- En 2016, l’Union internationale pour la conservation de la nature a classé le perroquet gris d’Afrique, présent en grand nombre en RDC, sur la liste des espèces interdites de commerce.
- La demande de cet oiseau avait explosé de manière inquiétante, près de 90 % de l’offre venant de la seule RDC.
- Mais la RDC, qui avait émis une réserve quant à cette mesure, ce qui a permis de continuer le trafic de l’espèce avant de l’interrompre officiellement, tarde à dresser un inventaire exhaustif, condition cruciale d’une exploitation durable de l’espèce.
Dans les aires protégées du centre et du nord de la République démocratique du Congo (RDC), d’après les experts congolais de la conservation à l’instar de John Hart de la Fondation Lukuru, qui réhabilite les animaux victimes de braconnages, l’indice des populations des perroquets gris (Psittacus erithacus) décline. Il atteint 36 % entre 2016 et 2021, conformément aux patrouilles menées dans le secteur de Lomami Luidjo, toujours dans le Maniema.
L’espoir d’une exploitation durable, quant à lui, s’éloigne un peu plus chaque année, alors que la fraude semble se trouver de nouveaux leviers d’actions.
Le déclin de la population des perroquets gris est lié aux captures effrénées ayant pris de l’ampleur depuis 2012. Cette situation est due sans doute à un déficit de surveillance aux frontières et d’une administration parfois empêtrée dans la fraude impliquant souvent des agents de la CITES (Convention sur le Commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction).
Ainsi, par exemple, le 16 août 2023, le Département d’État des Etats-Unis d’Amérique a interdit de séjour sur son territoire, trois fonctionnaires congolais « pour des faits de corruption importants ». Il les accuse de trafic des chimpanzés, de gorilles, d’okapis et d’autres espèces animales. Ces personnes sont Cosma Wilungula Balongelwa, ancien chef de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), Léonard Muamba Kanda, l’ancien chef de l’Autorité de gestion de la CITES RDC et directeur de l’ICCN, et le conseiller juridique de l’ICCN, Augustin Ngumbi Amuri.
Par ailleurs, l’ancien directeur-coordonnateur de la CITES, Augustin Ngumbi Amuri, était engagé dans une bataille administrative contre la ministre de l’Environnement, Eve Bazaiba, entre août et septembre 2023, dans une affaire de compétence au sujet des autorisations de commercialisation des espèces fauniques et floristiques menacées d’extinction.
Le 16 août 2023, la ministre Bazaiba avait désigné un autre gestionnaire à sa place et placé son organe sous la gestion de son ministère. Le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative congolaise, avait par la suite annulé la décision de la ministre et rétabli le fonctionnaire dans ses droits.
D’après le média congolais 7sur7.cd, de 1973 à 2016, la direction du ministère chargée de la conservation de la nature (DCN) a géré la CITES. Il note aussi que la CITES avait placé l’organe congolais sur la liste noire pour bradage des espèces protégées opéré durant cette période.

Une tentative de réglementations locales
Kindu est à la lisière de l’immense forêt équatoriale congolaise, vers le nord, et donne accès aux espèces qui fréquentent cette dernière, à la savane s’étendant vers le sud et l’Est de la RDC. C’est aussi un point de relai entre le chemin de fer qui part de Lubumbashi et la voie fluviale conduisant à Kisangani.
Les tentatives de contrôle du commerce des perroquets gris dans le pays ont été inefficaces, compromises ou même enfreintes à ce jour, d’après l’observation des experts de l’ICCN et de la Fondation Lukuru, suivant la documentation consultée par Mongabay.
Aussi les autorités congolaises, à travers l’ICCN qui sert de pont avec l’UICN, entendent-elles, en faire un pôle d’une gestion durable des ressources naturelles comme le bois. Mais, Kisangani a vu se succéder de nombreuses initiatives ayant produit peu d’effets dans ce sens. La CITES RDC entend sensibiliser les populations sur l’importance de la protection des espèces fauniques en danger comme les perroquets gris, d’après l’analyse de son chef, Jeff Mapilanga. Mais, dans les faits, les actions concrètes manquent ou tardent à venir.
L’urgence, pour l’UICN, c’est que le gouvernement congolais réalise un inventaire exhaustif des perroquets. Mais, cet inventaire se fait toujours désirer. Faute d’actions concrètes rapides depuis 2016, l’inscription des perroquets à l’Annexe I de la CITES a été compromise, pense John Hart, responsable de la Fondation Lukuru. D’abord, par la réserve émise par la RDC, qui a fait que le trafic pouvait continuer, et par le long délai d’attente ayant permis aux fraudeurs de trouver des leviers d’actions.
« Nous remarquons pour le moment que se manifeste une volonté de régler cette question, fait observer Adams Cassinga. C’est pourquoi on veut mettre pression pour que cela change et que ces animaux-là soient protégés convenablement ».
Pour Terese Hart de la Fondation Lukuru, la RDC doit clarifier le statut de protection du perroquet gris, puisqu’à ce jour, alors que cet oiseau est sous protection, il peut être quand-même commercialisé. Une protection totale devrait permettre de lever ce flou, selon les experts.
Toutefois, avec l’implication des défenseurs du perroquet gris, l’ancienne ministre de l’Environnement, Eve Bazaïba, a signé un arrêté (n°056 du 31 juillet 2025), qui le place sous le statut de « protection totale ». L’arrêté empêche de ce fait le harcèlement, la capture, la commercialisation, le transport, la vente ou l’exportation de l’oiseau (article 2), sauf en cas d’autorisation expresse (article 4) du ministère et pour des raisons non-commerciales précises, notamment pour des raisons de recherche ou de domestication.

Les conditions d’une exploitation durable
L’autre défi qui persiste, malgré cette avancée, tient aux disparités entre la législation nationale et les décisions de la CITES. Les réglementations prises jusqu’à cette loi, qui sont d’ordre conservatoire ou presque, sont jugées comme ayant très peu d’effets sur l’exploitation.
En clair, l’initiative de la province du Maniema pour une loi locale censée mettre de l’ordre dans le secteur n’a pas évolué. Ce projet envisage, pourtant, entre autres, l’établissement des aires protégées sous le modèle des Concessions forestières des communautés locales (CFCL). Ces dernières permettent aux habitants d’assurer une gestion durable des ressources locales.
Nos efforts pour joindre le ministre provincial de l’environnement du Maniema n’ont pas abouti.
Toutefois, dans le cadre de cette loi provinciale du Maniema, les députés ont buté sur « des dissensions à l’assemblée provinciale ». Ces mésententes lors des procédures sur fond de destitution du gouverneur de province en 2024, ont bloqué l’examen de la loi, entraînant la paralysie du parlement pendant environ deux mois, jusqu’à ce que le ministre de l’Intérieur en suspende les activités. La loi n’a pas pu évoluer dans ce contexte.
Pour Adams Cassinga, l’exploitation durable des perroquets gris passe obligatoirement par le dénombrement de leur population. « Tu ne peux pas vendre ce que tu ne connais pas. La RDC doit d’abord faire l’inventaire de tous ses perroquets. On doit savoir combien de ces oiseaux on a de ces milieux naturels », explique Cassinga.
Il pense également que les procédures d’exportations définies par la CITES doivent être respectées, contrairement aux pratiques courantes.
Depuis septembre 2022, la protection a reçu 160 oiseaux et en a libéré 62. Les initiatives comme le Projet de protection des perroquets de Maniema permet de réhabiliter et de libérer les perroquets confisqués.
Elle contribue aussi à renforcer le statut des perroquets et des lois, ainsi que la surveillance des zones d’habitation de ces oiseaux.
Image de bannière : Perroquet gris d’Afrique (Psittacus erithacus). Image de Lucy Keith-Diagne via Wikimédia Commons (CC BY 4.0).
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