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Deux sites africains rejoignent le réseau mondial des réserves de biosphère de l’UNESCO

Anne Nzouankeu 18 Juin 2026

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a désigné, le 5 juin dernier, 14 nouvelles réserves de biosphère, dont deux en Afrique : Takamanda-Cross River Gorilla au Cameroun et Theniet El Had en Algérie. La première contribue à la protection du gorille de la rivière Cross, une espèce en danger critique d’extinction, tandis que la seconde est notamment connue pour ses forêts de chênes zéens, des arbres typiques des montagnes du nord de l’Algérie.

Située au sud-ouest du Cameroun, à la frontière avec le Nigeria, la réserve de biosphère Takamanda–Cross River Gorilla protège l’un des primates les plus menacés au monde : le gorille de la rivière Cross (Gorilla gorilla diehli). Cette sous-espèce ne subsiste plus que dans quelques zones forestières isolées entre le Cameroun et le Nigeria, selon l’UNESCO.

La réserve de biosphère de Theniet El Had est aussi connue pour son massif montagneux jouant un rôle important dans la protection des ressources en eau, et la lutte contre l’érosion. Elle constitue également un espace de recherche scientifique, d’éducation environnementale et de développement durable pour les communautés locales.

Les réserves de biosphère sont des territoires reconnus pour leur valeur écologique exceptionnelle, où la conservation de la biodiversité est associée au développement durable des communautés locales, selon l’UNESCO. « Aux côtés des sites naturels du patrimoine mondial et des géoparcs mondiaux, elles contribuent à la protection de plus de 13 millions de km² d’écosystèmes terrestres et marins placés sous l’égide de l’UNESCO », indique l’organisation dans le communiqué annonçant la création de ces biosphères.

Alain Georges Lietbou, coordonnateur au Cameroun de la Fondation africaine pour la conservation et le développement, une organisation internationale membre d’un réseau d’organisations de conservation œuvrant dans la protection du gorille de la rivière Cross, explique que, quand un site devient un patrimoine de l’UNESCO, plusieurs partenaires commencent à s’y intéresser, ce qui ouvre des opportunités de subventions pour la concrétisation des projets de conservation. « Avec les subventions, on va délimiter la zone de Cross-river, faire des inventaires fauniques, réaliser des suivis écologiques et implémenter des activités génératrices de revenus, pour permettre aux populations de ne plus entrer dans la réserve », dit Lietbou à Mongabay.

Ces nouvelles désignations portent à 797 le nombre total de réserves de biosphère réparties dans 145 pays, dont une quarantaine de pays africains. Trois territoires rejoignent pour la première fois le réseau mondial : le Monténégro, le Timor-Leste et Aruba. Cette dernière devient même le deuxième pays au monde, dont l’ensemble du territoire est classé réserve de biosphère.

Image de bannière : Cross River Gorilla. Image de Julie Langford via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

Cross River Gorilla. Image de Julie Langford via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

L’Afrique mobilisée pour la transparence et la lutte contre la pêche illégale

Christophe Assogba 17 Juin 2026

Quinze gouvernements à travers le monde, dont sept de pays africains, ont adopté une déclaration commune dans laquelle ils s’engagent à faire progresser la transparence des pêches au niveau mondial, et à intensifier la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN).

Le lancement de cette déclaration dite « Déclaration de Mombasa » a eu lieu ce jour à Mombassa, au Kenya, à l’occasion de la 11e édition de la conférence Our Ocean Conference (OOC), qui se tient, pour la première fois, sur le continent africain.

Tout en reconnaissant que « l’océan mondial constitue une source partagée et irremplaçable de vie, de culture, de sécurité alimentaire et de prospérité économique », la coalition des pays signataires de la Déclaration réaffirme sa responsabilité collective de « gérer les écosystèmes marins de manière durable et équitable au bénéfice des générations présentes et futures ».

Elle s’engage à faire de la transparence des pêches une boussole dans la gestion des secteurs de la pêche.

Emelia Arthur, ministre de la Pêche et de l’aquaculture du Ghana, dont la population dépend fortement de la pêche avec 10 % dans la chaîne de valeur de ce secteur, souligne que la déclaration « offre une tribune permettant aux différents gouvernements de s’unir et d’affirmer, sur la scène internationale, leur collaboration et leur combat commun pour la transparence dans le secteur de la pêche », selon un communiqué de presse de la Coalition pour la transparence des pêches, cheville ouvrière de la déclaration, reçu par Mongabay.

« Nous nous engageons à renforcer le suivi, le contrôle et la surveillance (SCS), y compris par le suivi des navires et un partage plus efficace des informations, afin de prévenir, de dissuader et d’éliminer plus efficacement la pêche INN », affirme la coalition dans la déclaration, appelant aussi les États à mettre en œuvre des réformes de transparence capables de renforcer la gouvernance du secteur des pêches.

Dans une interview accordée à Mongabay en marge de cette conférence, Bassirou Diarra, représentant de l’ONG anglaise Environmental Justice Foundation (EJF) au Sénégal, œuvrant activement en Afrique dans la lutte contre la pêche illicite, souligne que la Déclaration de Mombassa « appelle les communautés et les décideurs à souffler, à mettre de la transparence dans la gestion des pêches », un secteur faisant face à de nombreux défis en Afrique.

« Pour notre continent [l’Afrique], les enjeux, comme je dis, c’est la protection des ressources halieutiques, la pêche, mais aussi la biodiversité, les aires marines protégées, mais aussi les communautés qui dépendent de ces ressources-là », affirme Diarra.

Image bannière : Un pêcheur au milieu des poissons dans un bateau de pêche industrielle. Image fournie par Environmental Justice Foundation avec leur aimable autorisation.

Mongabay Afrique lance des bourses entièrement dédiées aux journalistes de la RDC spécialisés en environnement

Anne Nzouankeu 17 Juin 2026

Dans le cadre du programme francophone de bourses pour le journalisme environnemental lancé en 2024, Mongabay dédie la cohorte de cette année spécialement aux journalistes résidant en République démocratique du Congo (RDC). Les candidatures sont officiellement ouvertes et les journalistes intéressés peuvent postuler jusqu’au 26 juin 2026. Un maximum de huit boursiers sera retenu, et le programme se déroulera d’octobre 2026 à février 2027. Seules, les 300 premières candidatures seront examinées.

Porté par Mongabay, le leader mondial en matière d’information sur la conservation et les sciences environnementales, et exécuté par Mongabay Afrique, le programme de bourses pour le journalisme environnemental a pour objectif d’accompagner la nouvelle génération de journalistes environnementaux, en leur offrant une formation pratique, une expérience professionnelle et une visibilité internationale. « Peu de pays occupent une place aussi centrale dans l’avenir du monde que la République démocratique du Congo. La RDC se trouve au cœur de certaines des questions mondiales les plus déterminantes de notre époque, du changement climatique, de la biodiversité et de la conservation des forêts à la transition énergétique, aux systèmes alimentaires et aux moyens de subsistance », explique David Akana, Program Director à Mongabay Afrique. « Bien rendre compte de ces faits exige plus qu’une couverture occasionnelle ; cela nécessite une solide communauté de journalistes disposant des connaissances, du soutien et des ressources nécessaires pour les traiter avec profondeur, nuance et indépendance. Cette bourse est un investissement dans ce renforcement des capacités journalistiques », précise Akana.

Les journalistes, qui seront retenus pour la bourse, devront consacrer par semaine environ dix heures de travail à la production de contenus journalistiques portant sur des questions environnementales. « Chacun des boursiers réalisera un reportage de fond dans sa région sur la question de la transition énergétique et divers articles d’actualité environnementale », explique Juliette Chapalain, Fellowship et Multimedia Editor à Mongabay Afrique.

Pour être éligibles, les candidats doivent résider en RDC, disposer d’une connexion internet stable et d’une webcam, et démontrer un intérêt marqué pour le journalisme environnemental. Le travail s’effectuera entièrement à distance. Les boursiers bénéficieront d’une allocation mensuelle de 700 USD par mois durant les cinq mois du programme. Une prime supplémentaire de 450 USD sera accordée lors de la publication de leur enquête. Au total, chaque participant pourra recevoir jusqu’à 3 950 USD durant le programme.

Cette bourse représente une opportunité pour les journalistes congolais souhaitant développer une expertise dans la couverture des enjeux environnementaux tout en intégrant le réseau international de contributeurs de Mongabay.

Image de bannière : Une famille de chimpanzés dans le Centre de réhabilitation des primates de Lwiro en RDC. Image fournie par Itsaso Vélez del Burgo Guinea/Centre de réhabilitation des primates de Lwiro.

Une famille de chimpanzés dans le Centre de réhabilitation des primates de Lwiro en RDC. Image fournie par Itsaso Vélez del Burgo Guinea/Centre de réhabilitation des primates de Lwiro.

Les mangroves renaissent, un espoir pour le climat et la protection des côtes

Anne Nzouankeu 15 Juin 2026

Contrairement à certaines opinions, les mangroves sont loin d’être en déclin au niveau mondial. Grâce aux politiques de restauration et à leur capacité de régénération, elles regagnent du terrain, deviennent plus robustes et jouent un rôle croissant dans la protection du climat et des zones côtières, selon une étude publiée le 4 juin 2026, dans la revue Science, par les chercheurs de Tulane University aux États-Unis. « Nos résultats révèlent la résilience sous-estimée d’un écosystème fortement menacé, mettent en évidence les premiers effets positifs des actions de conservation et soulignent que l’arrêt de la déforestation constitue une priorité pour atteindre les objectifs de conservation grâce à la régénération naturelle », indique l’étude.

Grâce aux images satellites, de 1984 à 2023, les chercheurs ont analysé les pertes et gains de superficie, ainsi que l’évolution de la couverture végétale des forêts, appelée ici canopée. Ils ont constaté une perte de densité de la canopée liée au climat, notamment aux cyclones tropicaux. Cette perte a été, selon les chercheurs, plus vaste que la déforestation.

Par ailleurs, les chercheurs montrent que les mangroves possèdent une importante capacité de régénération naturelle. Selon eux, les forêts de mangroves, ayant survécu aux effets du changement climatique et à la déforestation, n’ont cessé de se densifier, accumulant de la végétation au fil des ans. De nombreuses mangroves ont ainsi recolonisé spontanément d’anciens habitats et se sont étendues vers de nouvelles zones côtières, compensant une grande partie des pertes enregistrées au cours des décennies précédentes.

Liyabin Noundja, docteur en écologie, spécialisé en aménagement et gestion des écosystèmes au Laboratoire de botanique et écologie végétale de l’université de Lomé au Togo, explique à Mongabay qu’il y a une prise de conscience croissante de l’importance écologique et économique des mangroves, en plus de leur capacité de régénération. Selon lui, les campagnes de sensibilisation, les politiques publiques et les programmes de conservation commencent à produire des effets concrets. « Au Togo, par exemple, la valorisation des produits forestiers non ligneux issus des mangroves a contribué à renforcer leur conservation tout en améliorant la résilience socio-économique des communautés locales. Conscientes que la dégradation des mangroves menace directement leurs moyens de subsistance, ces communautés s’impliquent davantage dans leur protection », dit Noundja, qui n’a pas participé à l’étude.

Les résultats suggèrent que la protection des mangroves existantes devrait rester une priorité pour les politiques, car ces écosystèmes possèdent une capacité de régénération et d’expansion naturelles suffisamment importante, pour contribuer à leur rétablissement à grande échelle. Noundja plaide pour une « approche intégrée combinant restauration écologique, réduction des pressions exercées sur les mangroves et mesures de gestion durable ».

Image de bannière : Les mangroves « respirent » grâce à des pores situés sur leurs racines amphibies. Image de Orji Sunday pour Mongabay.

Les mangroves « respirent » grâce à des pores situés sur leurs racines amphibies. Image de Orji Sunday pour Mongabay.

L’effondrement accéléré de la biodiversité, un des facteurs de l’émergence du virus Ebola en Afrique centrale

Aimable Twahirwa 12 Juin 2026

Selon des chercheurs du Centre pour la recherche forestière internationale en agroforesterie (CIFOR-ICRAF), la nouvelle réapparition du virus Ebola, sévissant actuellement en République démocratique du Congo et en Ouganda, reste directement liée à l’effondrement accéléré de la biodiversité, qui ne cesse de rapprocher les communautés locales et la faune sauvage, dans la sous-région.

Pour lutter efficacement contre cette menace, les mêmes experts estiment que, bien que la viande de brousse reste en grande partie la seule source de protéines abordable en Afrique centrale et de l’Ouest, les pays doivent agir au plus vite pour limiter ces modes alimentaires non durables, entraînant la perte de la biodiversité.

«Des mesures axées sur la protection, la conservation et la restauration, ainsi que l’utilisation et la gestion durables des écosystèmes, restent essentielles pour mieux éradiquer et maintenir le contrôle des zoonoses endémiques, comme Ebola en Afrique », affirme Dr Eliane Ubalijoro, directrice exécutive du CIFOR-ICRAF, basé à Nairobi, au Kenya.

Selon des données du CIFOR-ICRAF, des millions de personnes à travers le monde consomment de la viande de brousse même si ce mode alimentaire est illégal dans certaines régions.

« En Afrique centrale et de l’Ouest, la chasse aux animaux sauvages, pour leur consommation, reste un phénomène courant, mais qui présente également des risques importants pour la santé humaine », affirme Dr Ubalijoro, à Mongabay dans une interview exclusive sur zoom.

D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’épidémie actuelle d’Ebola a jusqu’ici fait 102 décès parmi les 608 cas confirmés en RDC, et 15 cas confirmés en Ouganda, dont un décès.

«Au niveau du bassin du Congo, une menace persiste encore compte tenu des habitudes alimentaires caractérisées par la consommation de la viande sauvage, ce qui pose particulièrement un risque de santé publique », souligne Dr Ubalijoro.

Dr Paul Webala, maître de conférences en biologie de la faune sauvage, au département de foresterie et de gestion de la faune sauvage de l’université Maasai Mara, au Kenya, estime que dans certaines régions désignées comme points chauds de la biodiversité, dont le bassin du Congo, l’interaction entre les humains et la faune sauvage, notamment en ce qui concerne l’alimentation, évolue rapidement, et les risques d’apparition et de propagation de nouvelles maladies se multiplient.

« La récente recrudescence de la fièvre Ebola dans certaines zones de la sous-région illustre parfaitement le risque lié à ces pratiques ».

« Les pays ont besoin d’allier protéines végétales et protéines animales, pour réduire autant de risques sanitaires liés à la consommation de viande de brousse », affirme Dr Ubalijoro.

Image de bannière : Poste frontalier entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo. Image de Aimable Twahirwa.

Dans la forêt de Gola en Sierra Leone, le financement carbone profite aussi à la biodiversité

Anne Nzouankeu 8 Juin 2026

Une étude menée dans le parc national de la forêt tropicale de Gola, en Sierra Leone, par des chercheurs de l’université du Wisconsin-Madison aux États-Unis, montre que le financement REDD+ des Nations unies, conçu pour réduire la déforestation et favoriser le stockage du carbone, peut aussi bénéficier à la biodiversité animale.

Selon cette étude publiée en mars 2026 dans la revue Conservation Science and Practice, des recherches antérieures avaient montré que le mécanisme REDD+ avait permis de réduire la déforestation de 30 % dans le parc par rapport aux zones voisines. Toutefois, aucune évaluation n’avait encore été faite pour savoir si cette baisse de la déforestation profitait réellement à la faune. « Nous constatons que si elles sont bien menées, les initiatives de financement du carbone ont la capacité de protéger à la fois la biodiversité, au-delà du simple habitat, et les marchés du carbone », déclare Sathya Chandra Sagar, l’auteur principal de l’étude, à Mongabay.

Les chercheurs ont comparé trois zones : le parc national de Gola, financé par REDD+, une aire protégée voisine au Libéria, sans financement REDD+, et une zone agroforestière communautaire située à la périphérie du parc. Ils ont évalué la biodiversité à l’aide de deux approches complémentaires : l’analyse des paysages sonores grâce à des enregistreurs acoustiques et le métabarcoding ADN, une technique permettant d’identifier les espèces à partir de l’ADN d’insectes collectés dans des pièges.

Le parc de Gola présentait une saturation acoustique plus élevée, tout au long de la journée, que la zone agroforestière communautaire, ce qui suggère une biodiversité animale plus importante dans le parc. Les saturations sonores totales étaient proches, entre le parc et l’aire protégée libérienne, mais Gola comptait davantage d’espèces vocalisant à l’aube et à midi, ainsi que plus de sons uniques d’insectes, d’oiseaux et de grands mammifères. La zone agroforestière communautaire affichait une diversité totale d’insectes plus élevée que le parc, notamment pour les mouches et les papillons de nuit.

Selon les auteurs, cette plus grande diversité pourrait s’expliquer par la variété des milieux présents dans la zone agroforestière et par les activités humaines profitables à certaines espèces d’insectes.

Toby Gardner, chercheur principal à l’Institut de l’environnement de Stockholm, en Suède, affirme à Mongabay que ces résultats sont « convaincants », quant à l’impact positif de REDD+ sur la biodiversité. « Si nous considérons les forêts comme des écosystèmes vivants, ce qui est le cas, nous voulons savoir dans quelle mesure nous les protégeons en tant qu’écosystèmes vivants, et non comme de simples réservoirs de carbone », dit Gardner, qui n’a pas participé à ces recherches.

Image de bannière : La forêt tropicale de Haute-Guinée en Sierra Leone abrite des espèces menacées comme le pic à cou blanc (Picathartes gymnocephalus). Image de Charles J. Sharp via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

La forêt tropicale de Haute-Guinée en Sierra Leone abrite des espèces menacées comme le pic à cou blanc (Picathartes gymnocephalus). Image de Charles J. Sharp via Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).

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