L’abattage d’arbres

Depuis la fin 2008, et tout au long de la crise politique qui a secoué Madagascar en 2009, des troupeaux de bûcherons ont assailli les forêts du nord-est du pays. Leur assaut s’est intensifié en mars 2009, lorsqu’Andry Rajoelina, le maire d’Antanarivo, a raflé la présidence grâce à un coup d’Etat. Les magnats du bois de la région de Sava ont profité de l’instabilité ambiante pour s’en prendre également aux parcs nationaux, et ont tourné à leur avantage les réglementations gouvernementales pour légitimer leur butin. En tout, l’équivalent de plus de 200 millions de dollars en bois a été exporté au cours de la seule année 2009, bien souvent sans s’embarrasser des formalités douanières. Cela représente près de 20 % de la valeur des exportations malgaches pour la même année.

Comme l’a déclaré à l’époque au New York Times Ndranto Razakamanarina, le président d’une coalition de groupes environnementaux malgaches nommée Alliance Voahary Gasy, « Le gouvernement ne fait rien car il s’en met aussi plein les poches… Beaucoup de ministres pensent qu’ils ne seront plus en poste dans les 3 à 6 mois, alors ils décident de saisir l’occasion pour se faire de l’argent. La mafia du bois est corrompue, tout comme les ministres ».

En mars 2010, tandis que la ruée vers le bois de rose se poursuivait, le gouvernement a réagi aux pressions internationales en publiant un décret interdisant l’abattage, le transport, la vente ou l’exportation du bois de rose et de l’ébène. Cependant, les zones protégées ont continué à être pillées par des hommes d’affaires liés de près ou de loin au président, y compris des politiciens qui ont depuis lors utilisé les fonds récoltés grâce à l’abattage du bois de rose pour financer leur élection au Parlement malgache.

Les trafiquants ont exploité la mise en application poreuse de la loi malgache avec une créativité remarquable : ils ont réussi à faire transférer dans une autre ville les enquêteurs envoyés par le gouvernement et ont fait passer des conteneurs de 40 pieds remplis de bois de rose pour des conteneurs de 20 pieds dans les formulaires des douanes. De plus, ils ont réussi à obtenir un coupe-file pour le traitement des cargaisons de bois de rose dans le port de Tamatave, et ont fait transiter les bûches par des ports moins surveillés au moyen de petits bateaux, de sorte que les cargaisons arrivent sur la côte ouest, à des centaines de kilomètres de l’endroit où le bois avait été abattu. Par ailleurs, le nombre de personnes qui prétend avoir une licence d’exportation légitime a explosé entre 2008 et 2011, passant de 13 à plus de 100.

L’UNESCO a été si alarmée par la crise qu’elle a ajouté les forêts tropicales de l’est de Madagascar à sa liste du patrimoine mondial « en péril », une mention que le pays cherche encore à faire réviser.

Le recensement des bûches

Ce n’est qu’en 2010 qu’on a commencé à recenser les bûches, « une par une », comme l’explique Mme Ratsimbazafy, qui s’est entretenue avec plus de 200 personnes pour rédiger le rapport de TRAFFIC. « Aucune décision réelle n’a été prise concernant la méthode à adopter, personne n’a dit « C’est comme ça qu’on va procéder pour compter le bois de rose de Madagascar. ». Tout dépend du contexte, des personnes qui mènent l’inventaire et de celles effectivement présentes sur le terrain ».

Malgré le rôle qu’a joué la Banque mondiale dans le financement de l’inventaire, l’organisme financier a attendu 2015 pour s’impliquer directement, c’est-à-dire pour fournir une assistance technique et superviser les opérations, après avoir laissé jusque-là le gouvernement malgache mettre en place son propre système, des plus erratiques. Par exemple, la taille de certains stocks avait été estimée sur la base de leur volume, tandis que d’autres avaient été en partie comptés, jusqu’à ce que l’équipe effectuant le dénombrement change. Il n’existe aucune trace écrite des méthodes utilisées, et, bien souvent, les employés des commissariats de police et des bureaux régionaux qui devaient surveiller les stocks n’avaient pas la moindre idée de la quantité de bûches à leur charge.

Le bois de rose saisi a de nouveau été inventorié en 2011, puis une troisième fois en 2012 et une quatrième en 2013. Mais, c’est au cours du cinquième inventaire, le dernier en date, qui remonte à 2015 et a été supervisé par un consultant financé par la Banque mondiale, que des codes-barres ont été apposés sur les bûches. Mais les chiffres oscillaient sans cesse : les piles se faisaient plus imposantes au fil des saisies des forces de l’ordre, mais, à Sambava et à Vohémar, deux villes au nord d’Antalaha, elles ont aussi rapetissé. En outre, même quand les quantités restaient stables, le bois de rose bona fide, connu pour sa couleur d’un rouge profond et sa densité exceptionnelle, semblait remplacé par du pin ou de l’eucalyptus.

D’après le rapport publié par TRAFFIC, 90 % des bûches saisies entre 2013 et 2015 étaient marquées à la peinture rouge ou blanche, ce qui indique qu’elles avaient déjà été comptées au moins une fois, puis dérobées dans les stocks à la charge des douaniers, policiers ou antennes régionales du gouvernement.

« Si je mettais du pin là, et que je versais de l’huile de moteur usagée dessus, pensez-vous que la Banque mondiale s’y intéresserait ? », a demandé un commerçant d’Antalaha qui suit attentivement la question du commerce de bois de rose. « Ici, c’est Madagascar. On peut acheter n’importe qui ».

« Ils ont compté les bûches, mais ils ne les ont pas pesées », a déclaré quelqu’un qui observe la situation depuis longtemps, faisant remarquer qu’une bûche de bois de rose peut peser jusqu’à deux ou trois fois plus qu’une bûche de pin de taille équivalente. Cet homme n’a pas été surpris de voir à quel point il est difficile de recenser efficacement les stocks, mais a été effaré à l’idée que la Banque mondiale ait accepté de financer cette entreprise. « C’est jeter l’argent par les fenêtres », a-t-il déclaré.

Pendant ce temps, de nouveaux dirigeants ont continué à se succéder à la tête d’organisations clé pendant que la période mouvementée qu’a été le gouvernement transitoire. En effet, en novembre 2017, Madagascar en était à autant de Ministres de l’environnement que d’années depuis 2009 : neuf.

Un financement intraçable

La Banque mondiale a refusé de fournir des chiffres précis et de faire tout commentaire officiel sur cette histoire, à l’exception de l’estimation de 3 à 4 millions de dollars de soutien alloués entre 2012 et 2016 pour régler le problème du bois de rose. Il est possible que l’organisme ait contribué financièrement avant 2012, au plein cœur de la crise de l’abattage, et ait continué ponctuellement à payer pour la préparation et la participation de Madagascar aux réunions du Comité permanent de la Convention de Washington.

Une source proche des parties intéressées a expliqué qu’un tel financement reflète la flexibilité de la Banque mondiale, et lui a permis de s’adapter aux conditions en perpétuelle évolution dans le contexte du gouvernement transitoire au pouvoir entre 2009 et 2014. « Le revers de la médaille, c’est qu’il devient impossible de faire une évaluation précise », a expliqué notre source, qui a demandé à rester anonyme pour pouvoir s’exprimer librement sur un sujet politique sensible. Traditionnellement, le financement de projets implique un ensemble d’objectifs clairs avec des résultats mesurables. Mais, le cas présent, l’argent de projets existants a été réalloué et dépensé sans établir de budget formel, de contrôle, d’évaluation, ou de tout autre document que la Banque accepterait de diffuser.

Outre la gestion et l’inventaire des stocks de bois, cet argent a servi à financer un certain nombre d’initiatives : des études techniques sur la gestion des stocks et les aspects juridiques et scientifiques du commerce du bois de rose, une surveillance satellitaire des activités d’abattage et du trafic de bois de rose, quatre bateaux de patrouille pour faire régner l’ordre sur mer… Il a aussi servi à couvrir les dépenses quotidiennes et les déplacements des membres du gouvernement et des consultants devant se rendre à l’étranger dans le cadre de la CITES et d’autres réunions.

Mais, la Banque et le gouvernement malgache ne sont guère plus avancés : aucun des grands pontes du trafic du bois de rose n’a été poursuivi en justice depuis l’apogée de la crise de l’abattage en 2009-2010. De plus, la Banque a été incapable de citer la moindre poursuite judiciaire s’appuyant sur la surveillance satellite qu’elle a financée. Par ailleurs, les quatre bateaux ne sont toujours pas utilisés. En effet, le Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts a indiqué dans le rapport qu’il a remis à la CITES fin 2017, qu’il ne disposait pas des 100 000 dollars par an nécessaires à l’exploitation des bateaux.

Mais, le plus dérangeant, c’est que l’incertitude plane toujours concernant le devenir de ces stocks.

De plus, au-delà des bûches saisies, Madagascar doit également s’occuper de deux autres catégories de bois avant que le Comité permanent de la CITES n’approuve un plan définitif pour en finir une bonne fois pour toutes avec ces bûches.

C’est pourquoi, en 2011, le gouvernement a commencé à demander aux exploitants forestiers de se manifester et de déclarer toute bûche qu’ils avaient déjà abattue mais n’aurait pas été saisie. Plus de 100 personnes l’ont fait, parmi lesquels 79 n’ont pas été en mesure d’apporter des preuves tangibles que leur bois était légal. Sur le papier, ces « stocks déclarés » surpassent de loin les 28 000 bûches que le gouvernement estime avoir saisies et stockées, mais personne ne le sait avec certitude. En effet, les stocks déclarés sont passés de 261 000 bûches en 2011 à 179 000 en 2013, puis de nouveau à 270 000 en 2015, d’après les chiffres du Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts. Les documents de la Banque mondiale, quant à eux, remontent à 2013 et portent le total à 550 000 bûches.

D’après TRAFFIC, il ne fait aucun doute qu’au moins une partie de ces stocks déclarés n’existe pas réellement : les exploitants auraient en fait gonflé les chiffres des réserves de bois coupé en leur possession pour mieux protéger juridiquement les activités d’abattage qu’ils étaient encore en train de mener. En novembre 2017, le gouvernement n’avait toujours pas vérifié l’emplacement de ces stocks déclarés, et encore moins tenté de les recenser. D’ailleurs, il n’avait pas non plus poursuivi ceux qui avaient assuré posséder du bois sans pouvoir prouver qu’il était légal.

Chart shows estimates of the number of rosewood logs in stockpiles of seized wood owned by the Madagascar government (Seized) and in the possession of rosewood operators who have declared them to the government (Declared). There are also so-called clandestine stocks — undeclared rosewood in private hands — that are believed to outsize even the declared stocks. Numbers for 2010 through 2013 come from a 2016 report by the NGO TRAFFIC that relied on Madagascar government data; numbers for 2013-2014 and 2015-2016 come from a report by the Madagascar government to the CITES Standing Committee in advance of its meeting later this month.
Le graphique compare les estimations du nombre de bûches de bois de rose saisies et stockées par le gouvernement (Seized) et celles en la possession des exploitants de bois de rose qui les ont déclarées au gouvernement (Declared). Il existe aussi des stocks dits « clandestins », c’est-à-dire du bois de rose non déclaré aux mains de particuliers. On suppose que cette dernière catégorie dépasserait même la taille des stocks déclarés. Les chiffres pour les années 2010 à 2013 proviennent d’un rapport [pdf] publié en 2016 par l’ONG TRAFFIC, qui s’est appuyée sur les données du gouvernement malgache. Les chiffres de 2013-2014 et 2015-2016, quant à eux, émanent d’un rapport [pdf] rédigé par le gouvernement malgache à l’intention du Comité permanent de la CITES en préparation de leur réunion de novembre 2017.

Et puis, il y a aussi les stocks dits “clandestins”, qui seraient, dit-on, encore plus importants que les stocks déclarés. En février 2017, par exemple, des fonctionnaires d la foresterie ont entendu dire qu’un bateau au large de la péninsule de Masoala, à environ 130 kilomètres au sud d’Antalaha, était en train de tenter de charger une cache de bois de rose abattu en toute illégalité. Chantal Rasoanirina et son supérieur ont donc sauté dans une jeep et sont partis vers le sud afin d’arrêter la cargaison. Mais, ils sont arrivés trop tard, et la police a découvert deux grandes fosses près de la plage, l’endroit présumé où les bûches avaient été enterrées. Des collègues policiers ont finalement réussi à intercepter le bois à Tamatave avant qu’il ne quitte le pays sur un plus gros navire.

Trois jours plus tard, le chef de Rasoanirina était transféré dans une autre partie du pays avec le commissaire de police qui avait collaboré sur l’affaire. En apparence, les deux hommes étaient rétrogradés pour s’être rendus complices d’une tentative d’exportation de bois. Mais, deux sources gouvernementales qui connaissent bien cette histoire ont expliqué qu’il s’agissait de tout le contraire : la conscience professionnelle et les réels efforts de ces deux hommes pour empêcher l’exportation du bois leur avaient coûté leur poste.

“Si un fonctionnaire fait correctement son travail, il est automatiquement muté,” a déclaré Eline Rakotonirina, une militante en faveur de l’environnement qui vit à Antalaha. “C’est comme ça que ça marche à Sava.”

“If there’s a civil servant who does his/her job well they automatically get transferred,” said Eline Rakotonirina, an environmental activist in Antalaha, whose group, COMATSA, has denounced rosewood trafficking in the region. “That’s the way it works in SAVA.” Photo by Rowan Moore Gerety for Mongabay.
Eline Rakotonirina, une militante pour l’écologie dont le groupe, COMATSA, a dénoncé le trafic de bois de rose dans la région. Photo prise par Rowan Moore Gerety pour Mongabay.

Plus les années passent et plus Serge Rajaobelina, membre d’une ONG nommée Fanamby qui travaille depuis bien longtemps à Sava, craint qu’il soit impossible qu’un processus visant à faire l’inventaire des stocks puisse se dérouler correctement en raison du lobbying politique continu exercé par les exploitants forestiers qui protestent que leur bois a été saisi à tort. « Je crains que nous ne rendions du bois à ceux-là même qui ont abattu la forêt tout entière », a-t-il déclaré. « Tout ici a pris du retard. Certaines bûches stockées dans le port de Vohémar sont là depuis 8 à 10 ans ».

En parallèle, toute tentative de se débarrasser ne serait-ce que des stocks saisis (sans parler de mettre la main sur les stocks déclarés et clandestins, bien plus gros) risque de s’avérer coûteuse et compliquée d’un point de vue logistique. Elle pourrait aussi entraîner une résistance politique féroce de la part des exploitants qui continuent à affirmer que leur bois a été abattu en toute légalité.

« La plupart des trafiquants de bois de rose sont désormais sénateurs ou députés. Dans les faits, ils sont intouchables depuis le sein même du système », a indiqué M. Rajaobelina.

Jean Pierre Laisoa, plus connu sous le nom de Jaovato, qui a fait fortune grâce au bois de rose et représente désormais Antalaha au Parlement, s’avère aussi être le propriétaire de ce qui s’approche le plus d’un grand magasin à Antalaha, c’est-à-dire un endroit où l’on peut acheter à la fois du ciment, un bain de bouche, des fournitures scolaires, des machines à pâtes et de l’électronique. Comme l’a confié l’ancien exportateur de bois de rose Martin Bematana, maintenant sénateur, à Dan Rather dans le cadre d’un documentaire filmé en 2013, « lorsque le coup d’Etat a eu lieu, l’exploitation du bois de rose des parcs nationaux n’était pas illégale, car il n’y avait alors ni gouvernement ni lois ». D’autres magnats du bois de rose sont à présent exportateurs de vanille, propriétaires d’hôtels ou à la tête de compagnies de ferries.

En 2014, Armand Marozafy faisait partie d’un groupe de militants locaux invité à un symposium sur l’environnement à Maroantsetra organisé par les Parcs nationaux de Madagascar avec l’aide du Ministère de l’environnement. M. Marozafy raconte que, lorsqu’un membre du ministère a déclaré qu’il fallait être intransigeant sur la mise en application des lois sur le bois de rose, un groupe de militants et de locaux résidant près du Parc national de Masoala, lui y compris, ont quitté l’événement en trombe.

« Vous ne collaborez qu’avec les trafiquants », aurait-il protesté lorsque des représentants des Etats-Unis et de l’Allemagne les ont suivis, en quête d’explications. « Tous les villageois savaient bien que l’hôtel où tout le monde logeait appartenait à un trafiquant, que le bus qui transportait tous les invités appartenait à un trafiquant, et que les personnes embauchées pour faire le service lors des repas (déjeuner, pauses café, et tout le reste) étaient au service d’un trafiquant », a-t-il déclaré.

Dans les villes du nord-est, il est relativement difficile de ne pas avoir affaire à ces individus. Par exemple, si le gouvernement doit transporter de grandes quantités de bois de rose d’un endroit à l’autre pour rassembler le bois ou le vendre légalement, les seules personnes susceptibles de pouvoir lui louer un camion sont les trafiquants.

L’influence des magnats de bois de rose clandestin semble même s’étendre aux plus hautes sphères du gouvernement. A titre d’exemple, en 2014, <a href="https://news.mongabay.com/2017/04/singapore-convicts-rosewood-trader-in-historic-cites-seizure/"des fonctionnaires de Singapour ont saisi 29 434 bûches de bois de rose sur un navire en provenance de Madagascar et à destination de Hong Kong, un butin dont la valeur est estimée à 50 millions de dollars. Mais, ce n’est qu’à contrecœur que le gouvernement malgache a accepté de les poursuivre en justice, lui aussi : pour cela, il aura fallu qu’un nouveau Ministre de l’environnement soit élu et s’érige contre l’avis de son prédécesseur, qui jugeait que le bois avait été exporté en toute légalité, bien que l’embargo sur les exportations ait déjà été en place.

Tendre vers un « stock nul »

Avec du recul, le rapport technique publié en 2014 portant sur l’inventaire commandité par la Banque mondiale à Madagascar semble avoir été rédigé avec un optimisme surprenant qui tire sur la naïveté. En effet, il envisageait qu’il ne suffirait que de neuf mois pour se débarrasser de toutes les piles saisies, ou de dix-huit mois pour recenser les stocks saisis et déclarés, puis les exporter par bateau. Le rapport recommandait de financer ces opérations avec l’argent obtenu grâce aux ventes de bois de rose, estimant le coût à environ 15 % et un bénéfice de 75 millions de dollars pour le gouvernement.

Durant plusieurs années, le gouvernement malgache et ses partenaires ont agi en supposant qu’à terme les stocks de bois seraient vendus sur le marché international, une solution bien plus prometteuse sur le plan financier que toutes les autres options, mais qui nécessite en contrepartie un processus plus complexe pour obtenir l’approbation de la CITES. Les deux autres options (brûler le bois ou le vendre au sein du pays) impliquent en partie les mêmes soucis logistiques, mais sans la rentrée d’argent que représenterait une vente à l’international.

La quatrième option, plus ou moins implicite, consiste à laisser ces stocks là où ils sont, ce qui présente des inconvénients évidents (le bois de rose perd de sa valeur à mesure des années qu’il passe en plein air, en raison du climat chaud et humide) et un avantage certain : cette solution coûte moins cher que d’aller de l’avant. La Banque mondiale a finalement arrêté de financer la gestion des stocks de bois de rose malgaches fin 2015, car le projet d’où provenait le financement a pris fin. Le gouvernement du pays s’est engagé à allouer la somme de 250 000 dollars pour que l’inventaire puisse se poursuivre, mais ce financement est pour l’instant resté lettre morte.

Lors de la réunion du Comité permanent de la CITES qui a eu lieu en 2016, Madagascar a émis une idée pour financer tout ce qu’il reste à faire. Cette proposition a été reprise du rapport sur la gestion des stocks financé par la Banque mondiale et publié plus de deux ans auparavant : Madagascar utiliserait l’argent obtenu grâce à la vente d’une partie de son stock de bois de rose pour financer un inventaire exhaustif du reste. Cette proposition devait être examinée lors de la réunion suivante de la CITES, fin novembre 2017, soit après l’écriture de cet article.

Henri Rabenafitra, un fonctionnaire retraité qui a grandi à Sava et a été directeur administratif du gouvernement régional pendant huit ans, a accepté d’être interviewé dans son ancien bureau un matin de juillet. Ce casse-tête lui rappelait une fois où il avait dû se déplacer à Antalaha avec une délégation de ministres, en 2004, lorsque la zone avait été touchée par le cyclone Gafilo. A l’époque, l’abattage du bois de rose et de l’ébène était légal, mais faisait l’objet de sévères restrictions. Le gouvernement avait cependant accepté de laisser les exploitants forestiers récolter les arbres que l’ouragan avait fait tomber, a-t-il indiqué.

« Fin 2005, nous avons commencé à nous rendre compte qu’au lieu de ramasser les arbres arrachés par le cyclone, ils en coupaient de nouveaux ». Les exportations ont immédiatement été interrompues. « Du coup, les exploitants se sont réunis et nous ont dit : « bon, alors vous nous avez donné l’autorisation et maintenant vous nous la retirez, mais qu’est-ce qu’on va faire si on ne peut pas exporter nos stocks ? ». C’est à ce moment-là que nous avons commencé à émettre l’idée de « stock nul » », a expliqué Rabenafitra pour décrire l’objectif avoué que représente l’élimination de tous les stocks de bois de rose restants.

« Depuis ce moment-là, on parle de « stock nul », mais on en est encore loin. »

Bandeau : Bandeau : Un fossa (Cryptoprocta ferox), une espèce qui habite dans le Parc national de Marojejy, où a démarré la crise de l’abattage du bois de rose malgache en 2009. Photo prise par Rhett A. Butler.

Rowan Moore Gerety est un journaliste et un producteur de radio résidant à Miami. Pour en savoir plus sur son travail, rendez-vous sur www.rowanmg.com.

Note de l’éditeur, le 14/11/17 : Une phrase a été ajoutée à l’article pour le contextualiser et décrire la demande dont fait l’objet le bois de rose clandestin : « La grande majorité du bois de rose malgache est exporté vers la Chine, où les meubles qui en sont ornés peuvent se vendre plusieurs dizaines voire centaines de milliers de dollars. »

Références

Randriamalala, H., & Liu, Z. (2010). Rosewood of Madagascar: Between democracy and conservationMadagascar Conservation & Development5(1), 11-22.

A Madagascan sunset moth (Chrysiridia rhipheus), a species that lives in Masoala National Park, which has been heavily logged for rosewood. Photo by Bernard Dupont via Wikimedia Commons.
Le Chrysiridia rhipheus est une espèce de papillon malgache qui vit dans le Parc national de Masoala, une zone extrêmement touchée par l’abattage de bois de rose. Photo prise par Bernard Dupont via Wikimedia Commons [CC BY-SA 2.0].
Article published by Maria Salazar
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