- Le sud du Togo connaît des précipitations et des vagues de chaleur depuis novembre 2025, une période habituellement marquée par l’harmattan, un vent chaud et sec.
- Ces pluies hors saison ont bouleversé la grande saison sèche, provoquant la destruction d’habitations, faisant des sinistrés et fragilisant les revenus agricoles.
- Dans ce contexte d’incertitude de l’évolution de la saison, les experts appellent à renforcer les systèmes d'alerte précoce, à intensifier la sensibilisation des communautés, à intégrer les changements climatiques dans les planifications sectorielles et à financer la recherche liée au climat, afin de permettre aux populations de s'y adapter.
Au Togo, l’inquiétude est réelle face aux répercussions du changement saisonnier marqué par des pluies inhabituelles, alternées avec des vagues de chaleur en lieu et place de la grande saison sèche, qu’enregistre en ce moment le sud du pays.
La mise en place des mécanismes devant renforcer l’adaptation devient alors nécessaire, pour aider à faire face aux incertitudes de l’évolution prochaine des saisons, et à la vulnérabilité des populations et des systèmes de subsistances, estiment les chercheurs et les experts du climat issus des ministères impliqués dans l’action climatique.
Préoccupés par la question, les agriculteurs et ces derniers étaient rassemblés, le 10 février dernier, à l’université de Lomé, au Togo, autour d’une conférence publique sur « la situation climatique observée en fin d’année 2025 », initiée par le ministère en charge de l’Environnement, en collaboration avec l’université de Lomé, et les professionnels du climat.
Le but est de « contribuer à une meilleure compréhension des anomalies récentes observées au cours de la période de l’harmattan et de leurs liens avec la variabilité climatique et les changements climatiques, afin de renforcer la prévention des impacts et l’adaptation des populations et des écosystèmes, principalement des agrosystèmes au Togo » d’après le directeur de cabinet du ministère en charge de l’Environnement, des ressources forestières, de la protection côtière et du changement climatique, Nabede Pyabalo.
« Il faut préparer les communautés à faire face aux impacts du changement climatique et s’adapter à tout ce qui peut survenir, notamment en agriculture, où sécheresses ou inondations prolongées menacent la sécurité alimentaire. Nous recommandons de mettre en œuvre les actions inscrites aux plans régionaux d’adaptation déjà élaborés », a affirmé Yaou Merry, Directrice de l’Environnement au ministère de l’Environnement, des ressources forestières, de la protection côtière et du changement climatique.
Selon Kombaté Nawanti, Chef de la division Système d’information géographique et alerte, au sein de l’Agence nationale de la protection civile (ANPC), il faudra renforcer le système d’alerte précoce, notamment pour les vents violents et les pluies hors saison, tout en améliorant la veille durant les périodes, où l’on ne s’attend pas forcément à ces phénomènes climatiques actuellement observés.
« Il convient également de renforcer la sensibilisation des populations sur les comportements à adopter face à ces aléas et mieux déclinés dans chaque secteur, notamment au niveau communautaire », a-t-il ajouté.

Les experts ont aussi rappelé qu’il devient impératif d’intégrer ces informations climatiques dans la planification sectorielle, afin de pouvoir anticiper sur des actions de prévention ou d’accompagnement des populations.
Pour plus d’efficacité dans la prévision et dans la proposition des solutions face au dérèglement climatique, Jean-Paul Attiglah, chercheur associé au Laboratoire d’écologie et d’écotoxicologie et celui d’Analyse de modélisation mathématiques et applications (LAMMA) de l’université de Lomé, appelle à un financement accru de la recherche.
« « Il y a des questions qu’on se pose dans la société dans le contexte de l’évolution du climat auxquelles les chercheurs peuvent obtenir des réponses, mais ces derniers ont besoin de beaucoup plus de moyens pour aller sur les terrains, collecter des données, faire des manipulations et des analyses plus poussées, et surtout pour diffuser aussi leur résultats. Il faut de même plus d’interactions entre les chercheurs et les gouvernants », a dit Attiglah, à Mongabay.
Au sud du Togo, l’harmattan attendu entre fin novembre ou décembre à mars, n’est toujours pas ressenti. Cette situation qui n’est pas une anomalie climatique, selon Dr Issao Latifou, Directeur général de l’Agence nationale de la météorologie du Togo (ANAMET), est aussi observée dans d’autres pays comme la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Nigéria. Elle est liée à plusieurs facteurs, dont la circulation des vents secs/froids du nord-est et chauds/humides du sud-ouest, et à l’évolution des températures à la surface de la mer.
« Ce phénomène observé en fin d’année 2025, et en début 2026, a été influencé par un réchauffement particulier des eaux océaniques, qui occasionne naturellement une importante évapotranspiration, qui favorise la convection, la formation des nuages et les pluies », a souligné Professeur Pessièzoum Adjoussi, Directeur de l’équipe de Recherche sur les héritages géomorphologiques et des hydrosystèmes à l’université de Lomé, au cours de la conférence.
Entre impacts contrastés
Les statistiques, établies par l’Agence nationale de la protection civile, indiquent, que sur la période de décembre 2025 à janvier 2026, 174 sinistrés ont été enregistrés, liés aux vents violents, et 101 habitats endommagés.
Au-delà, ces pluies enregistrées ont de potentiels impacts sur les revenus des agriculteurs. « Les pluies sont apparues, plus tôt que prévues, et les paysans n’étaient pas forcément prévenus. Ils s’inquiètent déjà s’ils auront suffisamment de pluie pour les prochaines saisons. En plus de cela, il y a un risque de pertes ou de dégradation des récoltes. Certains ont peut-être mis de côté leur production en espérant revendre, en janvier, pour obtenir de meilleurs bénéfices, mais les conditions climatiques survenues pourraient compliquer ce plan », a indiqué Professeur Komi Agboka, Directeur du West African Science Service Centre on Climate Change and Adapted Land Use (WASCAL).
Ce dernier souligne que cette modification de la saison pourrait engendrer l’apparition des insectes vecteurs de maladies pour l’homme ou ravageurs des cultures, mais aussi avoir des répercussions sur la croissance et la production des plantes.

Toutefois, ces impacts ne sont pas tous négatifs. La variabilité climatique observée produit également certains effets bénéfiques. De fait, le nombre de feux de brousse, généralement favorisés par l’assèchement de la végétation, durant cette période jugée atypique ces derniers mois, connait une diminution notable.
« Concernant les feux de végétation, nous avons constaté un recul par rapport à l’année précédente. En décembre 2024 et janvier 2025, nous avions enregistré cinq décès, alors que pour la même période cette année, nous n’avons déploré qu’un seul décès. Le nombre de sinistrés est également en baisse par rapport à la période précédente. S’agissant des récoltes détruites, en décembre de 2024, nous avions enregistré environ 148 tonnes de dégâts liés aux feux de végétation, tandis que, cette année, les pertes s’élèvent à 13,17 tonnes. Nous observons donc un net recul des dégâts », a affirmé Nawanti, Chef de la division Système d’information géographique et alerte, au sein de l’ANPC.
De plus, le Professeur Agboka indique que ces pluies constituent un atout bénéfique pour les maraichers, qui faisant la production des légumes au cours de cette saison de l’année.
Au-delà, a rapporté l’ANPC, « les producteurs de cacao de l’ouest de la région des Plateaux espèrent une amélioration prochaine de leur production, du fait des pluies enregistrées au cours de cette période ».
Experts et agriculteurs dans l’incertitude
Si les causes sont expliquées et les potentiels impacts identifiés, des incertitudes demeurent, quant à l’évolution prochaine du climat au sud du Togo.
De fait, les experts n’ont pas encore des données précises sur l’évolution prochaine de la saison dans cette partie du pays. Dans ce contexte, les agriculteurs devront encore patienter et s’abstenir d’entreprendre les semis.
« On ne peut pas prédire si ce qui se passe, depuis la fin de l’année 2025, va se répéter la saison suivante ; il nous faudra suivre l’évolution et faire des analyses. Par rapport aux secteurs agricoles, les pluies qui tombent actuellement ne sont pas favorables au développement des activités. Nous sommes en train de faire des analyses et des traitements pour pouvoir élaborer les prévisions saisonnières de l’année 2026. Ces résultats seront publiés à partir de fin février et début mars, et les populations agricoles, dans la zone sud Togo, pourront, à travers nos conseils, dérouler leurs activités. On ne peut conseiller les agriculteurs de pouvoir, à ce jour, commencer à préparer leur terrain », précise Dr Issaou, à Mongabay.
Image de bannière : Inondation dans une école à la périphérie nord de Lomé après une pluie. Image Charles Kolou pour Mongabay.
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