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En Afrique, la restauration des terres dégradées profite aux écosystèmes et aux communautés

Anne Nzouankeu 2 Oct 2026

En Afrique, plusieurs approches participent de plus en plus à la restauration des paysages dégradés, notamment la plantation d’arbres, la régénération naturelle, la restauration des sols et de l’eau et une meilleure gestion des terres.

C’est ce qui ressort du rapport 2026 sur l’État des forêts du monde, publié le 28 septembre par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Au Kenya, par exemple, 2 584 hectares de pâturages dégradés sont sous restauration dans l’écosystème Amboseli-Chyulu, au sud du pays. Des ouvrages creusés en forme de demi-lune, une technique permettant de recueillir et de conserver l’eau dans le sol, favorisent la régénération naturelle des herbes.

Selon la FAO, cette technique a déjà permis d’« améliorer l’humidité des sols et favoriser le retour d’herbes indigènes et de la faune ». Des femmes masaï ont également créé des banques de semences qui produisent des semences fourragères et du foin pour nourrir le bétail et générer des revenus, dit l’organisation.

Au Burkina Faso et au Niger, dans le cadre de la Grande Muraille Verte, une initiative africaine de restauration des terres dégradées, les communautés participent à la définition des zones et des actions à mener pour restaurer 100 000 hectares de terres. Ces actions sont inscrites dans les plans de développement des communes.

Selon la FAO, la participation des communautés à la conception des plans et au choix des actions « améliore leur adoption et leur entretien ».

Dr Pa Aï Vivien Nenwala, chercheur à l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) du Cameroun, qui n’a pas participé au rapport de la FAO, pense que l’intégration des projets dans les plans de développement des communes est un facteur de réussite.

« Un projet de restauration qui ne rapporte rien aux habitants est voué à l’échec dès que les ONG s’en vont. Quand une communauté tire un bénéfice économique direct de la gestion durable de ses terres, que ce soit par la vente de semences, le fourrage ou les produits forestiers non ligneux, elle devient le premier gardien de son environnement », dit Nenwala à Mongabay, par téléphone.

Au Sénégal, le long du fleuve Sénégal, 12 hectares d’anciennes rizières abandonnées sont en cours de restauration pour redevenir une zone humide fonctionnelle. Des femmes sont associées à la gestion et à l’utilisation durable de la zone restaurée.

Selon la FAO, ce projet doit permettre de restaurer les habitats et la biodiversité, tout en générant des revenus pour les femmes. « Pour démultiplier ces impacts partout sur le continent, il faut également faciliter l’accès des petites communes aux financements climat », dit Nenwala.

Image de bannière : La dégradation des terres causée par le changement climatique et les activités humaines. Image de Bizzjohn via Wikimédia Commons.

RDC : Un écogarde tué dans une attaque armée dans la Réserve de faune à Okapis

Victoire Mbuto 1 Oct 2026

L’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) rapporte qu’un écogarde a perdu la vie, la nuit du 29 au 30 avril 2026, dans une attaque attribuée aux rebelles ADF-MTN, dans la Réserve de faune à Okapis, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Dans son communiqué de ce jour, la direction nationale de l’ICCN indique que les membres ADF-MTN, un groupe armé d’origine ougandaise, ont pris pour cible la sous-station Nord-Est de cette aire protégée située à Nduye, dans le territoire de Mambasa, dans la province de l’Ituri. Alors que les écogardes menaient leurs activités dans cette région, l’attaque a fait un mort dans leur rang.

« À l’issue de cette attaque, l’écogarde Tandu Koliwa Jean a été lâchement assassiné. Ce vaillant défenseur de la nature est tombé l’arme à la main, pour sauvegarder l’intégrité de ce site du patrimoine mondial face aux forces négatives qui encerclent la région », souligne l’ICCN dans son communiqué publié sur son compte X.

L’ICCN, chargé de la gestion des aires protégées en RDC, regrette la perte d’un écogarde engagé dans la protection de biodiversité. Cette attaque survient quelques mois après la réintroduction de deux okapis mâles au Centre d’éducation et de conservation des Okapis, après l’attaque de 2012 ayant décimé 14 Okapis dans cette réserve.

Cosmas Mayarwindi, activiste environnemental au sein de la Solidarité pour l’étude d’impacts environnementaux et écologiques, une association de défense de l’environnement, condamne cette attaque et appelle le gouvernement à mettre en place des dispositions nécessaires, pour traquer les milices qui déstabilisent la gestion de cette aire protégée.

« Nous condamnons le meurtre du garde forestier. Nous demandons au gouvernement congolais et à d’autres partenaires techniques de prendre des dispositions nécessaires pour la traque de ces groupes armés, afin d’éviter les épisodes d’attaques des écogardes et des espèces sauvages comme en 2012, notamment les okapis », dit Mayarwindi.

« Il est aussi indispensable de mettre fin à cette situation. Quand les communautés locales et les écogardes sont menacées, des okapis et d’autres espèces ne seront pas épargnés », ajoute-t-il, en plaidant pour des stratégies de conservation utilisant des technologies qui intègrent les communautés et les écogardes désireux d’éviter l’activisme des groupes armés.

En RDC, les écogardes deviennent de plus en plus des victimes des menaces des groupes armés. Le 21 mai dernier, deux écogardes du Parc national des Virunga, au Nord-Kivu, avaient perdu la vie dans une attaque au poste des patrouilles à Kamuhororo, sur la côte sud du lac Edouard quelques semaines, après l’attaque du quartier général du Parc national de l’Upemba au Katanga.

Image de bannière : Jean Tandu Koliwa, l’écogarde tué lors d’une attaque des ADF/MTN dans la Réserve de faune à okapis en RDC. Image de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN).

RDC : L’anthrax responsable de la mort d’hippopotames dans le Parc national des Virunga

Victoire Mbuto 30 Sep 2026

Selon l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), les hippopotames, retrouvés sans vie dans la rivière Semuliki, au sein du Parc national des Virunga à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), sont morts de la maladie du charbon.

« Suite à son communiqué du 24 septembre 2026, la Direction provinciale de l’ICCN, au Nord-Kivu, informe les populations riveraines que les analyses, réalisées conjointement par ses équipes et par les docteurs vétérinaires de Virunga Doctors, ont confirmé que la mort des hippopotames, retrouvés dans la rivière Semuliki, est due au charbon bactéridien (anthrax) », indique l’ICCN dans un communiqué publié, mardi dernier.

L’ICCN rassure de la mise en place d’un protocole sanitaire pour limiter la propagation de cette maladie tout en appelant les habitants à la prudence en évitant de toucher les carcasses et de commercialiser la viande de brousse, pour prévenir la propagation de cette maladie. Le Parc des Virunga encourage l’implication des communautés locales et les relais communautaires, pour barrer la route à la programmation de cette maladie.

« Cette maladie peut se transmettre à l’être humain par le contact avec un animal mort ou malade, ou par la consommation de sa viande. Ne pas toucher, déplacer, découper, enterrer, ni brûler les carcasses. Ne pas consommer, acheter, vendre, ni transporter la viande d’un animal trouvé mort ou malade. Eloigner les enfants, le bétail et les animaux domestiques des carcasses et éviter d’utiliser l’eau à proximité », souligne l’ICCN dans son communiqué.

« Signaler immédiatement toute nouvelle carcasse ou toute mortalité inhabituelle aux autorités locales, aux services vétérinaires, aux relais communautaires ou aux agents de l’ICCN. Consulter sans délai une structure de santé en cas de symptômes, après un contact avec un animal mort ou malade, ou après avoir consommé une viande suspecte », précise le communiqué.

Selon Méthode Uhoze, chargé des relations extérieures du parc, le bilan est de vingt-deux hippopotames morts, mais les fouilles se poursuivent. « Nous invitons les habitants à ne pas consommer la viande de brousse. Les personnes en contact avec les animaux domestiques doivent prendre soin de ces derniers pour éviter leur contamination à travers les herbes broutées ou les excréments des hippopotames », dit-il au téléphone à Mongabay, tout en appelant les habitants au dépistage volontaire en cas de symptômes de cette maladie.

Jöel Mbusa Mapoli, zooécologiste basé à Goma, appelle le parc à intégrer les principes « une seule santé » et à mettre en place un système d’alerte communautaire dans les politiques de conservation, pour lutter durablement contre la maladie du charbon.

Image de bannière: L’un des hippopotames retrouvés mort dans la rivière Semuliki, au sein du Parc national des Virunga en RDC. Image de Parc national des Virunga.

RDC : La société civile redoute les impacts de l’exploitation pétrolière ougandaise sur le lac Albert

Trésor Wayitsomaya 29 Sep 2026

Inquiets pour la destruction de leurs moyens de subsistance, 396  habitants des territoires de Djugu et d’Irumu, en Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), mettent la pression sur la justice, afin qu’elle accélère l’examen du contentieux portant sur les projets pétroliers Tilenga et Kingfisher, développés en Ouganda dans le bassin du Rift albertin.

À travers une pétition datée du 9 septembre 2026, suivie d’une déclaration, les communautés de ces régions affirment que l’exploitation de ces gisements fait peser une menace directe de pollution pétrolière sur les eaux du lac Albert, avec des répercussions liées à une baisse des stocks de poissons, à une insécurité alimentaire et à une dégradation de la biodiversité aquatique, aussi bien pour les congolais que les ougandais.

« Nous avons confiance en vous. Veuillez programmer et examiner nos affaires dans les plus brefs délais », écrit Moïse Uweci, représentant communautaire, dans la pétition adressée au président de la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EACJ). « Nous avons besoin de votre protection contre les dommages irréversibles que les activités pétrolières de l’Ouganda risquent de causer au lac Albert  », précise-t-il.

Accompagnés par l’Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH), les signataires demandent à cette  juridiction de fixer sans délai les dates d’audience, pour l’examen de deux recours déposés contre ces projets pétroliers en Ouganda voisin.

« Notre organisation considère la pétition communautaire comme une expression légitime des communautés directement affectées par les activités des projets pétroliers Tilenga et Kingfisher, en RDC. Les communautés souhaitent que les mécanismes judiciaires régionaux jouent pleinement leur rôle dans la protection des droits humains, de l’environnement et des intérêts des communautés, tout en répondant aux préoccupations liées au changement climatique », souligne Olivier Ndoole, secrétaire exécutif de l’ACEDH.

Basé dans les districts de Buliisa et Nwoya, dans la région du lac Albert, le projet Tilenga est opéré par TotalEnergies à 56,67 % en partenariat avec Kingfisher, et par la Compagnie nationale chinoise (CNOOC). Il prévoit le développement de six champs et comprend le forage d’environ 400 puits à partir de 29 emplacements.

Pour Alain Manzekele, chercheur à International Centre for Peace and Environment Protection by Peasant Communities (ICPEP), une organisation de défense de l’environnement et des droits humains, basée au Nord-Kivu, aucun mécanisme de compensation n’est prévu pour les communautés congolaises affectées. Il s’inquiète d’une possible dégradation des revenus des populations vivant de la pêche. « Si les frayères à l’Est sont détruites, les stocks de poissons, côté congolais, s’effondrent », affirme-t-il au téléphone à Mongabay.

Image de bannière : Des pêcheurs au bord du lac Albert en RDC. Image de ACEDH.

Au Maniema en RDC, sept communautés deviennent gestionnaires de plus de 52 000 hectares de forêts

Anne Nzouankeu 29 Sep 2026

Sept communautés de la province du Maniema, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), ont obtenu des concessions forestières couvrant plus de 52 000 hectares (environ 128 500 acres), soit l’équivalent d’environ 73 000 terrains de football.

Selon Josué Aruna, directeur pays de Congo Basin Conservation Society (CBCS), l’organisation qui les accompagne dans ce processus, « cet espace, qui se trouve dans une zone forestière longeant le fleuve Congo, sera désormais géré par les communautés locales ».

Il précise le rôle de CBCS dans ce processus et le but de cette démarche. « CBCS a mené un plaidoyer auprès des autorités provinciales et a accompagné les communautés dans le processus ayant conduit à l’obtention des concessions. Cette démarche vise notamment à renforcer la conservation communautaire dans une zone sous l’emprise des exploitants forestiers illégaux qui viennent exploiter les bois rouges pour des marchés étrangers, ainsi que des braconniers de perroquets gris et des éléphants de forêt », dit Aruna, le 26 septembre 2026, à Mongabay, par téléphone.

Selon l’UNESCO, la zone couverte par le Maniema possède une forte concentration d’espèces endémiques de la RDC, et une importante diversité de primates, notamment l’éléphant de forêt, classé en danger critique d’extinction.

À cela s’ajoutent le bonobo, l’okapi, le perroquet gris d’Afrique et trois espèces de pangolins, classés en danger, ainsi que le paon congolais et l’hippopotame classés vulnérables.

Pour Aruna, l’attribution de ces concessions doit désormais placer les communautés au cœur de la protection de ces espaces. « Chaque communauté s’occupera désormais à conserver sa propre forêt. Nous espérons que cette gestion communautaire devrait notamment contribuer à réduire le braconnage », dit-il.

« Accorder une concession forestière à une communauté ne garantit pas, à lui seul, une meilleure conservation de la forêt. Cela peut toutefois y contribuer, parce que la communauté obtient des droits reconnus sur un espace qu’elle utilise, et qu’elle a alors davantage intérêt à protéger contre des exploitants extérieurs », souligne Jean-Pierre Onana, spécialiste indépendant en gouvernance forestière, à Mongabay, par téléphone.

CBCS dit envisager à terme de réunir ces différentes forêts communautaires. « Nous voulons créer un corridor vert communautaire, où on a la biodiversité rare, où on protège les forêts et les ressources forestières, et où les communautés s’intéressent à faire de la conservation communautaire en utilisant les connaissances traditionnelles et les connaissances autochtones », explique Aruna.

« Les communautés doivent également pouvoir tirer des revenus compatibles avec le maintien de la forêt. Sinon, dans des régions où les besoins économiques sont importants, les pressions pour exploiter le bois, convertir les terres ou accepter des activités extractives peuvent rester fortes », souligne Onana.

Image de bannière : Vue d’un tronçon routier traversant des paysages forestiers en RDC. Image de Tropenbos, avec leur aimable autorisation.

RDC : Des hippopotames retrouvés morts dans le Parc national des Virunga

Victoire Mbuto 26 Sep 2026

Plusieurs carcasses d’hippopotame ont été découvertes dans la rivière Semuliki, au sein du Parc national des Virunga, au Nord-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Dans un communiqué diffusé le 24 septembre 2026, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) précise que la maladie à l’origine de cette mortalité reste inconnue, appelant par la même voie, en collaboration avec les autorités sanitaires, les populations riveraines à la vigilance.

Les gestionnaires de ce parc exhortent les habitants à ne pas toucher les carcasses, ni commercialiser leur viande, et éviter de se servir de l’eau à proximité des animaux morts. « Cette situation appelle à une vigilance particulière, notamment en raison de l’épisode de charbon bactéridien (anthrax) enregistré en avril 2025, dans la zone du lac Édouard. À ce stade, la cause de la mort des hippopotames n’est pas encore établie. En attendant les résultats des analyses, la population est invitée à rester calme et vigilante, ainsi qu’à observer ces mesures de précaution, qui restent en vigueur jusqu’à la communication de nouvelles directives », indique le communiqué.

Ces nouveaux décès d’hippopotame surviennent un mois après qu’un cas d’anthrax a été confirmé, dans l’enclave de pêche de Vitshumbi, le 14 août 2026, par la Zone de santé de Kibirizi, après la découverte de la carcasse d’un hippopotame, le 8 août.

Pour Jöel Mbusa Mapoli, zooécologiste et enseignant à l’université pour la conservation de la nature et le développement de Kasugho, basée à Goma, la résurgence de ces maladies soulève des questions sur la gestion des cadavres d’animaux liés à la maladie du charbon.

« Parmi les régulateurs de faune sauvage, il y a des maladies dont la plupart sont des zoonoses graves, notamment le charbon pour les grands mammifères. Dans le protocole de suivi de cette maladie, il n’est pas conseillé d’enterrer, mais plutôt de brûler. Et l’endroit où l’incinération est faite, on doit le cadrer et éviter que d’autres animaux y pénètrent », dit-il au téléphone à Mongabay.

« De préférence, on écrirait ‘’champ maudit’’. Je ne dis pas que c’est du charbon, mais en attendant que les résultats du laboratoire soient diffusés et que cela soit vérifié, on doit s’interroger sur la gestion des autres cadavres. Si ceux-ci étaient mal gérés, ce qui a constitué les nouveaux foyers de contamination ; là, les animaux du parc seraient exposés aux risques de contamination si et seulement s’il s’agit encore de la maladie du charbon. Face à cette zoonose, les mesures d’hygiène prescrivent d’incinérer les cadavres d’hippopotame, et l’endroit qui a servi à l’incinération doit être cadré. Cela veut dire que s’ils sont inhumés, ils constitueront de nouveaux foyers de maladies », souligne-t-il.

Image de bannière: Les carcasses des hippopotames observées dans la rivière Semuliki, en RDC. Image du Parc national des Virunga.

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