- Nosy Tanihely (ou Tanikely) est un bout de terre à peine visible sur la carte, faisant partie de l’archipel de Nosy Be, à proximité de la côte nord-ouest de Madagascar.
- Le Nosy Tanikely National Park est parmi les six aires marines protégées dans le monde labélisées Blue Parks lors de la onzième conférence mondiale sur l’océan tenue à Mombasa, au Kenya, du 16 au 18 juin 2026.
- Le soin que son gestionnaire accorde à ce parc de taille réduite s’apparente au geste que chaque humain manifeste à l’égard de la prunelle de ses yeux.
- Le petit parc bleu malgache est au cœur des enjeux majeurs dont les pollutions à grande échelle, le changement climatique et un projet d’extraction des terres rares sur la terre ferme, à proximité du parc marin.
NOSY BE, Madagascar — Grande comme quatorze terrains de foot réunis, la Nosy Tanihely (Ile de la Petite terre) forme un îlot à peine visible sur la carte. Un espace marin d’environ 330 hectares le ceinture pour former le Nosy Tanikely National Park, en face de la baie d’Ampasindava à Ambanja, où un gisement des terres rares entre les mains de la multinationale Harena Resources est à la veille de sa phase d’exploitation.
Le petit parc se trouve à l’extrême nord du Canal de Mozambique en intégrant l’archipel de Nosy Be (Grande île), appelée aussi « Ile aux parfums », dans le Nord-Ouest de Madagascar. Il s’agit d’une zone appartenant à la Grande Muraille Bleue qui concentre à elle seule 80 % de la biodiversité marine mondiale, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Lors de la dernière conférence mondiale sur l’océan tenue à Mombasa, au Kenya, du 16 au 18 juin 2026, l’aire marine protégée (AMP) malgache a reçu de Marine Conservation Institute, basé aux Etats-Unis, la médaille d’or du Blue Park Awards 2026 – aux côtés des deux autres à Madagascar, une au Sénégal, une au Canada et une au Chili – pour couronner le travail acharné en sa faveur.
Plus de 6 000 participants issus de différents horizons aux quatre coins du globe ont fait le déplacement à l’occasion de ce sommet mondial dédié à la conservation de l’océan face aux enjeux actuels et futurs. Un message de taille retentit alors derrière le choix de ces six parcs bleus ayant chacun leur spécificité.
Ils présentent quand même des points communs. L’un des plus importants est qu’ils sont sur la trajectoire de l’objectif de protection de 30 % des terres et des océans et d’autres mesures de conservation efficaces par zone d’ici à 2030 (« 30×30 »), comme l’établit le projet de cible 3 du Cadre mondial pour la biodiversité de la Convention sur la diversité biologique.

À son bureau à Hell-Ville, la principale agglomération de Nosy Be, la directrice du parc, Landisoa Randimbison, a dit à Mongabay d’un ton calme que « le parc Nosy Tanihely est la seule aire protégée autofinancée dans tout Madagascar ».
Avec environ 120 000 habitants, l’archipel de Nosy Be est une destination touristique mondialement connue, qui attire chaque année environ 300 000 visiteurs nationaux et internationaux.
Mais l’AMP Nosy Tanihely se hisse au rang des sites parmi les plus prisés grâce à ses fonds marins et sa biodiversité exceptionnelle. « C’est l’endroit idéal si c’est pour observer et côtoyer les animaux marins », a avoué un vacancier venu d’Antananarivo, rencontré par Mongabay sur le terrain vers la fin de la matinée du 2 juillet 2026.
Les fonds du parc bleu, riches en herbiers et en coraux, sont propices à la reproduction de la population marine. La biomasse y est estimée à 1 255,85 tonnes au kilomètre carré, classant le parc en deuxième position de biomasse marine après l’Indonésie et avant la Papouasie, selon des études menées par des experts en 2007-2008.

Un véritable sanctuaire de la nature
Le parc bleu abrite la plus grande représentation d’espèces marines de l’archipel de Nosy Be. Sur le site, évoluent 150 espèces de poissons, 106 espèces de coraux, 80 espèces d’invertébrés marins, six espèces d’herbiers marins, deux espèces de tortue marine et bien d’autres encore. Un véritable sanctuaire de la nature.
S’ajoute à la spécificité de la Tanihely, la présence de deux espèces de lémuriens, sûrement introduites par le passé, et de dizaines d’espèces d’animaux et de plantes terrestres. Un autel ancestral y conserve toute sa sacralité pour les autochtones qui y viennent en pirogues de temps à autre pour honorer la tradition.
Le phare construit en 1908, toujours opérationnel, sur le sommet de l’îlot, en rajoute à son charme pour émerveiller les quelque 48 000 visiteurs du site par an, à 80 % des étrangers, surtout occidentaux. Ceux-ci s’y rendent pour les sorties en mer, les baignades, les plongées sous-marines, le snorkeling, les pique-niques et la découverte. Pouvoir nager aux côtés des tortues et des requins inoffensifs en pleine mer est un moment magique pour les amoureux de la nature.
Les visiteurs, désirant mettre pied à terre dans le parc marin, doivent, depuis 2025, procéder à la réservation en ligne sous peine d’être refoulés à l’entrée, surtout durant la période de grande affluence, en juillet-août. « Après étude, la capacité de charge journalière du site est limitée à 300 visiteurs », a indiqué Randimbison.
Sur le terrain, l’équipe sous la supervision de la biologiste Rebecca Fanomezantsoa, cheffe du volet opération chez Nosy Tanikely National Park, s’occupe des visiteurs. Le moindre geste non conforme aux règlementations, poliment indiquées à l’accueil, est vite rappelé à l’ordre pour le bien du site. Il est interdit de ramasser même un coquillage mort sur la plage.

Le trajet pour aller au parc s’effectue en une quinzaine de minutes de navigation rapide. Tous les jours, le personnel du parc débarque à bord d’embarcation motorisée vers 7 heures et demie pour quitter le lieu à 16 heures.
Au-delà de cette heure, personne ne doit rester sur l’îlot sauf les agents chargés de sécuriser le parc contre toute intrusion clandestine. Il est en effet placé sous surveillance policière jour et nuit. Autant dire que c’est tenir comme à la prunelle de ses yeux.
La structure de gestion du parc est conjointement assurée par l’agence paraétatique Madagascar National Parks, l’Office régional du tourisme de Nosy Be et la commune urbaine de Nosy Be, afin de faciliter l’implication effective de la communauté – connectée au site par la mer – et de tous les autres acteurs, la communauté des touristes notamment.
Une telle approche s’avère des plus indispensables. L’essor de l’industrie du tourisme sur l’archipel de Nosy Be est tel que la surpêche menace les stocks de poissons. Ceux-ci auraient bien pu s’épuiser rapidement sans la mesure de conservation. Les récifs coralliens sont des lieux de reproduction par excellence pour les poissons.
« Notre avenir serait compromis s’ils ont laissé libre la pêche autour de Tanihely », a affirmé Roger Joma, président de la Fédération des pêcheurs de Nosy Be, qui compte 81 associations avec environ 3 400 membres. « Le but est de mutualiser les intérêts, même si les pêcheurs ne forment pas une communauté riveraine immédiate du parc », a dit Randimbison.
Pour mieux avoir l’adhésion des pêcheurs, ils sont sensibilisés à la législation et à l’environnement par-delà la dotation d’équipements divers, l’organisation des formations en gestion financière simplifiée et des visites d’échange dans d’autres régions, afin de pouvoir observer et voir les impacts de la conservation.
En revanche, ces mêmes pêcheurs seraient réfractaires à tout éventuel projet d’extension de la superficie du parc Tanihely, pour compenser sa petite taille. « Les zones de pêche autorisées se rétrécissent constamment, car la création d’AMP continue autour de nous, alors que de nouveaux pêcheurs arrivent pour grossir les rangs », a dit Joma.

Pollutions plastiques
À Nosy Be, les pollutions donnent du fil à retordre aux environnementalistes. Les déchets plastiques charriés par les courants parviennent jusqu’à l’îlot Tanihely. Pour s’en débarrasser au profit de la propreté de la plage, le personnel du parc a le devoir de les ramasser chaque matin.
« Nous trouvons toujours au cours des plongées des animaux piégés dans des plastiques », a dit à Mongabay, à son bureau, Dr Jean-Charles Lope, directeur adjoint du Centre national de recherches océanographiques (CNRO) à Nosy Be, qui assure, depuis 2010, le suivi scientifique annuel de l’état du parc Tanihely, entre autres AMP à Madagascar.
Afin de résorber le problème des pollutions plastiques et de muscler l’assainissement au niveau local, la municipalité de Nosy Be recherche un partenaire intéressé par le recyclage des déchets plastiques qui s’entassent dans les différents quartiers. D’autres initiatives destinées à gérer les pollutions urbaines attendent leur mise en œuvre. « Le budget prévu à cet effet est déjà voté », a affirmé le maire Aly Aboudou.
Le déversement des eaux polluées directement à la mer, sans passer par aucun dispositif de traitement, est une mauvaise habitude constamment décriée sur l’île. A ce titre, des défenseurs de l’environnement, des activistes et des scientifiques, dont ceux du CNRO, tirent depuis des années sur la sonnette d’alarme, face aux agissements de certains riches établissements hôteliers qui méprisent sciemment les règles de l’hygiène environnementale, sans que les dirigeants successifs aient réagi en conséquence. Il en est de même des ordures ménagères qui s’éparpillent de façon anarchique, ce qui est un cas généralisé à Madagascar.
À la longue, le pullulement des méduses est un indicateur des pollutions marines, ce qui doit pousser à des réflexions communes. C’est déjà le cas à Nosy Be, selon Dr Lope qui a raconté un incident signalé à Taolagnaro, dans le Sud-Est de Madagascar, où la multinationale QIT Madagascar Minerals exploite de l’ilménite.
Une fois, un cadre de la firme s’est fait mordre par la méduse. Une course contre la montre a été tout de suite engagée pour évacuer d’urgence la victime en Afrique du Sud, afin de sauver sa vie, car la totalité du sang dans son corps a dû être remplacée en 48 heures. Suite à cet incident qui a fait date, les visiteurs ont évité la destination Taolagnaro durant deux ans. « J’ai rejoint en 2014 mon poste au CNRO. Deux ans plus tard, j’ai informé les autorités municipales de Nosy Be de l’anecdote de Taolagnaro », a dit Dr Lope.

Le changement climatique à la table
Les effets du changement climatique affectent aussi la zone de Nosy Be. Le parc bleu de Nosy Tanikely n’y échappe pas. Les récifs coralliens supportent mal la température excessive de la mer (31°C en avril, Ndlr). Les séquelles du blanchissement massif des coraux en 2016 et en 2024 y sont toujours ressenties.
« Près de 95 % des coraux de l’archipel étaient vivants en 2016. Puis le phénomène de blanchissement des coraux en a décimés 90 %. Seuls 10 % y ont survécu », a affirmé l’océanographe, Dr Lope. Une restauration récifale est ainsi, depuis 2025, entreprise à l’intérieur du parc Nosy Tanihely.
Au début de l’année 2026, des collectes sur les nurseries ont eu lieu afin d’accroître la superficie restaurée, couvrant actuellement huit mètres carrés de fond marin contre deux au début du projet. L’initiative est réussie malgré la hausse de température de 2024, et la fluctuation de la température de la mer. L’appréciation des visiteurs après chaque plongée ou snorkeling témoigne de la résilience du récif du parc.
Le réchauffement planétaire aurait aussi favorisé la prolifération de quatre espèces de lianes envahissant la partie terrestre du parc. L’éradication de ces adventices et d’une autre espèce d’arbre utilisée, pour stabiliser une falaise dans le secteur ouest de Tanihely, avant la création du parc en 2011, est une lutte de longue haleine sur l’îlot.
Les forêts insulaires sont sensibles au changement climatique. Les perturbations météorologiques et la hausse de la température atmosphérique affaiblissent la résilience de la forêt et favorisent de nouvelles conditions, d’où la restauration active sur le site, afin d’atténuer l’impact de ce duo destructeur.

Les ravages de la sédimentation
De plus, la situation géographique du parc marin, en aval de l’embouchure du fleuve de Sambirano dans la baie d’Ampasindava, à l’est du parc, expose celui-ci aux inexorables ravages de la sédimentation. Deux mouvements partent de la baie d’Ampasindava, d’après les études des courants marins entreprises par le CNRO.
En temps normal, un grand courant se dissout au large de la bande côtière, tandis qu’un petit autre prend la direction de Nosy Tanikely, de Nosy Sakatia et de Nosy Be. C’est le phénomène inverse qui se produit durant la saison des pluies, où le petit courant se transforme en flux puissant charriant des sédiments. De quoi alors susciter l’inquiétude des protecteurs de la nature vis-à-vis de la future activité extractive à Ampasindava.
D’après Dr Lope, qui suspecte la présence avérée d’uranium parmi les éléments des terres rares d’Ampasindava, le projet minier aura des conséquences graves sur l’archipel de Nosy Be. Le sujet les concernant a été inclus dans le pack d’investigations scientifiques en cours au moment où il a pris sa fonction au CNRO. Le précédent promoteur du projet minier a alors conduit des essais ayant provoqué l’envasement des récifs coralliens à Ambodimadiro (dans la baie d’Ampasindava, Ndlr).
« Lors de notre première exploration en 2014, les coraux d’Ambodimadiro étaient encore en bonne santé. Quatre ans plus tard, ils étaient tous morts », a affirmé le chercheur. Par la suite, le constat a donné lieu à une vaste campagne de sensibilisation. Dans l’après-midi du 26 mai 2026, Mongabay a pu observer directement sur le terrain l’état de déclin de ces coraux victimes.
Nosy Tanihely était jadis une terre d’escale pour les visiteurs de Madagascar ou ceux qui s’y rendaient. Sa partie sud-est (côté plage) est le refuge des pêcheurs traditionnels surpris par le mauvais temps en pleine mer. Le gardien du vieux phare et sa famille étaient les seuls résidents de l’îlot avant la création du parc national, selon la catégorie II de l’UICN.
Image de bannière : Ce bout de terre de moins de 10 hectares de surface constitue le nombril du parc bleu Nosy Tanihely localisé à l’extrême nord du Canal de Mozambique en intégrant l’archipel de Nosy Be (Grande île) dans le Nord-Ouest de Madagascar. Photo prise le 2 juillet 2026. Image fournie par Rivonala Razafison.
Madagascar : un refuge pour tortues détruit par les inondations dans le sud de l’île
Feedback : Utilisez ce formulaire pour envoyer un message à l’éditeur de cet article. Si vous souhaitez publier un commentaire public, vous pouvez le faire au bas de la page.