- Une espèce de ver de terre géant a été découverte sur l’archipel de Nosy Be, dans le Nord-Ouest de Madagascar.
- Nommé Kynotus insularis sp. nov., le nouvel invertébré terrestre découvert par trois biologistes – un Hongrois, une Malgache et un Sud-Coréen –, appartient à la famille de Kynotidae, endémique de Madagascar.
ANTANANARIVO, Madagascar — Une espèce de ver de terre géant a été découverte sur l’archipel de Nosy Be, dans le Nord-Ouest de Madagascar.
Invertébré vivant dans des zones fortement façonnées par l’activité humaine, l’animal a été décrit dans une publication parue le 29 juillet 2026, dans ZooKeys.
Nommé Kynotus insularis sp. nov., le nouvel invertébré terrestre découvert par trois biologistes – un Hongrois, une Malgache et un Sud-Coréen –, appartient à la famille de Kynotidae, endémique de Madagascar, qui, avec le nouveau venu, compte 23 espèces du genre Kynotus identifiées.
Mesurant environ 80 centimètres de long et 15,5 à 17,5 centimètres de diamètre, il n’est pourtant pas le plus grand ver de terre de l’île. La K. giganteus, – qui mesure moins de 3 mètres de long, découverte en 2011, à Farafangana (côte sud-est malgache) – détient jusqu’ici le record national.
« Des expéditions à Morondava (centre ouest, Ndlr) et à Nosy Be, en février-mars 2026, ont abouti à la découverte de la nouvelle espèce », a dit à Mongabay, dans une interview en ligne, la co-auteure de l’étude, Dr Malalatiana Razafindrakoto, chercheuse au Laboratoire des radioisotopes à l’université d’Antananarivo.

Par les mêmes occasions, les scientifiques ont aussi redécouvert l’espèce de ver de terre appelée K. darwinii, dont la dernière collecte des échantillons sur le terrain remonte à la fin du 19e siècle.
Surnommés aussi ingénieurs du sol, les vers de terre jouent des rôles écologiques vitaux, non seulement pour le sol mais aussi pour la planète entière.
Ils participent à la structuration et à la texture du sol tout en améliorant ses propriétés physiques, grâce aux systèmes d’aération et de filtration d’eau favorisés par les galeries qu’ils creusent.
L’enrichissement des nutriments du sol par l’accroissement de la teneur en phosphore apporté par leurs excréments, parmi les mécanismes essentiels au développement des plantes, est l’une des vertus reconnues à ces éléments de la mégafaune du sol.
« Les paysans ont des connaissances empiriques des rôles des vers de terre. Mais c’est à la science d’apporter des preuves et de suggérer les techniques à appliquer, afin d’améliorer les rendements agricoles et, donc, les conditions de vie des habitants », a expliqué Dr Razafindrakoto.
Beaucoup d’autres avantages sont aussi associés à ces invertébrés : le développement de l’agriculture biologique par le recours aux lombricomposts pour le bien du consommateur à la lumière de l’approche One Health, la séquestration de carbone, etc.
De plus, les vers de terre naturalisés sont utilisés pour l’intensification écologique par l’inoculation des parcelles, afin d’améliorer la qualité du sol au profit de la durabilité des écosystèmes et de leur résilience.
Pourtant, la manipulation des espèces endémiques de grande taille s’avère difficile, alors qu’elles sont souvent présentes dans des espaces restreints.
Les ingénieurs du sol sont sensibles aux produits chimiques comme les pesticides et les herbicides, dont l’usage est malheureusement populaire chez les agriculteurs à Madagascar.
Mais le plus grand danger reste la déforestation. « Les alluvions transportées par les torrents pourraient charrier avec elles des gènes qui disparaîtront à jamais au fond de l’océan, alors que nous n’avons pas encore eu le temps de faire leur connaissance », a dit Dr Razafindrakoto.

Aider à améliorer leur production agricole
La chercheuse joue l’accélérateur de l’évolution des connaissances poussées des vers de terre à Madagascar. Taxonomiste, spécialisée dans l’écologie des sols, elle est la première chercheuse et la seule étudiant les vers de terre de la Grande île.
La thèse soutenue en 2012, dont la réalisation a bénéficié du soutien de l’Office français de la biodiversité (OFB), a été pour elle une étape vers une entreprise scientifique exclusivement concentrée sur ces invertébrés terrestres, afin de les identifier au profit de la population malgache pauvre à plus de 75 %.
Son objectif est de fournir des moyens faciles à mettre en œuvre, c’est-à-dire innovants et peu coûteux, aux petits agriculteurs dans le but d’améliorer leur production agricole, tout en préservant la biodiversité.
« Madagascar est réputé pour sa biodiversité [5 % de la biodiversité mondiale, Ndlr]. Son sol a aussi un taux d’endémisme élevé. Les Malgaches doivent être fiers de la richesse de la biodiversité de leur sol et protéger celle-ci contre les agissements destructeurs perpétrés par les autres. Au moins, les habitants clament que leur patrie se drape d’une beauté exceptionnelle », dit Dr Razafindrakoto.
Des espèces nouvelles se révèleront sûrement au cours des prochaines années. Le vaste territoire du pays est encore faiblement exploré à ce stade.
Image de bannière : Riches en phosphore, les excréments des vers de terre améliorent la qualité du sol au profit de la durabilité des écosystèmes et de leur résilience. Image fournie par Dr Malalatiana Razafindrakoto.
Citation :
Csuzdi, C., Razafindrakoto, M., Hong, Y. (2026). A new and interesting earthworm species from Madagascar (Crassiclitellata, Kynotidae) with an updated key to the Kynotus Michelsen, 1891 species. ZooKeys 1286: 251–263. https://doi.org/10.3897/zookeys.1286.196760
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