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Le gouvernement gabonais va taxer le torchage du gaz pétrolier

Léonel Balla 14 Oct 2026

Lors de son dernier Conseil des ministres, le 8 octobre 2026, le gouvernement gabonais a acté le projet de création d’une taxe environnementale frappant le torchage du gaz naturel, a annoncé le communiqué final de la réunion. Porté par le ministère en charge de l’Economie, qui pilote depuis 2023, le resserrement de la doctrine fiscale dans les industries extractives, la future taxe couvrira toutes les étapes de la chaîne pétrolière (exploration, développement, production et traitement) et s’appliquera à l’ensemble des opérations d’hydrocarbures menées sur le territoire. Le document ajoute que le barème et la date d’entrée en vigueur seront fixés par des textes d’application à venir, qui préciseront l’assiette et les modalités de contrôle.

Cette décision s’inscrit dans le cadre de l’engagement du Gabon dès 2016, à l’initiative Zero Routine Flaring by 2030, un programme de la Banque mondiale, réunissant une trentaine de gouvernements et de compagnies pétrolières, avec pour objectif de mettre fin au torchage de routine d’ici à la fin 2030. La Banque mondiale, qui publie, chaque année, Global Gas Flaring Tracker, à partir de données satellitaires, estime dans son rapport 2026, publié en juin dernier que le torchage mondial a atteint 167 milliards de mètres cubes en 2025, un record depuis 2019.

L’ampleur du torchage au Gabon et les opérateurs en première ligne

Le torchage, ou gas flaring en anglais, est l’opération qui consiste à brûler à l’air libre, le gaz associé qui remonte avec le pétrole brut. Cette pratique est le résultat direct du manque d’infrastructures de collecte sur les plateformes offshore et les sites isolés.

D’après la Banque mondiale, le volume de gaz torché dans le pays est passé de 1,3 milliard de mètres cubes en 2012 à 1,6 milliard en 2015, avant de se stabiliser autour de 1,4 milliard en 2022.

La Banque mondiale indique dans ses fiches techniques que le méthane contenu dans le gaz torché, a un pouvoir de réchauffement 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur 100 ans, faisant du torchage l’une des principales sources de pollution de l’industrie pétrolière africaine et du golfe de Guinée.

Les opérateurs, exploitant le bassin sédimentaire côtier gabonais, comme Perenco, groupe franco-britannique fondé en 1975, présente dans le pays depuis plus de trente ans, indique développer deux projets pour réduire le torchage : une barge de gaz naturel liquéfié de 700 000 tonnes par an à Cap Lopez, alimentée par un pipeline collectant du gaz qui serait autrement torché, et un réseau de collecte sur son site de M’bya avec une usine de traitement, un gazoduc de 32 kilomètres et une centrale à gaz de 21 MW extensible à 50 MW, destinée à alimenter 80 000 foyers.

Image de bannière : Usine SOGARA à Port-Gentil au Gabon. Image de AchilleT via Wikimédia Commons.

Usine SOGARA à Port-Gentil au Gabon. Image de AchilleT via Wikimédia Commons (Domaine public).

Au Bénin, une loi interdit le sciage du bois à la tronçonneuse

Anne Nzouankeu 14 Oct 2026

Selon l’article 101 de la nouvelle loi portant Code des forêts et de la faune en République du Bénin, il est désormais interdit, sur toute l’étendue du territoire de ce pays d’Afrique de l’Ouest, « l’utilisation de la tronçonneuse aux fins de sciage du bois ». Adoptée en juillet 2026, cette loi interdit également « l’importation et la circulation de produits forestiers sciés à la tronçonneuse, quelle qu’en soit l’origine ».

Ladite loi définit le sciage comme une activité de l’« industrie de première transformation » et exige une autorisation préalable des ministères de l’industrie et des forêts pour « l’installation, l’augmentation des capacités et la délocalisation d’une unité de transformation du bois ». En cas d’infractions, les produits forestiers en situation irrégulière, ainsi que le matériel utilisé pour leur exploitation, leur transformation ou leur transport sont « saisis d’office », selon l’article 269 de la loi.

« Au nom de la société civile environnementale de la République démocratique du Congo et en tant qu’ambassadeur écologique du bassin du Congo, je félicite le gouvernement béninois pour cette démarche. Dans les forêts de la RDC, alors que nous luttions aux côtés des communautés pour empêcher la déforestation, nous avons vu par exemple 50 tronçonneuses pénétrer dans une même forêt pour alimenter les marchés asiatiques et du Moyen-Orient », dit à Mongabay Josué Aruna, directeur de l’organisation Congo Basin Conservation Society (CBCS). « La mesure prise par le Bénin devrait inspirer l’ensemble des gouvernements africains dans le cadre du commerce international des essences de bois rares. Nous ne devons plus continuer à considérer l’usage de la tronçonneuse comme une simple activité non industrielle », ajoute Aruna.

Le défenseur de l’environnement reconnaît cependant que certaines communautés peuvent ne pas avoir de gros moyens financiers pour avoir des unités de transformation industrielle. Il nuance le mythe de la tronçonneuse comme outil des démunis et plaide pour une exception communautaire encadrée. « Certaines tronçonneuses coûtent plus cher que les machines d’exploitation, donc il n’est pas toujours dit que la tronçonneuse est réservée aux personnes avec des revenus limités », souligne Aruna. « Pour soutenir les efforts du développement d’un village ou d’une petite communauté, l’État peut autoriser par exemple une seule tronçonneuse par village, qui va servir uniquement pour la construction des écoles, des hôpitaux, des ponts ou ouvrir les routes de dessertes agricoles. Cela limiterait les enjeux liés à la déforestation et à la dégradation des forêts du bassin du Congo », précise Aruna.

Image de bannière : Image d’illustration. Abattage d’afromosias dans les environs de Yanonge (RDC). Image d’Axel Fassio/CIFOR via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).

Image d'illustration. Abattage d'afromosias dans les environs de Yanonge (RDC). Image d'Axel Fassio/CIFOR via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Les écogardes du Parc national de l’Upemba obtiennent le prix « Best Ranger Team »

Didier Makal 14 Oct 2026

L’unité anti-braconnage du Parc national de l’Upemba (PNU), situé dans le Haut-Katanga, une province du sud-est de la République démocratique du Congo (RDC), a obtenu le prix « Best Ranger Team », c’est-à-dire Meilleure équipe d’écogarde, aux African Conservation Awards. Ce prix distingue les agents et les organisations exemplaires dans le domaine de la conservation.

Cette reconnaissance « célèbre le courage, le dévouement et le professionnalisme de nos écogardes, dont l’engagement quotidien, en faveur de la protection de l’un des paysages naturels les plus remarquables de la RDC, continue de nous inspirer », souligne, sur son site Web, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).

Cette institution publique responsable des aires protégées en RDC se félicite de la valorisation des écogardes qui, selon Christine Lain, directrice du PNU et représentante de Forgotten parks, partenaire de l’État congolais dans cette aire protégée, jouent un rôle important dans la protection du patrimoine naturel pour les générations futures.

« Cette reconnaissance tient compte de la situation globale et internationale de la conservation de la nature, avec l’Upemba qui présente un contexte particulier, où l’idée même de conservation est problématique », explique Antonio Longangi, responsable de la communication au sein de cette réserve.

Le parc de l’Upemba est sous la pression croisée des braconniers et des exploitants, en dépit des signes de reprise de la faune, qu’il enregistre chaque année, notamment avec la réapparition de l’antilope lechwe, ainsi que de l’augmentation progressive des zèbres, l’une de ses espèces phares.

Selon Longangi, malgré le faible investissement pour la protection de la biodiversité, « l’histoire du PNU est un miracle rendu possible grâce à la détermination et au dévouement de ses écogardes, qui ont compris que leur rôle va au-delà d’une simple carrière professionnelle ».

Bien plus, en mars 2026, le quartier général du parc, à Lusinga, a subi une attaque ayant coûté la vie à trois de ses écogardes et quatre membres du personnel civil.

« Malgré cela, et guidées par l’aspiration de faire du PNU un moteur vert du développement local, les équipes se sont ressaisies, et nous avons pu changer de mode opératoire pour maintenir l’élan de renaissance de ce parc jadis oublié. L’Upemba a un rôle central à jouer dans la survie du bassin du Congo (dernier poumon fonctionnel de la planète) et dans l’épanouissement des communautés riveraines, qui ont vécu les horreurs de la guerre en RDC. Ce paradigme demeure essentiel, au vu du sacrifice des écogardes et du personnel civil encore opérationnels pour la protection de ce joyau naturel de la RDC. Si on ne le fait pas, qui d’autre le fera ? », souligne Lungangi.

Image de bannière : Des écogardes au cours de la cérémonie de mise à la retraite d’une vingtaine de rangers de l’Upemba. Image de Didier Makal.

Des écogardes au cours de la cérémonie de mise à la retraite d’une vingtaine de rangers de l’Upemba. Image de Didier Makal.

RDC : Trois peaux d’okapi saisies à Bunia, deux suspects arrêtés pour trafic d’espèces sauvages

Trésor Wayitsomaya 13 Oct 2026

D’après Conserv Congo, deux personnes soupçonnées de trafic d’espèces sauvages ont été arrêtées, et trois peaux entières d’okapi ont été saisies à Bunia, dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). L’opération, rapportée ce jour par cette organisation de défense de l’environnement sur sa page facebook, a été menée conjointement avec l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), la Police nationale congolaise et les autorités judiciaires, avec l’appui de Conserv Congo. Les deux suspects ont été déférés devant les autorités judiciaires, tandis que les enquêtes se poursuivent.

« Derrière chaque peau saisie, se cache un animal qui ne parcourra plus jamais nos forêts », a déclaré Conserv Congo, ayant salué l’engagement des services impliqués dans cette opération. L’organisation a également réaffirmé son opposition au commerce illégal d’espèces sauvages, estimant que « notre faune sauvage n’est pas à vendre » et que « notre patrimoine naturel n’est pas négociable ». Dans son message, Conserv Congo a souligné les conséquences du braconnage et du trafic illégal sur la faune sauvage congolaise, en particulier sur l’okapi (Okapia johnstoni), un mammifère endémique de la RDC.

Pour Alain Manzekele, chercheur au sein de International Center for Peace and Environment Protection by Peasant Communities (ICPEP), une organisation de défense de l’environnement et des droits humains, basée au Nord-Kivu, cette saisie révèle l’existence de réseaux organisés de braconnage et de trafic dans l’est du pays.

« La saisie de trois peaux d’okapi n’est pas un simple fait divers. Elle pourrait révéler l’existence de réseaux structurés de braconnage et de trafic, qui exploitent les failles des dispositifs de surveillance, pour acheminer les animaux vers des centres de transit, puis vers des destinations nationales ou internationales impliquant différents acteurs, des chasseurs aux collecteurs et aux transporteurs, jusqu’aux commanditaires », a-t-il dit au téléphone à Mongabay.

Manzekele souligne que l’okapi est confronté à plusieurs menaces, notamment le braconnage, la dégradation de son habitat dans une région, où la protection de la biodiversité demeure un défi.

Pour Maneno Ndavugha Kakule, directeur général de Clean Development Action for Planet (CDAP), un cabinet spécialisé dans la réalisation d’études d’impact environnemental et social, basé au Nord-Kivu, cette opération doit conduire à des investigations approfondies pour identifier l’ensemble des acteurs impliqués dans ce commerce illégal.

Image de bannière : Trois peaux d’okapis saisies à Bunia, dans le cadre d’une opération contre le trafic illégal d’espèces sauvages protégées. Image de Conserv Congo.

Trois peaux d’okapis saisies à Bunia, dans le cadre d’une opération contre le trafic illégal d’espèces sauvages protégées. Image de Conserv Congo.

RDC : La Réserve à Okapis menacée par les incursions d’ADF

Victoire Mbuto 9 Oct 2026

La Réserve de faune à okapis (RFO), dans la province de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), connaît une menace persistante des groupes armés secouant la région.

Berce N’Safuansa, directeur de la conservation du projet de conservation de l’okapi, au sein de l’ONG Wildlife conservation society (WCS), alerte le jeudi 8 octobre, sur la menace contre les okapis, ainsi que sur la sécurité du personnel qui serait en danger et celle des communautés avoisinant cette aire protégée cogérée avec l’ICCN. Selon WCS, cette menace vient des Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé ougandais opérant non loin du quartier général de la RFO.

Cette alerte fait suite à la mort d’un écogarde, dans une attaque attribuée aux ADF, la nuit du 29 au 30 septembre 2026.

Face à la dégradation de la situation sécuritaire, N’Safuansa attire l’attention des autorités compétentes et de leurs partenaires. « Je lance un cri d’alarme urgent pour attirer l’attention des autorités compétentes et de tous nos partenaires sur la nécessité de renforcer, sans délai, la sécurité du Quartier général de la Réserve de faune à Okapis ». Il précise également que ces menaces s’intensifient depuis mars 2026.

Selon lui, les menaces visent aussi les trois okapis réintroduits au Centre de conservation et d’éducation des okapis (OCP, sigle en anglais) à Epulu, après 13 ans de captivité. « Nous appelons donc à la mise en place des mesures de sécurisation renforcées et immédiates autour du quartier général, afin de prévenir toute nouvelle incursion, et de garantir la sécurité des personnes ainsi que la protection des okapis et des installations de conservation. La protection de ces trois okapis doit être urgente », dit-il.

Les ADF sont accusées d’incursions dans plusieurs villages de la province de l’Ituri, depuis plusieurs années. Selon Jean Lokondji, chargé des relations publiques de la société civile de Mambasa, on ne peut séparer la protection des okapis de celle des communautés locales. « Nous ne voulons pas que les okapis soient abandonnés, dispersés ou exposés au risque de disparition. Protéger les populations humaines est une urgence. Protéger les okapis l’est également. Ne laissons pas l’insécurité transformer une crise sécuritaire en catastrophe écologique », dit-il à Mongabay par téléphone.

Pour N’Safuansa, les interventions militaires sont nécessaires dans ce contexte, pour sauver les okapis et les communautés.

Image de bannière : Un des okapis au zoo d’Epulu. Image fournie par le projet de conservation de l’okapi du Wildlife Conservation Society, avec son aimable autorisation.

Un des okapis au zoo d’Epulu. Image fournie par le projet de conservation de l'okapi du Wildlife Conservation Society, avec son aimable autorisation.

Le Gabon durcit les règles sur l’iboga pour la protéger et mieux répartir ses revenus

Anne Nzouankeu 7 Oct 2026

Le Gabon renforce les règles encadrant l’exploitation et l’exportation de l’iboga (Tabernanthe iboga), une plante médicinale endémique des forêts humides d’Afrique centrale et occidentale, a constaté Mongabay sur place.

D’après un projet de décret adopté en Conseil des ministres le 18 septembre 2026, l’exportation de l’iboga et de tous ses dérivés, sous quelque forme que ce soit, est interdite et passible de sanctions pénales, forestières et douanières. Les nouvelles mesures visent à « protéger la plante et les savoirs traditionnels qui lui sont associés ».

Cette décision fait suite à un engouement mondial croissant pour l’ibogaïne, une substance extraite de la racine de la plante, de plus en plus étudiée et employée pour traiter les addictions et divers troubles de santé mentale.

Par exemple, Ambio Life Sciences, une entreprise canadienne disposant de cliniques au Mexique et à Malte, propose des programmes de traitement dont les prix varient de 7 350 USD à 30 000 USD.

À cela, s’ajoute une pression environnementale. La hausse de la demande internationale alimente une coupe intense au cœur des forêts protégées du Gabon, mettant en péril les stocks sauvages de la plante.

En 2023, une analyse de l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol) a révélé qu’une grande partie du commerce de l’iboga était illicite, notant que le nombre de revendeurs en ligne a presque quadruplé entre 2021 et 2023.

Des initiatives locales de culture ont vu le jour. Dans la province de l’Ogooué-Ivindo par exemple, l’association de villages A2E cultive l’iboga plutôt que de dépendre des prélèvements sauvages. Entre 2023 et début 2025, elle en a vendu légalement 41 kilogrammes à une entreprise canadienne pour plus de 32 millions de francs CFA (environ 55 000 USD).

Les contrats de vente avaient prévu qu’elle bénéficie d’une part de la valeur que l’iboga acquiert plus loin dans la chaîne, lorsqu’il est transformé en extrait ou utilisé pour des traitements en clinique. Mais A2E n’a encore rien perçu de cette part.

« Il ne serait pas cohérent que notre pays fournisse la ressource et les connaissances, tandis que la recherche, les brevets et les retombées économiques se développent principalement ailleurs », explique Guy-Bertrand Mapangou, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel du Gabon, à Mongabay.

Selon lui, le pays doit passer « de l’exportation des ressources à la création de valeur sur place ».

Image de bannière : Un étal de produits de la médecine traditionnelle au marché de La Peyrie, à Libreville (Gabon), proposant de l’iboga et d’autres remèdes à base de plantes. Image de Molly Helfend pour Mongabay.

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