- A Zè, une commune du sud du Bénin, dans le département de l'Atlantique, une coopérative de femmes produit du gari à base de biogaz.
- Le gaz, produit par leur biodigesteur alimenté d’épluchures de manioc, permet de produire de l'énergie propre, pour la cuisson du gari et ses dérivés.
- Le dispositif offre également une énorme quantité d'engrais bio commercialisé pour booster la production agricole. Toutefois, des défis liés à la disponibilité des matières premières de production de cette énergie propre subsistent.
Ce matin de novembre 2025, nous avions rendez-vous avec les femmes de la Coopérative Ayiminanzé, une dénomination en langue locale Fon du sud Bénin qui signifie « Agir intelligemment ». Ce qui est perceptible dans leur pratique de transformation de manioc en gari. Pour arriver à leur siège, il faut se rendre à Zè, une localité à plus de 45 kilomètres de Cotonou.
Passé l’école primaire à gauche à 500 m environ dans la première rue à droite en remontant la dépression de la voie principale qui traverse la localité, suivie d’une agglomération d’habitats, on s’engouffre dans un environnement fait de verdure. Quelques habitations éparses avec des sentiers entourés de part et d’autre des plantations de maïs, de manioc et de palmier à huile.
Un peu plus loin, à une vingtaine de minutes environ, au milieu de la végétation, à Tozounmè, dans l’arrondissement de Dodjibata dans la commune de Zè, se trouve le siège du groupement. « Nous faisons notre tontine aujourd’hui. Habituellement, on se rencontre les jeudis. Même si nous avons une activité de transformation à mener, on le fait les jeudis », dit la présidente, Paula Gnacadja. Créée en 2013, la coopérative, qui compte aujourd’hui une dizaine de femmes, s’investit dans la production et la transformation agricoles, notamment la transformation du manioc en gari et autres dérivés, à savoir le gari amélioré qui est un mélange de gari au lait, au sucre ou au coco, le tapioca et la farine panifiable à base de manioc pour faire des beignets et du pâté.
« On produit notre gari et ses dérivés avec le biogaz produit par notre biodigesteur. Avant, on faisait autre chose avec les épluchures de manioc. Mais, maintenant, nous les chargeons dans le biodigesteur pour produire du biogaz. Les éléments entrant dans la production du biogaz sont envoyés vers le dôme par la gorge du biodigesteur. Le biogaz est produit au niveau du dôme et les déchets sont évacués dans le bassin. Après, nous nous servons des déchets pour faire de l’engrais bio », explique Gnacadja.
« Deux semaines après le chargement du biodigesteur avec les épluchures de manioc, le biogaz est produit. Mais quand il y a des résidus des précédents chargements dans le biodigesteur, après un nouveau chargement, en l’intervalle de trois jours, le biogaz est produit », dit-elle.

Aux épluchures de manioc, les femmes de Ayiminanzé ajoutent l’eau issue de leur production d’huile de palme, les eaux de pressage de manioc et les déjections d’animaux en s’assurant qu’il n’y a pas des déchets, surtout les sachets plastiques. Elles y ajoutent également, de l’eau grâce à un système de château d’eau.
Le dôme de leur biodigesteur a une capacité de 20 m³. « Quand on prend le modèle le plus répandu dans les ménages, un biodigesteur de capacité 4 m³, produit jusqu’à l’équivalent de deux bouteilles de 12 kg de gaz par mois », dit Henoch Gnanga, Energéticien, Ingénieur en environnement et développement durable, gérant de l’entreprise Biogaz Bénin.
Auparavant, le mode de production de la coopérative nécessitait une grande quantité de bois, dont l’achat pèse sur leur dépense journalière. Difficile aux femmes de pouvoir tenir entre la production et la vente et de pouvoir dégager une marge intéressante. De plus, la disponibilité de la ressource en bois faisait qu’elles peinaient à faire avancer leurs activités. Face à cette situation, l’ONG Afrique Espérance a décidé de les accompagner dans cette transition énergétique en 2021.
Un inventaire de leurs activités a permis de se rendre compte qu’en dehors de la transformation du manioc, elles faisaient aussi la transformation des noix de palme et beaucoup d’autres petites activités et disposent de quatre hectares de terre pour produire des fruits et des légumes.
« Le besoin en fertilisant était là, mais elles ne savaient pas que les déchets qu’elles produisaient, l’eau issue de la production d’huile de palme et celle issue du pressage des tubercules de manioc broyés, les épluchures de manioc et les déjections des animaux pouvaient leur être utiles », dit Gnanga.

« La fumée ne nous dérange plus… »
« La fumée ne nous dérange plus. On ne se lève plus régulièrement pour attiser le feu, car notre installation a un réglage et permet de faire de la cuisson à volonté », dit Gnacadja. Ce qui l’enchante également avec le biodigesteur, c’est l’engrais bio qu’elles obtiennent et utilisent ou commercialisent.
La coopérative transforme en moyenne trois tonnes de manioc par campagne de production et tient au maximum deux campagnes par mois. « Avant, on disait que le gari coûte cher. Mais aujourd’hui, grâce à notre production, ce n’est plus le cas », souligne Gnacadja au sujet de l’impact de l’activité de son groupement.
« L’installation du biodigesteur a apporté un grand changement, car le fait d’aller en brousse pour chercher du bois est très pénible pour les dames. Maintenant, il leur suffit juste de charger le biodigesteur », dit à Mongabay Fernand Bakambamou, un jeune pisciculteur du bas-fond environnant. Il note que l’usage du biogaz facilite la production des femmes en toute saison, réduit la pollution de l’environnement, les brulures, les piqures d’épines, et les risques liés aux reptiles à la recherche de fagots de bois.
« Pour les associations et les coopératives comme Ayiminanzé, l’usage du biogaz est beaucoup plus économique, car du point de vue financier. Cela réduit les charges liées à l’acquisition de fagots de bois. En outre, elles ne contribuent plus à la déforestation. Au plan sanitaire, les affections pulmonaires liées à l’inhalation de la fumée et les cécités oculaires créées par la fumée, qui se dépose sur la rétine, sont considérablement réduites », dit Gnanga.
« L’avantage des associations, ou lorsqu’on est un producteur agroalimentaire, est que le biodigesteur permet de traiter ses déchets et de produire le biogaz pouvant servir à faire du séchage, la cuisson, et contribue ainsi à réduire l’utilisation du gaz butane ou du bois énergie ou du charbon qu’on utilisait pour faire sa production », dit à Mongabay dans un entretien au téléphone, Yaovi Olivier Adjahounzo, Ingénieur de conception en mécanique énergétique, Responsable de l’Unité technique mobilisation des ressources financières à l’Alliance pour le biodigesteur en Afrique de l’Ouest et du Centre (Burkina Faso).
Il précise qu’on peut affiner la concentration du biogaz produit à partir du biodigesteur, qui est souvent à un taux de 55 % à 75 % de méthane. Des dispositifs permettant de le concentrer jusqu’à 90 % pour obtenir du biométhane, qu’on peut utiliser pour décarboniser le transport et l’industrie. Une technologie qui peut être utilisée dans l’élevage pour assainir le cadre de vie, pour produire du chauffage et de l’énergie.
La filière permet de relever trois défis : le défi de la sécurité alimentaire, le défi de la précarité énergétique, le défi lié à l’assainissement du cadre de vie et à l’hygiène. Elle est également une solution d’avenir, ayant contribué à réduire à plus de 10 % les gaz à effet de serre, et pouvant contribuer à atteindre l’objectif de réduction de 1,5° C l’élévation de température, soutient Adjahounzo.

Un modèle de durabilité énergétique
« C’est la matière première qui est souvent notre handicap, les déjections d’animaux notamment. Quant au palmier à huile, dont nous utilisons les résidus issus de production d’huile, en cette période, il n’y en a pas », dit Gnacadja.
« Il nous reste à faire de l’élevage pour disposer de l’essentiel de la matière première. Avec l’usage des fientes d’animaux par les jardiniers, cette matière première commence à nous revenir onéreuse », dit-elle.
« L’une des difficultés est qu’il faut faire attention pour ne pas remplacer la corvée du bois par la corvée de recherche des déchets. Il nous faudrait produire les déchets à côté, les introduire facilement dans le biodigesteur pour que le fonctionnement soit continu », dit Adjahounzo.
Il relève également que le vrai défi à relever est le taux de fonctionnalité des biodigesteurs, ainsi que l’accès aux informations sur les opportunités de marché. Selon des études effectuées en 2023, il est relevé un taux de fonctionnement faible de moins de 50%, parce que que les utilisateurs ignorent ou sous-estiment la nécessaire mise à disposition régulière d’une quantité suffisante de déjections de bovins et d’eau.
La chaîne de valeurs compost ou engrais fertilisant, naturel, organique reste une alternative aux engrais de synthèse qui sont importés. Cependant, du point de vue production de l’énergie électrique, des défis quelque peu immenses subsistent, selon Gnanga.

Des perspectives à l’horizon 2030
La gestion durable des ressources en biomasse et en environnement est inscrite dans la Politique nationale de maîtrise d’énergie 2020-2030 au Bénin. La promotion de l’utilisation rationnelle des ressources en biomasse et la vulgarisation des techniques modernes de cuisson sont inscrites au nombre des stratégies.
« Nous envisageons de mettre en place un outil pour permettre au Bénin, comme les autres pays de l’alliance, de déployer efficacement cette technologie en s’alignant sur une coordination politique et opérationnelle de cette filière », dit Adjahounzo.
Un modèle de biodigesteur qui, non seulement valorise la digestion humaine, économe en termes de gestion d’eau, mais optimise également le traitement des déchets de façon à en tirer le maximum de gaz produit, pour le bonheur des consommateurs, est annoncé par Gnanga.
Le secteur est pourvoyeur d’opportunités d’emplois, et des projets sont mis en œuvre en vue de décerner des certificats de qualification professionnelle à la technologie du biodigesteur. « Nous avons reçu deux fois des filles mères, 23 stagiaires au total, qui sont venues se former sur le biogaz », souligne Gnacadja.
Image de bannière : Les épluchures de manioc sont utilisées par la coopérative Ayiminanzé comme principale matière première du biogaz utilisé pour la production du gari et ses dérivées. Image de Ayiminanzé avec son aimable autorisation.
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