- Une étude montre que les microplastiques modifient le fonctionnement des bactéries de l’intestin sans en réduire le nombre à court terme, avec des effets variant selon le type de plastique.
- Certaines modifications provoquées par les microplastiques ressemblent à celles décrites dans certaines maladies, telles que la dépression ou le cancer colorectal, sans que cela n’établisse un lien de cause à effet.
- Les microplastiques sont omniprésents dans l’environnement, l’alimentation, l’eau et l’air, ce qui suscite des inquiétudes, quant à leurs effets potentiels sur la santé humaine.
Les microplastiques changent la façon avec laquelle les bactéries de l’intestin fonctionnent, sans toutefois réduire leur nombre. Certains d’entre eux peuvent modifier l’acidité des selles, un facteur souvent observé dans certaines maladies digestives. Ces modifications ressemblent à celles décrites dans des maladies comme la dépression ou le cancer colorectal, mais sans pour autant prouver que les microplastiques sont à l’origine de ces affections.
Christian Pacher-Deutsch, chercheur au Centre de recherche sur les biomarqueurs en médecine de Graz en Autriche, a fait cette annonce, en février 2026, à Mongabay, à la faveur d’un entretien. Il est l’auteur d’une étude examinant, à partir d’expériences en laboratoire, comment les microplastiques peuvent modifier le fonctionnement des bactéries de l’intestin. Les résultats de ses recherches ont été présentés, en octobre 2025, en Allemagne, lors du congrès annuel de la Gastroentérologie européenne unie (UEG), une organisation européenne dédiée à la recherche et à la santé digestive.

L’effet de ces modifications dépend du type de plastique, mais Pacher-Deutsch est plus préoccupé par un en particulier. « Les microplastiques provenant de produits de consommation courante, tels que les bouteilles en Polytéréphtalate d’éthylène (Pet) et les emballages alimentaires, nous préoccupent particulièrement, car ils représentent les voies d’exposition les plus fréquentes. Ces matériaux sont omniprésents dans la vie quotidienne, et leurs produits de dégradation sont régulièrement ingérés par l’alimentation et l’eau », dit-il. « Si ces particules peuvent altérer la fonction du milieu intestinal, les conséquences pour la santé publique pourraient être importantes, compte tenu de l’ampleur de l’exposition », ajoute-t-il.
Pollution plastique
L’étude indique que ces résultats viennent d’expériences en laboratoire, dans des conditions contrôlées. Les microplastiques, définis comme des fragments de plastique de moins de 5 mm, sont omniprésents dans l’environnement et la chaîne alimentaire. Des études animales suggèrent qu’ils peuvent influencer le milieu intestinal, mais les données chez l’humain sont limitées. L’équipe de Pacher-Deutsch a cultivé des selles de donneurs en bonne santé, pendant cinq jours, dans un dispositif de laboratoire reproduisant l’intestin humain, sans oxygène. Les chercheurs disent avoir exposé les cultures à cinq types de microplastiques courants, à des doses proches de l’exposition humaine et à des doses plus élevées. Ces types de plastique sont le polystyrène souvent utilisé pour les emballages, le polypropylène présent dans de nombreux contenants alimentaires, le polyéthylène basse densité utilisé notamment pour les sacs plastiques souples, le polyméthacrylate de méthyle (Pmma), aussi appelé plexiglas qui est un plastique rigide et transparent, et le Pet couramment utilisé pour la fabrication des bouteilles en plastique.
Les chercheurs ont observé si les bactéries restaient en vie et ont mesuré l’acidité du milieu. Ils ont aussi analysé les types de bactéries présents, ainsi que les substances qu’elles produisent. « Ce qui nous a le plus surpris est que les réactions des bactéries intestinales aux microplastiques ont été très différentes selon le type de plastique. Même si des changements étaient attendus, l’ampleur et la variété des effets observés montrent que les interactions sont complexes. Cela suggère que tous les plastiques n’ont pas le même impact et que ces différences devront être prises en compte pour évaluer les risques à l’avenir », dit Pacher-Deutch.
À la question de savoir quelles pourraient être les implications d’une telle étude pour la santé publique, le professeur Christophe LeMoine, doyen de la Faculté des sciences de l’université de Brandon au Canada et coauteur de plusieurs études sur le plastique, explique à Mongabay : « Les effets dépendent sans doute de la quantité de microplastiques et de la durée de l’exposition. Les bactéries intestinales aident le corps à utiliser les aliments, à se défendre contre les maladies et influencent aussi le cerveau. Modifier leur équilibre pourrait donc avoir un impact sur la santé ».
Selon l’étude, chez l’être humain, d’autres facteurs comme l’alimentation, le système immunitaire et les différences individuelles jouent un rôle important. La durée d’exposition aux microplastiques pourrait aussi influencer les effets observés. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires pour comprendre les effets à long terme et les risques pour la santé.

D’après les Nations unies, plus de 400 millions de tonnes de plastique sont produites, chaque année, dans le monde, dont la moitié est conçue pour un usage unique. Moins de 10 % de cette production est recyclé. L’organisation onusienne estime que 11 millions de tonnes de plastique finissent, chaque année, dans les lacs, les rivières et les mers. Ce qui correspond à peu près au poids de deux millions d’éléphants africains environ, selon les estimations de Mongabay.
Les microplastiques, d’après les Nations unies, se retrouvent dans les aliments, l’eau et l’air. Elle estime que chaque personne sur la planète ingère plus de 50 000 particules de plastique par an, et bien plus encore si l’on tient compte de l’inhalation. Face à ce constat, un Comité intergouvernemental de négociation a été créé en 2022, sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement, afin d’élaborer un traité international juridiquement contraignant visant à lutter contre la pollution plastique, y compris dans le milieu marin. Après plusieurs sessions de négociation sans accord, il se réunit à nouveau, le 7 février 2026, à Genève, en Suisse.
Image de bannière : Pollution plastique provenant de la rivière Amadi au Nigéria. Image Iwai-Dialax via Wikimedia Commons (CC BY-NC-ND 2.0).
Citations :
Pacher-Deutsch, C., et al. (2025, 6 octobre). Microplastics found to change gut microbiome in first human-sample study [Communiqué de presse]. EurekAlert! https://www.eurekalert.org/news-releases/1100128
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