- Plutôt que d'être considérées comme de simples atouts esthétiques, les forêts urbaines sont des infrastructures essentielles, qui doivent être intégrées au développement urbain pour renforcer la résilience climatique des populations.
- Elles réduisent, non seulement les températures des villes (de 2 °C à 5 °C), mais contribuent également à la santé et au bien-être (anti-stress, lutte contre les maladies cardiovasculaires et les troubles mentaux) des citadins tout en soutenant la biodiversité.
- Des efforts de sensibilisation doivent être menés pour le développement de ces infrastructures vertes à la fois auprès des décideurs et des communautés. L'urbanisation doit être repensée, afin de les intégrer intelligemment en amont.
Une nouvelle étude suggère que les forêts urbaines doivent désormais être reconnues comme partie intégrante des infrastructures urbaines, plutôt que de simples éléments décoratifs. Publiée le 1er juillet 2026, dans la revue PLOS Climate, elle souligne notamment les nombreux avantages, non seulement pour le climat et la biodiversité, mais également pour la santé et le bien-être des citadins.
L’étude révèle que les forêts urbaines doivent désormais être considérées comme une infrastructure à part entière, indispensable au fonctionnement des villes. Plus que de simples atouts esthétiques, elles contribuent à la santé des citadins, tout en renforçant la résilience climatique des villes et le soutien à la biodiversité.
« Notre étude démontre que les forêts urbaines ne doivent plus être considérées comme de simples atouts esthétiques ou des aménagements optionnels, mais comme une infrastructure essentielle au fonctionnement des villes et à leur adaptation au changement climatique », explique dans un courriel à Mongabay, l’auteur principal de l’étude, Manuel Esperon-Rodriguez, chercheur à l’Institut Hawkesbury pour l’environnement de l’université de Western Sydney en Australie et à l’École des sciences environnementales et naturelles de la Faculté des sciences et de l’ingénierie de l’environnement à l’université de Bangor, au Royaume-Uni.

Un effet de rafraîchissement de 2 °C à 5 °C
L’intégration des forêts aux paysages urbains contribue à atténuer la perte d’habitats sauvages due à l’urbanisation. Les forêts urbaines peuvent encore servir de refuge et apporter de la nourriture pour les animaux comme les oiseaux, les singes et autres animaux arboricoles. Elles peuvent aussi faire office de corridors et atténuer la fragmentation des écosystèmes sauvages, en permettant aux animaux de se déplacer d’une région à une autre.
D’un point de vue climatique et de l’atténuation de la chaleur, l’étude et d’autres recherches ont démontré que les forêts urbaines peuvent baisser les températures de 2 °C à 5 °C, voire plus, par temps chaud, atténuant ainsi les effets des vagues de chaleur qui deviennent de plus en plus fréquentes, ces dernières années. Les îlots de chaleur sont des phénomènes typiques des grandes villes, dus à la rétention de chaleur du béton et du bitume, ainsi qu’aux activités humaines.
Il a été démontré que les zones, bénéficiant de plus d’ombre grâce aux arbres, sont nettement plus fraîches. La végétation contribue également à rafraîchir les villes par le biais de l’évapotranspiration, un processus naturel au cours duquel la température de l’air diminue grâce à l’évaporation de l’eau des feuilles.
Toutefois, « il n’existe pas de réponse unique à cette question [concernant la baisse de température obtenue, grâce aux forêts urbaines] », a précisé à Mongabay, Peter N. Duinker, professeur honoraire à l’École des ressources et des études environnementales de l’université Dalhousie, au Canada, qui n’a pas participé à la nouvelle étude. « Tout dépend de la nature du paysage, de la présence et de la répartition des arbres ». La baisse de température obtenue peut être légère ou, au contraire, plus importante.
Néanmoins, « même une baisse de température relativement faible peut réduire considérablement les maladies [et les décès] liées à la chaleur et à la demande énergétique lors des épisodes de canicule », indique Esperon-Rodriguez.
Des zones tampons pour les eaux de pluie et des régulateurs de santé
Les forêts urbaines contribuent également au stockage du carbone et peuvent faire office de zones tampons pour intercepter les eaux pluviales et atténuer les risques d’inondation. « Les arbres sont une infrastructure essentielle. Chaque rue bordée d’arbres est une rue dont la facture d’eaux pluviales est allégée, car les racines et le feuillage soulagent les canalisations déjà saturées », a souligné dans un courriel à Mongabay, Thabang Mokone, forestier urbain de Johannesburg City Parks and Zoo (JCPZ), ayant contribué dans un nouveau livre publié récemment par JCPZ sur les initiatives de foresterie urbaine en Afrique.
« Chaque parc ombragé est un parc, où une personne âgée peut se reposer pendant une vague de chaleur sans avoir à se rendre à l’hôpital », a-t-il ajouté.
Mis à part l’effet de rafraîchissement, il a été démontré que les arbres améliorent la qualité de l’air en piégeant les particules fines polluantes et en produisant de l’oxygène par photosynthèse. Cela contribue à son tour à la lutte contre les maladies liées aux polluants atmosphériques comme les maladies cardiovasculaires. Une étude a d’ailleurs démontré une baisse de 4 % du risque de maladies cardiovasculaires chez les personnes vivant dans les zones urbaines, où le pourcentage d’arbres est élevé.
Des recherches ont en outre mis en évidence un lien entre l’accès à la nature, une réduction importante du stress et, à l’inverse, une association entre des troubles mentaux tels que la dépression et l’anxiété et la vie urbaine. Par ailleurs, les enfants résidant à proximité de zones boisées présentent une meilleure disposition cognitive et une meilleure santé mentale en grandissant. Cela signifie qu’intégrer les forêts à la vie urbaine contribue au développement cérébral des enfants.

Maximum de canopées = maximum d’avantages
L’étude d’Esperon-Rodriguez et de ses collègues souligne que les avantages des forêts urbaines sont particulièrement importants à mesure que les arbres sont matures et que la canopée est dense. En effet, plus la canopée est dense, plus elle multiplie les services écosystémiques, dont pourront bénéficier les citadins.
« On peut affirmer avec certitude que, toutes choses égales par ailleurs, plus le pourcentage de couverture forestière est élevé, plus les services écosystémiques fournis par les arbres seront importants », indique Duinker.
Concernant la baisse des maladies cardiovasculaires observée chez les personnes vivant en milieux urbains boisés, l’étude mentionnée plus haut corrobore cette association. Si cet avantage sur la santé a en effet été observé chez les personnes vivant à proximité des arbres, il n’a pas été observé chez les personnes vivant à proximité de zones végétalisées, mais composées principalement de pelouses.
Or, certaines grandes villes pratiquent des élagages parfois excessifs de grands arbres matures par crainte qu’ils ne retombent sur les habitations et les infrastructures. « Il existe parfois une idée fausse selon laquelle les arbres matures seraient intrinsèquement dangereux. En réalité, les arbres matures, sains et bien entretenus, offrent de nombreux avantages environnementaux, notamment l’ombre, le rafraîchissement, le stockage du carbone et un habitat pour la faune », explique Esperon-Rodriguez.
C’est l’exemple d’Antananarivo, la capitale de Madagascar, dont le cas a été étudié dans le livre publié par la JCPZ. Certains des grands arbres de la ville sont taillés excessivement à l’approche de la saison des pluies et des cyclones, tandis que d’autres, plus jeunes, ont à peine le temps de grandir avant d’être coupés ou déracinés pour être remplacés.
« Quand on a demandé à la commune [urbaine d’Antananarivo], on s’est rendu compte que les gens [à Madagascar] connaissent surtout les forêts urbaines comme des atouts d’embellissement et non comme infrastructures véritablement essentielles », a expliqué dans lors d’une discussion avec Mongabay, la coauteur du livre du JCPZ, Alivony Ravelomanantsoa, candidate au doctorat à l’École doctorale de gestion et de développement des ressources naturelles de l’ESSA-Forêts, à l’université d’Antananarivo.
Selon elle, il faudrait que les décideurs voient et tiennent compte des avantages apportés par les forêts urbaines, et se concertent avec les scientifiques et les urbanistes, avant de décider de couper ou de remplacer certains arbres. Cette concertation est également essentielle pour le choix des essences d’arbres à planter selon les zones à boiser pour optimiser une croissance saine et conforme aux besoins des habitants.
« Plutôt que d’abattre ou d’élaguer sévèrement les arbres par précaution, les villes devraient adopter une gestion des risques liés aux arbres fondée sur des données probantes et des recherches », ajoute Esperon-Rodriguez. « Cela implique d’inspecter régulièrement les arbres, d’identifier leurs véritables défauts structurels et de réaliser leur entretien ciblé lorsque cela s’avère nécessaire ».

Repenser l’urbanisation de A à Z pour intégrer les forêts
Les forêts urbaines prennent de plus en plus d’importance à travers le monde, les citoyens prenant toujours plus en compte des avantages qu’elles confèrent. Parmi les exemples notables, figure la ville-État de Singapour, également surnommée « Ville dans la nature » en raison de son intégration intelligente des forêts et de la verdure quasiment partout dans son paysage urbain.
Les urbanistes de Singapour ont su concilier l’espace restreint au développement des infrastructures et au respect de l’environnement. Outre les parcs et de nombreux espaces verts, les immeubles des Singapouriens sont également végétalisés. Grâce à ces intégrations, des études ont mis en évidence une baisse moyenne de 2,84 °C de la température à l’échelle de la ville, et une baisse allant jusqu’à 9 °C dans les zones hautement végétalisées.
Esperon-Rodriguez cite également l’exemple de Sydney et de Melbourne, en Australie, qui ont massivement investi dans l’expansion et la diversification de leurs forêts urbaines, afin d’améliorer leur résilience face aux vagues de chaleur. Medellín, en Colombie, a développé des « corridors verts », qui ont contribué à réduire les températures urbaines tout en soutenant la biodiversité.
L’intérêt pour les forêts urbaines se développe aussi en Afrique. Parmi les meilleurs exemples, figurent les villes de Johannesbourg, en Afrique du Sud, et de Kigali, au Rwanda, selon Ravelomanantsoa. Selon elle, ces villes ont observé une réduction nette de la température grâce aux forêts urbaines, bien que les effets de refroidissement varient selon les quartiers.
Afin d’espérer obtenir ces avantages, il est essentiel de considérer les arbres et les espaces verts comme de véritables investissements dans la santé publique, la résilience climatique et le bien-être des communautés. Comme les décideurs se basent sur des données probantes, il est donc essentiel de quantifier leurs valeurs en termes d’économies réalisées sur les dépenses de santé, la réduction des dégâts causés par les inondations et la diminution de la demande énergétique, souligne Esperon-Rodriguez.
Les auteurs recommandent également de mieux penser l’aménagement urbain pour que les arbres et les infrastructures soient intégrés conjointement en amont, en prévoyant par exemple des volumes de terre suffisants pour le développement racinaire, et en y adaptant les travaux en cours, en choisissant des essences adaptées aux climats locaux, etc.
« L’objectif ne doit pas être de choisir entre arbres et infrastructures, mais de reconnaître que des forêts urbaines saines constituent elles-mêmes une forme d’infrastructure qui mérite une planification et une gestion réfléchies », dit Esperon-Rodriguez.
À noter que la végétalisation ne nécessite d’ailleurs pas forcément de grands espaces spécialement aménagés, comme l’a démontré Singapour, où même les immeubles sont végétalisés. À Tokyo, au Japon, il existe même, depuis 2000, une loi obligeant les propriétaires disposant d’une certaine surface à végétaliser au moins une partie de leurs toits, les infrastructures vertes y ayant démontré un effet de rafraîchissement de la température locale de l’air.

Un besoin d’efforts de sensibilisation et de politiques plus fermes
L’implication des citoyens ou des communautés locales est aussi essentielle. Pour cela, des efforts de sensibilisation sont nécessaires, notamment pour rendre compte des avantages conférés par les forêts urbaines et la végétalisation. « Les efforts de sensibilisation pour les forêts urbaines devraient vraiment se faire par quartier et par commune de la même manière que les campagnes de sensibilisation pour les vaccins », souligne Ravelomanantsoa.
Elle reprend l’exemple de Kigali et de Johannesbourg, où les efforts de sensibilisation ont fortement amené les citoyens à prendre conscience de la valeur des forêts urbaines, et à systématiquement poursuivre les efforts dans ce sens.
« Il est également primordial d’agir politiquement auprès des conseils municipaux ; les ONG ont un rôle déterminant à jouer à cet égard », dit Duinker. Ravelomanantsoa est d’accord avec cette vision en soulignant l’importance d’une loi dans ce sens. « Si ça ne devient pas vraiment une loi imposée par les grands décideurs, ça ne marchera pas », dit-elle. « L’homme et la nature sont comme l’eau et le riz, ils ne peuvent pas être séparés », a-t-elle ajouté.
Ces recommandations s’accordent avec celles de Mokone, qui souligne que la reconnaissance publique de la valeur de l’écologie encourage ces pratiques, et incite d’autres à les imiter. « Enfin, l’implication des jeunes et des écoles favorise un engagement durable, car les enfants qui plantent des arbres ont tendance à les protéger pendant des années », souligne-t-il en guise de conclusion.
Image de bannière : Les corridors verts et les rues bordées d’arbres sont de plus en plus courants à Addis-Abeba à la suite d’un vaste programme de réaménagement urbain visant à restaurer les berges des rivières, à étendre les espaces verts publics et à accroître le couvert arboré de la ville. Image de Daniel Emale/Unsplash.
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Des forêts urbaines dans les écoles nigériennes au service du climat et de l’éducation
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