une séance de plantation d’arbres organisée dans la concession de la Communauté baptiste au centre de l’Afrique (CBCA Kalungu). Elle affirme que cette initiative renforce la conscience écologique au sein des familles et des communautés chrétiennes. « Dieu a créé l’eau et les arbres, mais c’est l’homme qui les détruit en les coupant. Je transmets ce message aux femmes de notre église pour les encourager à planter des arbres dans nos parcelles et nos champs. Nous sensibilisons également nos enfants, afin qu’ils grandissent en étant conscients de l’importance de la protection de l’environnement. Nous leur enseignons à ne pas jeter les sachets n’importe où et à arroser les arbres chaque matin et chaque soir », explique-t-elle.
Ghislain Kamondo ajoute que des débats participatifs sont organisés dans les villages pour donner la parole aux habitants. Ces échanges permettent de confronter les opinions et de mieux comprendre les défis climatiques. « Nous donnons la possibilité aux populations d’exprimer différents points de vue en adoptant deux pistes de réponses. Puis, nous intervenons en donnant les bonnes réponses. Les élèves, les pasteurs et les citoyens avaient, au début, une mauvaise compréhension des effets du changement climatique, souvent perçus comme une simple volonté divine », dit-il.
« Nous avons constaté que les populations n’étaient pas suffisamment informées. Il y a peu de médias, un accès limité à Internet, et beaucoup de villages sont isolés. Les gens pensaient que ces phénomènes étaient liés à l’accomplissement des Écritures. Depuis le début des discussions, une meilleure compréhension se dégage », a-t-il indiqué.
À Idjwi, localité enclavée par le lac Kivu, plus de 50 000 arbres ont déjà été plantés depuis le début de la campagne, et environ 60 000 arbres, principalement les avocatiers (Persea americana Mill.) et les grevilleas (Proteaceae) ont été plantés dans le territoire de Kalehe, selon Ghislain Kamondo. « Les populations, majoritairement agricultrices, bénéficient également de formations sur des pratiques agricoles adaptées aux conditions climatiques. Elles plantent aussi des arbres. Avec les communautés, nous avons déjà planté plus de 50 000 arbres à Idjwi et 60 000 à Kalehe », dit-il.

Le territoire de Kalehe, marqué par l’arrivée de réfugiés rwandais en 1994, a connu une pression, notamment la déforestation et l’anarchie dans l’utilisation des ressources forestières, contribuant à la dégradation de l’environnement.
La campagne ne s’arrête pas à la sensibilisation des adultes : elle s’étend aussi aux écoles de différents villages de ces territoires ciblés, avec des concours de génie en herbe, pour éveiller la conscience environnementale des jeunes. Des clubs « Champions Environnement » voient le jour, accompagnés de pépinières scolaires. « Les jeunes doivent être davantage informés sur les questions climatiques. Nous encadrons aussi des jeunes engagés dans l’environnement. Cette campagne est financée par les souscriptions volontaires des personnes physiques et morales. Ceux qui acceptent de partager leurs connaissances sur le terrain contribuent à l’atténuation des effets du changement climatique. La lutte contre ce fléau doit être l’affaire de tous, notamment à travers l’éducation, en concentrant davantage le message au niveau des villages, où l’accès à l’information reste limité », conclut Ghislain Kamondo.
Image de bannière : Des habitants du territoire du territoire de Kalehe mobilisés dans la plantation des arbres après un débat citoyen. Image fournie par Congo Agri Platform, avec son aimable autorisation.
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