- L’ONG Last Great Apes Organization révèle, dans son rapport annuel 2025, l’implication d’agents de l’État dans le trafic d’animaux sauvages.
- Les arrestations des fonctionnaires braconniers sont légion dans le pays. Pour preuve, un militaire a été arrêté, en janvier 2026, avec une peau de panthère.
- Les saisies enregistrées par cette ONG, en 2025, portent sur les ivoires d’éléphant, les écailles de pangolin, les peaux de panthère et les perroquets gris.
Deux ivoires d’éléphant (Loxodonta), 81 kilogrammes d’écailles de pangolin géant (Smutsia gigantea), soit l’équivalent de 35 individus tués, deux peaux fraiches de léopard (Panthera pardus) et 65 perroquets gris (Psittacus erithacus).
Tel est le butin des saisies des restes d’animaux sauvages réalisées en 2025, par Last Great Apes (LAGA), une organisation à but non lucratif engagée aux côtés du ministère camerounais des Forêts et de la faune, dans l’application de la loi faunique, d’après son rapport annuel 2025.
La même source révèle en outre que ces saisies, effectuées entre janvier et décembre, ont abouti à l’arrestation de 10 trafiquants présumés. Reconnus coupables, huit d’entre eux ont écopé des peines d’emprisonnement et des amendes financières cumulées de 4,4 millions francs CFA (environ 8 800 USD).
Le rapport souligne que certains des trafiquants sont des agents de l’État en fonction ou à la retraite. En décembre 2025, « deux trafiquants ont été arrêtés en possession de deux peaux de léopard fraîches à Yaoundé, dans la région du Centre. L’un des deux hommes arrêtés est un officier de police haut gradé ayant utilisé sa position pour se garantir l’impunité entre le Gabon et le Cameroun », peut-on lire dans le document.
Des moyens de l’État sont également mis à contribution dans ces opérations de trafic, comme celle ayant permis la saisie des 65 perroquets gris d’Afrique, à Bertoua, à l’Est du Cameroun, dans le véhicule de fonction d’un fonctionnaire régional.
Le perroquet gris est inscrit comme « vulnérable » sur la Liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).
Selon Éric Tah Kaba, Directeur adjoint et Chef des relations extérieures à LAGA, « l’arrestation de fonctionnaires et d’agents de l’État n’est pas une nouveauté ; il est déjà arrivé que des personnes travaillant au sein des services publics soient arrêtées ».

Dans son rapport annuel 2024, LAGA révèle d’ailleurs qu’un colonel du ministère des Forêts et de la faune, à la retraite, ayant géré plusieurs parcs nationaux dans le pays, a été arrêté, à Yaoundé, avec trois complices, en possession d’ivoires d’éléphant.
L’implication des agents de l’Etat dans le braconnage des espèces fauniques protégées et de leurs produits dérivés est une pratique tendant à se perpétuer au Cameroun, au fil des années.
Kaba a confié à Mongabay au téléphone qu’un caporal-chef de l’armée camerounaise a également été arrêté, le 23 janvier 2026, à Yaoundé, en possession d’une peau de léopard. Profitant de sa position pour mener ses activités de trafic en toute impunité, ce dernier a parcouru plus de 300 kilomètres, depuis Dschang, à l’ouest du pays, où il travaille, jusqu’à Yaoundé, avant d’être arrêté.
Il explique par ailleurs que « les trafiquants sont présents partout dans notre société, des services publics aux personnes exerçant diverses activités, en passant par les transporteurs et les riverains des parcs nationaux ».
« Le commerce illégal se passe à plusieurs niveaux, et c’est pourquoi lorsque nous enquêtons sur ce commerce, nous devons regarder partout et pas seulement ceux que nous pensons être potentiellement enclins au trafic, sinon nous passerions à côté de la réalité », souligne-t-il.
Pour combattre le trafic illégal des produits de la faune, Éric Tah Kaba préconise une stricte application de la loi faunique sans exclusive, l’ouverture de procédures judiciaires contre les trafiquants présumés et la lutte contre la corruption.
Image de bannière : Deux trafiquants présumés d’écailles de pangolin arrêtés au Cameroun. Image fournie par Eric Tah Kaba, Directeur adjoint de Last Great Apes Organization (LAGA) avec son aimable autorisation.
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