- La République démocratique du Congo revoit sa gouvernance forestière dans l’intérêt de ses populations.
- Dans son Plan forestier national, récemment adopté, l’Etat y affiche ses ambitions climatiques et de conservation, dans un contexte mondial marqué par la dégradation des forêts.
- Des réformes sont ainsi envisagées, s’agissant notamment du Code forestier datant de 2002.
- Pour les défenseurs de l’environnement, l’État ne pourrait parvenir à une meilleure gouvernance forestière en excluant les populations.
La République démocratique du Congo (RDC) se dote d’une nouvelle politique nationale forestière. Le Plan forestier national (PFN) a été adopté à l’issue d’un atelier de validation ayant réuni à Kinshasa, le 2 février 2026, plusieurs acteurs, notamment le gouvernement et les associations de défense de l’environnement.
Ce plan, dont Mongabay a lu la synthèse, envisage une gestion durable, participative et équitable des ressources forestières nationales. Il prévoit de préserver les forêts, d’améliorer le bien-être socioéconomique des populations et de contribuer à la mobilisation mondiale pour réduire les émissions de CO2.
Le diagnostic de la situation actuelle des forêts de la RDC, que pose ce document, est précis : « La mise en valeur des ressources forestières n’a pas permis de générer et de maintenir les emplois, d’accroître les revenus publics, du fait des problèmes récurrents de gouvernance et de la corruption ».

Pénaliser les infractions forestières
L’une des innovations attendues, selon Blaise Mudodosi, coordonnateur de l’ONG Actions pour la promotion et la protection des peuples et espèces menacés (APEM), opérant dans les Kivu, ayant pris part à l’atelier de Kinshasa, est la pénalisation des infractions commises dans le secteur. Des réformes sont attendues sur le plan légal et administratif pour plus de cohérence dans les actions de conservation et l’exploitation durable du secteur.
Le plan élaboré prévoit en outre d’assurer la formation des experts en foresterie. Mudodosi note, par exemple, que le pays manque d’inspecteurs, de centres d’administration forestière, et que les provinces sont souvent éloignées des zones d’exploitation. Le cumul de ces dysfonctionnements, indique la même source, rend inefficace la gestion du secteur forestier.
« Nous avons l’artisanat qui se confond à l’industriel, avec l’utilisation des matériels prévus pour l’industrie forestière. C’est une situation facilitée par la faible sanction qui est infligée en cas d’infraction forestière », explique Mudodosi à Mongabay.
Ce dernier précise, en outre, qu’en ne pénalisant pas les infractions forestières, le Code forestier de 2002 favorise la récidive chez certains opérateurs exploitant ses faiblesses. « Il suffisait de transiger. Tu as coupé du bois sur une surface qui ne t’appartient pas, tu as coupé en dehors du diamètre autorisé, … On paie et c’est tout. (…). Certains acceptaient de payer par exemple 2000 USD de sanction ou d’amendes transactionnelles, pour gagner plus de 10 000 USD [sur une exploitation illégale, ndrl] », souligne-t-il.

Harmoniser les actions de l’Etat et impliquer les communautés locales
Dans sa nouvelle politique forestière, le gouvernement congolais essaie également de résoudre les télescopages entre services publics. L’Etat veut éviter qu’un secteur protège une forêt pendant qu’un autre attribue le même espace à l’agriculture, à une mine ou à une infrastructure.
Pour Omer Kabasele, président de la plateforme congolaise Groupe de travail climat REDD+ Rénové (GTCRR), qui qualifie le Code forestier d’obsolète, l’Etat doit garantir une gouvernance transparente pour en finir avec les pratiques frauduleuses. Il recommande, en plus, d’inclure effectivement dans la gouvernance forestière les communautés locales, notamment les peuples autochtones.
Selon Kabasele qui partage également le point de vue de Mudodosi, on ne saurait protéger les forêts en excluant les populations du processus. L’inclusion de ces dernières, selon ces derniers, implique de réduire les pressions qu’exercent les populations sur les forêts, du fait de leur pauvreté.
Selon ce dernier, les moteurs de la déforestation identifiés – parmi lesquels figurent l’agriculture sur brulis, les mines artisanales ou encore les coupes anarchiques de bois – répondent souvent à des besoins quotidiens, notamment l’énergie, l’agriculture et la survie économique.
D’où, l’insistance de Kabasele pour qui la protection des forêts ne peut réussir que si elle apporte des alternatives concrètes aux besoins quotidiens des communautés. « On doit donner l’énergie aux populations, aux communautés. On donne les moyens pour des pratiques durables de culture, à la place de l’agriculture itinérante sur brûlis », indique-t-il.

S’inspirer du modèle des forêts communautaires
L’une des voies prometteuses, aujourd’hui, en matière de gouvernance forestière participative, explique pour sa part Mudodosi, est la foresterie communautaire. Ce modèle permet de réduire la focalisation sur la coupe de bois au profit d’autres ressources forestières comme les produits non-ligneux et l’agriculture durable.
Mudodosi propose aussi d’aller vers des mécanismes comme le paiement des services environnementaux, les crédits biodiversité et le marché carbone. Mais ces mécanismes doivent être mieux régulés, en prenant en compte les préoccupations des riverains avec lesquels les bénéfices devront être partagés.
« Il faut vraiment aller vers ça [les bénéfices de la population]. Et c’est là où les aspects liés au paiement des services environnementaux [le crédit biodiversité, le marché carbone], qui offrent une alternative à la déforestation, doivent être aussi régulés, parce qu’ils posent de sérieux problèmes en l’état actuel ».
Pour lui, les mécanismes d’exploitation forestière, tels que le crédit carbone, ne garantissent pas à ce jour la transparence dans le partage des bénéfices.
Il suggère ainsi d’inclure le plan de partage des bénéfices. « C’est sur cela qu’il faut agir pour diversifier un peu, et ne pas seulement cloisonner nos ressources forestières à une exploitation qui n’a pas donné des fruits », souligne Mudodosi.
Image de bannière : Des tas de bois coupés sur l’axe Busanga (+100 km de Kolwezi) dans la province du Lualaba en RDC. Image de Didier Makal.
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