- Les perroquets gris d’Afrique continuent d’être vendus en République démocratique du Congo, frauduleusement, malgré l’interdiction de tout trafic par l’Union internationale pour la conservation de la nature.
- La convention sur la protection des espèces en risque d’extinction a estimé, en 2016, que le trafic de cet oiseau, dont la demande est croissante, était en danger.
- La RDC a été invitée à dresser un inventaire exhaustif de la population de cette espèce. Sept ans environ après, l’attente se prolonge.
- L’une des principales destinations des perroquets gris d’Afrique est la péninsule arabique.
Début juillet 2025, les autorités de la province du Maniema, située au centre-est de la République démocratique du Congo (RDC), ont capturé 35 perroquets (Psittacus erithacus) illégalement chassés sur l’île de Kituhu, dans le territoire de Ubundu, province de Maniema. Ces oiseaux ont été remis au zoo de Kindu, pour leur réhabilitation, avant d’être relâchés dans la nature.
Mongabay a pu établir, grâce aux témoignages et preuves (notamment par vidéos) dans le Sankuru et la Tshopo, que le trafic de perroquets continue en RDC.
Selon le coordonnateur de l’ONG Conserv Congo, Adams Cassinga, malgré le moratoire, « les soi-disant commerçants de la faune de la RDC continuent, jusqu’à aujourd’hui [2024, Ndlr], à exporter illicitement au moins 12000 perroquets chaque année ».
Les perroquets gris d’Afrique sont reclassés de l’annexe II à l’annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages en voie d’extinction (CITES) en 2016, en raison de la crainte d’extinction de l’espèce, alors que les exportations augmentent. Par conséquent, le quota de commercialisation de cette espèce est passé de 3000-5000 espèces à zéro, soit l’interdiction totale de trafic.
Le gouvernement congolais doit en plus enquêter sur la population de ces oiseaux avant toute reprise de l’exploitation. Mais Kinshasa exprime une réserve, initialement appuyée par l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, deux pays qui constituent la principale destination de ces oiseaux. Or, par la suite, ces pays ont retiré leur soutien à Kinshasa.
Jusqu’en novembre 2023, Terese Hart, qui organise un sanctuaire pour la restauration des oiseaux confisqués dans le Maniema, explique dans un courriel à Mongabay, qu’« aucune étude n’a été faite ». « Le perroquet gris d’Afrique, d’après les informations reçues, continue d’être trafiqué », assure Hart. C’est pourtant une condition pour le retrait du perroquet gris de la RDC de la liste des espèces totalement interdites de commercialisation.
Joint au téléphone, Jeff Mapilanga, qui est responsable de la CITES à l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), en RDC, a confirmé à Mongabay que le trafic des perroquets est suspendu en attendant leur inventaire. Mais il n’a pas voulu commenter la question du trafic frauduleux qui continue.
Or, le 18 mars 2024, le gouverneur intérimaire de la province du Maniema a signé une autorisation d’exportation de 400 perroquets gris capturés dans la province, officiellement en faveur de l’ONG Association des exploitants des perroquets, dans le but d’évacuer son stock constitué avant l’interdiction.
« Conscients de l’existence de la décision interdisant l’exploitation de ces perroquets, ces exploitants illégaux avaient sollicité et obtenu du gouverneur, à partir du 2 octobre 2023, le moratoire de trois mois, afin d’évacuer 500 perroquets qu’ils prétendaient avoir dans leurs volières. Ces trois mois avaient expiré le 2 janvier 2024. Curieusement, en date du 16 mars 2024, le même gouverneur a encore accordé un autre moratoire de trois mois permettant à ces exploitants d’évacuer, cette fois-ci, 400 perroquets. [C’est] au motif que dans la période du premier moratoire, ils avaient évacué 100 perroquets sur les 500 », explique Stéphane Kamundala, président du Cadre de concertation de la société civile du Maniema.
Lors de la première dérogation, l’association avait évacué plus de 500 oiseaux, indique la même source.

Des ressortissants chinois et libanais, trafiquants de perroquets gris
Au cours de la dernière décennie, Kindu, capitale provinciale du Maniema, et Kisangani dans la province de Tshopo, plus au nord, sont devenus des pôles majeurs du trafic frauduleux et illégal des perroquets gris d’Afrique (Psittacus erithacus). Mais les captures des perroquets ont aussi lieu dans les provinces du Lualaba, de Tshuapa et de Sankuru, autour de Lodja, hors des aires protégées.
D’après une présentation de John Hart de la Fondation Lukuru, en collaboration avec des experts de l’ICCN, 68542 perroquets gris ont été transférés de Kisangani à Kinshasa, principale plaque-tournante du trafic de l’espèce, entre 2017 et 2022. Sur ce total, 53113 oiseaux ont été identifiés comme provenant du Maniema, en interrogeant les trafiquants.
Les patrouilles menées dans le secteur de Lomami Luidjo, dans le Maniema, l’indice des populations des perroquets décline jusqu’à 36 % entre 2016 et 2021, indique le même document. Les captures, dans le Parc de Lomami ont cessé, depuis 2012, selon les experts.
En baisse aujourd’hui et officiellement interdit, le trafic des perroquets a connu un pic entre 2005 et 2014, classant la RDC parmi les 8 pays africains responsables de 97 % des exportations africaines de l’espèce.
D’après le rapport mondial sur le crime 2024, les saisies des perroquets et cacatoès représentent 4 % des espèces répertoriées entre 2015 et 2021. Cela représente 2 % des espèces menacées, aux côtés des rhinocéros (29 %) et pangolins (28 %), parmi les plus touchés. Singapour apparaît, à la lumière de l’étude de Poole et Shepherd, comme une destination majeure du perroquet gris, depuis 35 pays. Singapour est aussi présenté comme le point de départ de près de la moitié de ces oiseaux vers 37 autres pays, à travers le monde, indique la même étude. Cette dernière note aussi que la RDC a exporté 86700 de ces oiseaux vers 29 pays entre 2005 et 2014.

D’après les sources de Mongabay à Lodja et à Kisangani, des ressortissants libanais et chinois, qui travaillent dans les mines, infrastructures et exploitations forestières, ont intégré le trafic de perroquets.
En mars 2023, Héritier Mpo Dianba de l’ONG APPACOL-RN (Action pour la promotion des peuples autochtones et communautés locales pour la promotion des ressources naturelles), rapportait à Mongabay que l’augmentation des contrôles, dans le Maniema, a permis la déportation du trafic dans les régions voisines comme Lodja dans le Sankuru où, depuis 2023, le braconnage est en hausse. À titre indicatif, le service de monitoring de l’APPACOL-RN rapporte 1 723 oiseaux recensés autour de quatre dates comprises entre le 3 et le 19 février 2024.
La province de l’Ituri, au nord-est de la RDC où sévissent des groupes armés depuis des décennies d’après la même source, en compte 334 sur ce total, et 1 071 proviennent du Maniema.
Or, le Maniema est officiellement sous un régime d’interdiction totale d’exportation de l’espèce, et c’est censé être le cas pour toute la RDC en vertu de l’inscription du perroquet gris à l’Annexe II de la CITES, qui en avait limité le quota d’exportation à 5000 à l’excès, puis à l’Annexe II.
Une demande mondiale persistante
Les captures intensives ont lieu chaque année, entre juin et août, lorsque les arbres produisent les fruits qui attirent plus d’oiseaux, explique Papy Matoandayi, un formateur de grimpeurs situé à 125 km de Kisangani.
Les grimpeurs posent leurs pièges dans les cimes des arbres, notamment au moyen des glues extraites des lianes sauvages. Parfois, ils ramassent de petits perroquets gris sur leurs nids, dans les zones reculées des territoires Isangi, Basoko, Banalia et Ubundu, assure l’écologiste Emmanuel Boselo, formé à l’université de Kisangani.
Dans cette dernière ville, le prix de l’oiseau varie entre 75 et 100 USD, assure Boselo. Dans les localités du Maniema, en revanche, ils vont de 6 USD à 30 USD, pour la capture.
Ces captures sont tirées par une demande internationale croissante. Aux Émirats arabes unis, par exemple, un perroquet gris d’Afrique coûte jusqu’à 5500 EAD, soit environ 1500 USD, d’après certaines plateformes de vente en ligne.
Des centres de capture de perroquets, les cargaisons souvent surchargées, arrivées dans la capitale Kinshasa par voies aérienne et fluviale sont obligées de prendre les routes internationales. Mais plusieurs oiseaux ne survivent pas à leur arrivée à Kinshasa, à cause de la faible aération dans les soutes d’avion ou sur les bateaux de fortune, surchargés. La mortalité atteint parfois 70 % de perroquets capturés, soit 175000 à 260 000 oiseaux, sur les 86 000 expédiés de Kisangani, entre 2016 et 2022. Cela représente environ 12 286 perroquets morts chaque année, d’après le document des experts congolais présenté au congrès de Kigali en 2023.
Pour le défenseur de l’environnement, Jean-Claude Sefu, au sein de l’ONG SOCEARUCO, les trafiquants ont souvent opéré avec la bénédiction de certaines autorités, avant l’accalmie actuelle. « Ils achetaient les perroquets à vil prix. Parfois, explique-t-il, eux-mêmes entraient dans la forêt et choisissaient eux-mêmes les espèces. C’était une situation catastrophique ».
Il est en revanche difficile de retracer dûment le parcours des cargaisons, qui passent parfois par des voies surveillées comme les voies aériennes. Un registre d’un aérodrome du Sankuru, que Mongabay a consulté, se limite, en effet, à noter les prénoms ou noms simples, sans autre possibilité d’identification d’expéditeurs et de destinataires des convois. « Les actions punitives sont faibles envers les trafiquants », disait Héritier Mpo Diamba, en 2024.

Kasuku, le sacré oiseau parleur
Sur le plan culturel, en revanche, le trafic des perroquets bouscule les traditions. Kasuku, le perroquet en swahili, a une place dans la culture locale, précisément dans la chefferie de Matapa. En langue kusu, parlée dans cette chefferie, koso veut dire « parleur ». L’oiseau parle, « les gens l’écoutent », explique le site Bonobo in Congo.
La commercialisation de cet oiseau quelque peu sacré remonte à la décennie 1980. A l’époque, un oiseau valait 1 zaïre, soit environ 2 USD en amont, et 50 zaïres à Lubumbashi, soit 100 USD. L’Afrique du Sud était l’une des destinations importantes. Mais tout cela a changé.
Le point de basculement arrive à la suite de la guerre, qui conduit Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, en 1997, après l’évincement du président Mobutu. La demande va s’amplifier dans la décennie suivante, notamment à la faveur de l’instabilité politique et de la déstructuration de l’administration environnementale. Si la destination de ces oiseaux est presque identifiable, la péninsule arabique notamment, les personnes à la base des captures dans la nature congolaise restent peu connues.
En raison des renforcements de la surveillance, Adams Cassinga et son ONG Conserv Congo croient avoir identifié une méthode de contournement de l’interdiction qu’appliquent les braconniers. En passant par Lubumbashi ou les pays limitrophes du sud-est de la RDC comme l’Ouganda et la Zambie, les perroquets gris capturés en RDC sont parfois conduits en Afrique du Sud, où ils sont associés aux mêmes oiseaux élevés en captivité.
C’est dans ce cadre que la ministre de l’Environnement, Eve Bazaiba, a signé, le 31 juillet 2025, un arrêté interdisant toute capture, toute détention ou toute commercialisation du perroquet gris d’Afrique. Cette interdiction a été précédée par celle prise par les autorités de la province de Tshopo, dans le nord de la RDC, dont Kisangani est la principale plaque-tournante.
Dans cette ville, l’ICCN a construit un Centre conservation des perroquets dans l’enceinte du jardin zoologique, selon Gentil Kisangani, directeur provincial de l’ICCN. « La volière et les cages de ce zoo ont reçus, deux mois après, jusqu’en août, 50 oiseaux en danger, repris aux trafiquants illégaux. Mais il manque des moyens à ce centre, notamment pour récupérer des oiseaux en danger. Cela cause plusieurs décès d’oiseaux », explique Kisangani. « On a un défi de collaboration avec certains services étatiques qui ne comprennent pas encore. Mais nous sommes toujours en train de les sensibiliser. Ils vont comprendre ».
Kisangani pense que si la population est sensibilisée, elle deviendra elle-même protectrice des perroquets dans la gestion, pour une exploitation durable.
Cet article a bénéficié de la contribution de Saïbe Kabila.
Image de bannière : La principale destination des perroquets gris d’Afrique trafiqués est la péninsule arabique. Image de Robert01 via Wikimédia Commons (CC BY-SA 3.0).
Citations :
John A. Hart et al. (2023). Can a bottom up approach bring an end to DR Congo’s uncontrolled and unsustainable trade in Grey Parrots ? International congress for conservation biology, ICCB, Kigali.
Poole, C.M. et Shepherd, C.R. (2017). « Shades of grey: the legal trade in CITES-listed birds in Singapore, notably the globally threatened African grey parrot Psittacus erithacus », Oryx, [En ligne], URL : https://www.cambridge.org/core/journals/oryx/article/shades-of-grey-the-legal-trade-in-citeslisted-birds-in-singapore-notably-the-globally-threatened-african-grey-parrot-psittacus-erithacus/96D75CEF54B8F61819D37144EEB126D2
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