- Une nette diminution des zones propices à la transmission du paludisme serait survenue en Afrique en 2025.
- Pour les pays comme Madagascar, des études complètes sur les distributions des moustiques ont été menées dans les années 1960 pour servir de références aux études ultérieures. Mais le manque de financement oblige à se contenter de l’écologie ponctuelle motivée par les urgences du moment.
- Par-delà le changement climatique et l’écologie, la surveillance des gîtes larvaires en milieu urbain aide à mieux affiner les stratégies de lutte anti-vectorielle.
- Les moustiques sont des éléments de la biodiversité, et le changement dans les distributions de leurs populations crée des déséquilibres écologiques importants.
ANTANANARIVO, Madagascar — L’interaction entre le changement climatique, les moustiques et les écosystèmes attire davantage d’attention dans le cadre de l’approche One Health. D’après une étude menée par une équipe de chercheurs internationale et publiée chez Science en mai 2024, une diminution nette des zones propices à la transmission du paludisme se serait produite en Afrique en 2025.
Tenant compte des estimations basées sur les précipitations et les régimes hydrologiques sur le continent, la même étude met l’accent sur la grande sensibilité de la transmission de cette maladie vectorielle aux futures émissions de gaz à effet de serre et de différents schémas de transmission plus complexes, car d’autres facteurs entrent en jeu. Des scientifiques aussi gardent un œil attentif sur d’autres maladies vectorielles en lien avec le changement climatique et le milieu naturel.
Le 4 décembre 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé que la maladie a, en 2024, tué environ 610 000 personnes, et que des enfants en Afrique sub-saharienne ont représenté la grosse partie des victimes. Par la même occasion, l’agence onusienne a prévenu contre les risques dus à la résistance accrue aux médicaments, à l’effet du changement climatique sur la transmission du paludisme et à la coupe budgétaire affectant la lutte mondiale suite à la décision prise en janvier 2025, par l’administration américaine, ayant cessé sa contribution financière aux activités de l’OMS. En 2024, le contrôle de la maladie a englouti un investissement total de 3,9 milliards USD, loin de l’objectif de plus de 9 milliards USD.
D’après le rapport annuel de l’OMS sur le paludisme, présenté en décembre 2025, le nombre de cas enregistrés une année plus tôt a été de quelque 282 millions, légèrement en hausse par rapport à l’année précédente, où environ 273 millions de cas l’ont été. La lutte contre le paludisme s’est ralentie au cours de la dernière décennie après un vaste progrès au début des années 2000.
Une recrudescence des cas a en 2024 marqué particulièrement trois pays, à savoir l’Ethiopie, Madagascar et le Yémen. Le rétrécissement probable des zones de transmission annoncé par la recherche évoquée plus haut devrait donc avoir un effet réducteur de la prévalence du paludisme à l’avenir.
La tendance actuelle est à l’augmentation du nombre de jours avec des vagues de chaleur extrême, à la lumière de récentes données climatiques sur une période de douze mois – de mai 2024 à mai 2025 – compilées et revues par Climate Central, Red Cross Red Crescent Climate Centre et World Weather Attribution. Selon ces organisations, le changement climatique a doublé le nombre de jours à chaleur extrême dans 195 pays et territoires en comparaison à la situation d’un monde sans changement climatique. L’année 2025 a ainsi démarré avec le mois de janvier, le plus chaud jamais connu.
Les auteurs de l’étude affirment que les vagues de chaleur s’assemblent avec des événements extrêmes à l’instar des sécheresses et la rareté des ressources en eau, entre autres. Ceci semble corroborer les prévisions en lien avec la réduction des zones de transmission du paludisme en Afrique. « J’étais au Kenya en 2010. Des chercheurs ont alors déjà anticipé les changements ponctuels de distribution des vecteurs dans quelques pays, y compris Madagascar, dus au changement global », a indiqué, à Mongabay, Dr Herisolo Razafindraleva, entomologiste à l’université d’Antananarivo.
Pour les pays comme Madagascar, des études complètes sur les distributions des moustiques sont faites dans les années 1960 pour servir de références aux études ultérieures. L’étude réalisée en 2024 doit pousser les chercheurs africains à entreprendre des travaux de vérification sur le terrain. Mais le manque de financement les oblige à se contenter de l’écologie ponctuelle motivée par les urgences du moment. « Les distributions ont déjà été établies au préalable. Les études ultérieures ont le mérite de les réactualiser », a affirmé le scientifique malgache.
Quant à la Grande île en particulier, les régions sur son versant occidental seraient, avec le réchauffement climatique, beaucoup plus humides que celles de l’Est. En toute logique, cette tendance provoquerait des migrations des moustiques à l’Ouest. « Les dynamiques ainsi enclenchées créeraient une zone de mixage au centre, suggérant une certaine intensification de la transmission vectorielle. A juste titre, la biologie des moustiques dépend de la température et de l’humidité ambiantes », a expliqué le chercheur.

Influence du changement des écosystèmes
En général, le développement des moustiques dépend plutôt des eaux stagnantes et des milieux lentiques, c’est-à-dire des milieux aquatiques caractérisés par un faible mouvement de l’eau. Les zones proches des flaques d’eau, des étangs, des marécages, des lacs, des rivières très lentes…, formant des gîtes permanents, sont propices à la prolifération de ces bestioles.
Les pluviométries créent des gîtes temporaires, des réservoirs potentiels durant la saison des pluies. « Même les empreintes des sabots des zébus laissées dans le sol durant une semaine en temps pluvieux peuvent déjà devenir des gîtes temporaires pour les moustiques. Deux générations ou émergences de moustiques ont lieu en une semaine », affirme Dr Razafindraleva.
Par contre, certaines espèces de moustiques en Afrique vivent dans des forêts galeries. Pour elles, la disponibilité de l’eau constitue un facteur déterminant sur la dynamique de leurs populations et, par ricochet, la transmission des maladies.
Il existe en effet des moustiques zoophiles (attirés par les animaux), anthropophiles (attirés par les humains), endophiles (à l’intérieur de la maison) et exophiles (à l’extérieur de la maison). Du point de vue de l’entomologie médicale, l’indice d’affinité des moustiques pour les humains fait d’eux des vecteurs primaires ou secondaires. Plusieurs indices entrent donc en jeu dans l’analyse épidémiologique d’un site, selon le milieu.
Le changement dans les écosystèmes influence également la dynamique de la population des moustiques et la transmission des agents pathogènes. Le district chaud et humide d’Ikongo, dans le Sud-Est malgache, a connu une flambée de paludisme au premier semestre de 2025. L’occurrence ayant affecté des milliers d’habitants a coûté la vie à près de 250 individus. Il a alors fallu des interventions urgentes pour sauver des vies.
Après analyse, la déforestation s’est avérée élevée dans la zone. Elle a créé un déséquilibre écologique, ce qui a été parmi les facteurs déterminants pour le cas d’Ikongo. Puisque l’habitat des prédateurs des moustiques est détruit, il est normal que la population de ces vecteurs connaisse une excroissance au détriment de la santé publique. « Les coléoptères aquatiques aident à maîtriser et à stabiliser la population des moustiques. Ces derniers sont leurs proies favorites. Mais la déforestation a perturbé l’équilibre écologique au niveau local », a confié, à Mongabay, Dr Tolotra Ranarilalatiana, également entomologiste à l’université d’Antananarivo, spécialiste des insectes aquatiques.
Selon le scientifique, les données entomologiques sur l’Ikongo, une zone difficile d’accès et faiblement explorée, sont quasi absentes. « Les entomologistes sont descendus là-bas après la flambée de paludisme pour étudier la diversité des anophèles présents sur le site », a affirmé Dr Ranarilalatiana. Le fait montre que l’entomologie devrait être préventive. En théorie, c’est à elle de fournir d’abord tous les indicateurs indispensables à la lutte anti-vectorielle.
La diminution nette des zones propices à la transmission du paludisme, avec le changement climatique, annoncée en 2024 par des chercheurs internationaux, dont il est question plus haut, est une bonne chose. Mais la surveillance des larves de moustiques en milieu urbain aussi aide à résoudre le problème de santé publique causé par ces vecteurs. La discussion déborde alors le cadre de la lutte contre le paludisme.

Stratégies de lutte
D’habitude, les stratégies de lutte se concentrent en grande partie sur la lutte contre les adultes, surtout les femelles des moustiques transmetteurs des agents pathogènes. D’après Dr Tovo Andrianjafy, également entomologiste à l’université d’Antananarivo, peu d’informations sont disponibles sur les populations larvaires surtout en milieu urbain.
En 2022-2023, cet universitaire a étudié l’urbanisation et le potentiel risque de transmission des maladies transmises en observant environ 3 200 gîtes larvaires dans la ville d’Antananarivo, avec huit espèces de moustiques trouvées. Selon le résultat, le pic d’abondance intervient à la fin de la saison des pluies en avril. Un autre pic inattendu s’observe en septembre, théoriquement en pleine saison sèche.
En d’autres termes, les gîtes temporaires jouent le rôle de réservoirs durant la saison sèche. La connaissance de cette réalité fournit une information capitale permettant de connaître la distribution spatio-temporelle des moustiques et d’identifier les moustiques associés à l’urbanisation.
« L’importance de la surveillance larvaire est qu’on peut prévenir l’entrée des espèces invasives et le principal vecteur du paludisme en milieu urbain. Dans le cadre de la lutte anti-vectorielle, cela constitue des données ou des informations cruciales dans la prise de décision », a dit le chercheur lors de la première édition des « Journées scientifiques sur l’entomologie au service du développement durable : agriculture, santé et conservation », organisées à Antananarivo, du 12 au 13 décembre 2025.

Si les zones de transmission du paludisme en Afrique avec le changement climatique se rétrécissent, ce phénomène fait entrevoir des déséquilibres écologiques importants frisant une grande perte pour l’humanité à l’avenir. Cette diminution équivaut à une disparition progressive des moustiques dans d’autres régions. Or, ces bestioles, en tant qu’éléments de la biodiversité, jouent des rôles vitaux pour d’autres espèces, rien que pour la chaîne alimentaire et les écosystèmes.
Les chercheurs ont beau concentrer leur investigation sur le paludisme et ses vecteurs. Mais leur conclusion serait aussi valable pour d’autres espèces de moustiques. Le monde compte approximativement 3 600 espèces de moustiques, dont 275 à Madagascar avec 138 espèces endémiques. Ces insectes sont aussi d’excellents agents polinisateurs et leurs larves sont des purificateurs naturels d’eaux, par leur capacité à éliminer des substances nuisibles en milieux aquatiques.
Diminution des zones de transmission du paludisme ou non, le développement de la science participative, par l’éducation communautaire, offre une opportunité de surveillance de cette maladie par les gens ordinaires. Depuis deux décennies, l’agence américaine d’exploration spatiale NASA œuvre dans ce sens dans 127 pays, dont Madagascar, à travers Globe Malaria Project.
L’approche consiste en la surveillance entomologique au moyen des dispositifs technologiques, fonctionnant avec des appareils mobiles, permettant la prise de photos et le partage des renseignements communiqués à l’agence américaine, pour y être analysés à des fins pratiques. Elle implique donc des acteurs à des niveaux différents, sans être nécessairement des scientifiques reconnus comme tels.
« La science citoyenne est une science participative. D’après nos enquêtes, 80 % des gens [à Madagascar] affirment que la consommation de mangues provoque le paludisme », a indiqué Pr Lala Sahondra Rafarasoa, entomologiste à l’université d’Antananarivo et responsable de Globe Malaria Project, à Madagascar, lors des Journées scientifiques sur l’entomologie, en décembre 2025. A la longue, l’embarquement des néophytes, dans cet univers devenu plus complexe que jamais, pourrait susciter des améliorations.
Image de bannière : Les enfants comptent souvent parmi les victimes potentielles des maladies vectorielles, surtout le paludisme qui sévit particulièrement en Afrique. Image de Rivonala Razafison prise le 23 octobre 2022 dans une région forestière de l’Est de Madagascar.
Citations :
Smith et al. (2024), Future malaria environmental suitability in Africa is sensitive to hydrology. Science 384, 697–703. https://science.org/doi/10.1126/science.adk8755
Giguere, Otto, Tannenbaum, Vahlberg, et al. (2025). Climate Change and the Escalation of Global Extreme Heat: Assessing and Addressing the Risks. Climate Central, Red Cross Red Crescent Climate Centre, World Weather Attribution. https://www.climatecentral.org/report/climate-change-and-the-escalation-of-global-extreme-heat-2025
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