- L’UICN reclasse 11 espèces de mammifères originaires de l’Afrique du Sud, de l'Eswatini et du Lesotho dans des catégories de menace plus élevées, à cause de la dégradation de leur statut de conservation.
- Les espèces déclassées jouent des rôles écologiques importants tels que la dispersion des graines, la régulation des insectes ou encore la création d’habitats pour d’autres espèces.
- Avec 42 % des mammifères endémiques menacés d’extinction et 20 % des mammifères globalement menacés, la région joue un rôle clé dans la survie des espèces qui n’existent pas ailleurs.
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a reclassé cinq espèces de chauves-souris, quatre rongeurs, un primate nocturne et un cochon de terre de la catégorie « Préoccupation mineure » à « Quasi menacée », dans sa Liste rouge régionale 2025 couvrant l’Afrique du Sud, l’Eswatini et le Lesotho. Réalisée par l’ONG Endangered Wildlife Trust et le South African National Biodiversity Institute en collaboration avec 163 experts, cette évaluation a été rendue publique le 21 janvier 2026.
Les cinq espèces de chauves-souris reclassées sont : la roussette paillée africaine (Eidolon helvum), la chauve-souris fer-à-cheval de Damara (Rhinolophus damarensis), la chauve-souris fer-à-cheval de Dent (Rhinolophus denti), la chauve-souris à grandes oreilles (Otomops martiensseni) et la chauve-souris velue de Lesueur (Cistugo lesueuri). Leur reclassement, selon le rapport, est principalement lié à la perte et à la fragmentation de leurs habitats, à la perturbation de leurs sites de repos et à leur plus grande vulnérabilité au changement climatique. Ces espèces jouent un rôle écologique clé dans le fonctionnement des écosystèmes. Les chauves-souris frugivores contribuent à la dispersion des graines et à la régénération des forêts, tandis que les chauves-souris insectivores assurent la régulation des populations d’insectes, y compris de ravageurs agricoles.

Les rongeurs reclassés sont le rat hérissé africain (Dasymys incomtus), le rat des vlei stratifié (Otomys laminatus), le rat-taupe des dunes du Namaqualand (Bathyergus janetta) et le rat du désert de Woosnam (Woosnamys spp.). Leur déclin est lié à la transformation des zones humides, à la dégradation des sols et à l’intensification des événements climatiques extrêmes.
Ces espèces facilitent l’aération des sols, le recyclage de la matière organique et ont une fonction de proies, essentielle pour de nombreux prédateurs.
Le primate nocturne figurant sur la liste est le galago à queue épaisse (Otolemur crassicaudatus). Il l’a été en raison de l’expansion de l’agriculture, de l’urbanisation et des infrastructures, combinée au changement climatique. Ces phénomènes fragilisent les habitats arborés dont dépend ce primate, qui participe à la dispersion des graines et joue un rôle clé dans la chaîne alimentaire des forêts, à la fois comme consommateur et comme proie.
Enfin, le cochon de terre (Orycteropus afer) est désormais considéré comme étant plus menacé. En creusant des terriers utilisés par de nombreuses autres espèces, il joue un rôle important dans les écosystèmes. Les sécheresses, la perte d’habitat et les activités humaines contribuent à son déclin, avec des effets possibles sur les espèces qui dépendent de ses terriers.
À l’inverse, le zèbre de montagne de Hartmann (Equus zebra hartmannae) a été reclassé de la catégorie « Vulnérable » à la catégorie « Quasi menacée » supérieure, en raison d’une augmentation réelle de ses effectifs. Grand herbivore, il contribue à limiter l’envahissement des prairies par les arbustes, permettant à de nombreuses autres espèces de vivre dans ces milieux.
Une zone de risque, un signal clair
Michel Pierre Dongmo est biologiste de la conservation au Cameroun. Il pense que la mise à jour de la liste des espèces menacées est un signal clair. « Il faut agir. Le passage de 11 espèces de mammifères du statut de préoccupation mineure à celui de quasi menacées montre que des espèces encore récemment considérées comme relativement stables entrent désormais dans une zone de risque », dit-il à Mongabay au téléphone. Il ajoute que « cette évolution est d’autant plus préoccupante que ces espèces assurent des rôles écologiques importants pour la protection de la biodiversité et la survie de nombreuses autres espèces ».

Sur les 336 espèces de mammifères évaluées, 67 sont endémiques de la région Afrique du Sud–Eswatini–Lesotho. 42 % de ces espèces endémiques sont menacées d’extinction, ce qui confère à la région une responsabilité majeure, non seulement pour la survie de ces espèces, mais aussi pour le maintien des fonctions écologiques essentielles qu’elles assurent au sein des écosystèmes régionaux.
La Liste rouge des espèces menacées de l’UICN est un inventaire sur le risque d’extinction des espèces animales, végétales et fongiques. Elle classe les espèces en 9 catégories, allant de la catégorie « Préoccupation mineure » à la catégorie « Éteinte », sur la base de critères scientifiques. Elle fournit aussi des informations sur les menaces, les habitats et les besoins de conservation, afin d’orienter les politiques publiques et les actions de protection.
Image de bannière : Chauve-souris frugivore jaune paille (Eidolon helvum) dans le district de Karongi au Rwanda. Photo de Jan Vršovský via Wikimedia Commons (CC BY-NC-ND 2.0).
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