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Les responsables du coup d’état vendent les forêts de Madagascar et ses citoyens
Par Rhett Butler, mongabay.com
traduit par Lucienne Wilmé
January, 31, 2010




Madagascar est renommée pour sa richesse biologique. Située au large des côtes orientales du sud de l’Afrique et avec une superficie un peu plus étendue que celle de la Californie, l’île abrite une collection éclectique de plantes et d’animaux dont 80 pour cent ne sont rencontrés nulle part ailleurs dans le monde.

Madagascar héberge de véritables énigmes de l’évolution comme le fosa, un mammifère carnivore dont l’aspect tient à la fois du puma et du chien mais qui est affilié aux mangoustes ; l’indri qui est un lémurien de la taille d’un gros chat et qui émet un long chant plaintif qui n’est pas sans rappeler le chant de la baleine à bosse ; le propithèque, un autre lémurien, bien moins chanteur surtout lorsqu’il émet des cris d’alarme mais qui se déplace à terre comme seul pourrait le faire un danseur chevronné ; des caméléons et des geckos diurnes aux couleurs vives ; et d’autres geckos nocturnes comme les uroplates au camouflage irréprochable qui leur permet de se fondre dans l’écorce des arbres sur lesquels ils passent le jour. On y rencontre aussi les baobabs qui semblent avoir été plantés à l’envers, la pervenche qui est employée dans le traitement des leucémies infantiles et de la maladie de Hodgkin ; et pour finir un écosystème complet avec une myriade de plantes épineuses mais sans cactus aucun. Et pour tout ça et bien d’autres éléments, les scientifiques ont fait de l’île – qualifiée de huitième continent – une priorité en matière de protection de la nature.



L’indri et deux propithèques de Coquerel à Madagascar. Photos par Rhett A. Butler.
Mais les richesses naturelles de Madagascar ont été assiégées depuis près d’un an au lendemain d’une crise politique qui a vu l’éviction de son président chassé en exil sous la menace armée, l’effondrement des services publics, y compris dans la gestion des parcs et des réserves naturelles et l'évaporation des financements des donateurs qui constituaient la moitié du budget annuel du gouvernement. En l'absence de gouvernance, des bandes organisées ont pillé les trésors biologiques de l’île, en prélevant des bois précieux et des espèces menacées de lémuriens des forêts humides normalement protégées dans des parcs, et ont aussi effrayé les touristes qui représentent pourtant des alliés économiques de la protection de la nature. À présent que les responsables du coup d’état jouent un rôle de plus en plus actif dans le pillage pour financer des élections à venir qui, espèrent-ils, légitimeront leur prise de pouvoir, il faut se demander si le système de protection de la nature de Madagascar qui avait suscité tant d’intérêt peut être restauré et maintenu.



Madagascar est séparée du continent africain depuis 160 millions d’années et isolée de toute autre masse terrestre depuis au moins 80 millions d’années. Tout ceci s’est soldé par une faune et une flore hétéroclite avec des éléments anciens dont l’origine retrace cette histoire et des éléments qui ont colonisé l’île en arrivant par la voie maritime sur des radeaux flottants. Les radiations évolutives sont cas d’école à Madagascar avec des adaptations aux niches écologiques qui vont des régions désertiques aux fourrés de montagne en passant par les forêts tropicales humides sur des gradients, entre autres, topographiques et climatiques.


Baobab et paysage défriché de Madagascar. Photos par Rhett A. Butler
Parmi les derniers arrivants sur les côtes de Madagascar, l’homme qui naviguait dans l’océan Indien en provenance d’une région qui correspond de nos jours à l’Indonésie (mais pas d’Afrique malgré sa proximité) et qui arrivèrent sur l’île il y a quelques 2000 ans, de sorte que Madagascar fut l’une des dernières grande terre à être colonisée par l’homme. L’homme a certainement provoqué d’importants changements dans la composition de la faune et de la flore insulaires, il est arrivé avant la disparition de certaines espèces de la mégafaune dont l’aepyornis, aurait pu être contemporain des lémuriens géants et des hippopotames et les paysages d’antan étaient bien plus sylvicoles. Les forêts qui couvraient alors le versant oriental sont à présent morcelées, dégradées et tellement réduites en même temps que la plupart des forêts épineuses endémiques ont été converties pour l’agriculture de subsistance, le pâturage et la production de charbon de bois. Les hautes terres du centre ont surtout été réduites par le pâturage, la riziculture et les forêts ne sont souvent que des plantations d’eucalyptus et de pins.

La dégradation de l’environnement à Madagascar est tellement étendue qu'elle est même visible depuis l’espace. Les astronautes ont en effet remarqué que la couleur rouge des fleuves malgaches rappelle que le pays se vide de son sang, ce qui est le cas dans une certaine mesure, car les terres sont concernées dans cette hémorragie.

Même si les terres sont pauvres, elles restent malgré tout la base de l’agriculture et dans cette nation qui est classée parmi les plus démunies du monde, le peuple de Madagascar ne peut se permettre une telle perte. Tous les ans, un tiers du pays brûle avec des feus qui sont surtout allumés par des paysans ou des bouviers qui défrichent les terres pour pratiquer une agriculture de subsistance ou pour mettre le feu aux herbes sèches pour favoriser les jeunes pousses destinées à nourrir le bétail. En même temps des compagnies minières de pays développés arrachent certaines des dernières forêts restantes de Madagascar pour extraire les minerais convoités.






Exploitation de bois de rose dans le parc national de Masoala, un des sites du Patrimoine Mondial de l’UNESCO ; feus allumés à proximité du parc national de l’Andringitra ; exploitation minière près du parc national de Mantadia. Photos par Rhett A. Butler


Néanmoins, en dépit de ce carnage, les fragments de ce qui reste hébergent encore une remarquable biodiversité, et si riche que les scientifiques continuent à découvrir de nouvelles espèces. Le nombre de lémuriens présentés dans le dernier guide – écrit par Russell Mittermeier, le président actuel de Conservation International – est passé de 50 espèces en 1994 à plus de 100 aujourd'hui, et les scientifiques annonçaient l'année dernière que le nombre d’espèces de batraciens connues de l’île allait presque doubler.

Mais au cours de la dernière décennie, Madagascar est passée du statut de paria à celui de modèle en matière de protection de la nature. En même temps que les soutiens financiers et techniques de gouvernements étrangers et d’ONG internationales ont été déterminants, la participation locale et l’engagement politique – en 2003 le Président Marc Ravalomanana annonçait que 10% de l’île serait classés en parcs – ont été essentiels au ralentissement du déboisement et à la protection de la faune menacée sur le terrain. Le système de gestion des parcs de Madagascar stipule que la moitié des droits d’entrée dans les parcs soit reversée aux communautés locales, en assurant que certains profits de l’écotourisme – les deux tiers des visiteurs viennent à Madagascar pour des activités liées à la nature – reviennent à des gens qui pourraient autrement être désavantagés par les activités de protection de la nature. Et de fait, l’apparition de l’écotourisme a ainsi permis de rallier de nouveaux partisans en faveur de la protection de la nature au lieu d’en faire des adversaires.




Rondins de bois de rose qui doivent être ramassés à Maroantsetra (haut). Bateau transportant du bois de rose dans la baie de l’Antongil (bas).




Deux bateaux appartenant à Delmas, le Consistence et le Lea, auraient embarqué des bois précieux de Madagascar l’année dernière. La compagnie prétend maintenant avoir mis un terme au transport international de bois précieux mais des rapports récents semblent montrer qu’elle pourrait se compromettre dans le transport de bois entre des ports de Madagascar. Photos prises au port de Vohemar à Madagascar.
Mais tous ces progrès ont été balayés par la crise politique en mars 2009. Bien que les principaux motifs du conflit restent controversés, les observateurs disent que le président Ravalomanana, élu démocratiquement, était devenu de plus en plus autocratique au cours de son second mandat, en empêchant les médias d’opposition, en utilisant sa puissance politique pour développer davantage ses intérêts commerciaux propres ou en signant des contrats controversés, dont un bail qui aurait cédé la moitié des terres arables de Madagascar à un conglomérat sud-coréen Daewoo pour une production végétale destinée exclusivement à l’exportation. Après une issue violente de manifestations dans des circonstances qui restent à élucider, une faction de l’armée alliée à Andry Rajoelina, maire de la capitale d’Antananarivo, a renversé Marc Ravalomanana qui s’est envolé pour l’Afrique du Sud. Au lendemain du coup d’état, les parcs et réserves de Madagascar – plus particulièrement dans la partie nord du pays – ont été pris d’assaut par des exploitants illégaux. Des bandes armées, financées par des négociants étrangers, parfois avec la connivence de fonctionnaires locaux, sont entrées dans les parcs nationaux de Marojejy et de Masoala, ont exploité les bois précieux dont les bois de rose et les ébènes. Sans le soutien d’un gouvernement central ou l’appui d’organismes internationaux qui avaient été la source de près de 90 pour cent du financement en faveur de la protection de la nature, peu de moyens s’offrait pour arrêter le carnage.

Le Marojejy est une montagne couverte de forêts et l’un des parcs qui héberge l’une des biodiversités les plus riches de Madagascar avec une douzaine d’espèces de lémuriens dont le propithèque soyeux, espèce menacée, fut la première victime. Les bandes armées ont envahi le parc, ouvert des chemins, chassé la faune et exploité le bois. Ceux qui ont essayé de se mettre en travers de leur chemin furent menacés et une radio locale rapportait par exemple que dans une ville du nord, à Mananara, un agent de l’ANGAP, l’organe de gestion des parcs de Madagascar, a eu les deux jambes fracturées par des représentants des barons du trafic de bois. Le chaos fut tel que les autorités fermèrent le parc du Marojejy au tourisme – sa ressource vitale – pour la première fois afin d’éviter ainsi que des étrangers ne témoignent du pillage occasionné. Les exploitants ont vite poursuivi et envahi le parc national de Masoala, un autre site du patrimoine mondial de l’UNESCO qui est considéré comme l’un des joyaux au sein du système des aires protégées de Madagascar. L’exploitation de bois était si intense dans le Masoala que l’intégralité de la flotte commerciale de la ville voisine de Maroantsetra fut entièrement mobilisée pour transporter les bois précieux coupés dans le parc et plus aucun bateau ne se consacrait aux marchandises ordinaires. D’autres secteurs forestiers furent également touchés. Dans l’ensemble, l’exploitation forestière concerna des dizaines de milliers d’hectares avec des estimations minimum de 6 165 à 20 550 hectares de forêts humides protégées selon les évaluations de Lucienne Wilmé, Porter P. Lowry, Peter H. Raven du Missouri Botanical Garden, et Derek Schuurman de Rainbow Tours. Plus de €145 million de bois précieux ont été coupés, la plupart de ces bois sont partis en Chine pour transformation en produits qui seront ensuite vendus en Europe ou aux États-Unis.

Rondins de bois de rose.

Les rondins de bois précieux sont attachés avec des lianes et flottés vers les estuaires des fleuves sur des radeaux faits de bois plus légers ; il ne faut pas moins de 5-6 rondins de bois plus léger par rondin de bois précieux, ce qui empire encore l’impact de l’exploitation sur les forêts.
Les aspects qui ont plus particulièrement offusqué les protecteurs de la nature dans ce triste épisode étaient que l’exploitation n’était motivée que par l’appât du gain par des trafiquants bien organisés et pas du tout par de pauvres paysans malgaches. Erik Patel, un chercheur de l’université de Cornell qui étudie le propithèque soyeux sur le Marojejy, dit que ce sont bien les négociants mais pas du tout les villageois, qui profitent de l’exploitation illicite.

« L’exploitation de ces bois durs, précieux et extrêmement lourds est une activité à forte intensité de main d'œuvre qui repose sur la coordination entre des riverains qui coupent les arbres avec des haches mais qui reçoivent peu d’émoluments, et un réseau criminel d’exportateurs, des transporteurs complaisants et des fonctionnaires corrompus qui lancent l’opération et récoltent le principal des énormes gains générés » indique Erik Patel. « Les populations locales profitent très peu de l’exploitation de bois précieux. C’est même le contraire dans la plupart des cas, car elle rime avec la baisse du tourisme et la violation des tabous locaux. »

Alors que les forêts humides du nord étaient pillées pour leur bois, un nouveau commerce inquiétant a émergé, celui de la chasse commerciale pour la viande de lémuriens.

En août, Conservation International (CI), une ONG qui a été particulièrement active à Madagascar, a publié des photos montrant des tas de lémuriens morts qui avaient été confisqués de commerçants et de restaurateurs dans les villes du nord de l’île.

L’écologie des forêts peut être profondément bouleversée par la perte de ses lémuriens. Selon Patricia Wright, les lémuriens semblent être les principaux agents dans la dispersion des graines à Madagascar. . Ce qui est plus inquiétant, dit Patricia Wright, c’est que le lémurien le plus prisé pour sa viande – comme le révèle une étude menée auprès de 2000 personnes de communautés villageoises – est aussi celui qui est le plus important dans la dispersion, il s’agit du vari noir et blanc.


Ces animaux sont des lémurs couronnés, Eulemur coronatus et des propithèques de Tattersall Propithecus tattersalli. Copyright : © Fanamby/photos de Joel Narivony
« Ce qui arrive à la biodiversité de Madagascar est vraiment effroyable, et l'abattage de ces doux animaux, si beaux et tellement uniques est tout simplement inacceptable » a indiqué Russ Mittermeier de CI dans un communiqué alors publié. « Et ici il ne s’agit pas de subsistance mais d’offrir ce qui semblerait être un mets de ‘luxe’ dans les restaurants des grandes villes de la région. Ce que font ces braconniers, c’est tuer la poule aux œufs d’or plus que tout autre chose, en exterminant les animaux que les gens veulent justement voir, ils privent le pays et plus particulièrement les communautés locales des futurs revenus de l’écotourisme.

Avant le coup d’état, l'écotourisme représentait la touche d’espoir de l’économie de Madagascar. Fascinés par ses paysages spectaculaires, une biodiversité inégalée et ses richesses culturelles, les rentrées du tourisme croissaient pour atteindre €280 million en 2008. Mais cette tendance s’est subitement effondrée avec l’agitation politique et la violence qui s’en est suivie, avec les gouvernements de pays riches qui déconseillaient la destination Madagascar à leurs concitoyens. Les arrivées de touristes ont chuté brusquement pendant la crise avec une baisse de 50 à 60 pour cent sur l’ensemble de l’île au cours de l’année 2009 selon certaines estimations. Les compagnies aériennes ont réduit le nombre de leurs vols mais les employés dépendant directement de l’industrie du tourisme ont été bien plus affectés. Au cours d’une visite dans la réserve spéciale de Périnet, qui abrite le célèbre indri connu pour son chant, les guides naturalistes s’ennuyaient devant les hôtels en attendant des touristes ou flânaient le long des routes en espérant trouver un travail journalier. Les plus chanceux étaient ceux qui avaient accepté plusieurs mois auparavant un travail temporaire à la mine de nickel de €2,7 milliards dirigée par Sherritt, une société d’exploitation canadienne. Le projet finira par envoyer des millions de tonnes de minerai lessivé vers le port maritime de Tamatave par l'intermédiaire d’un pipeline de 140 km de long qui traverse deux réserves. À 400 000 ariary (€144) par mois, c'est le meilleur travail en ville.

Le déclin du tourisme a été largement ressenti sur l’ensemble de Madagascar, mais certains ont souffert plus que d'autres. Quelques opérateurs du nord de l’île disent que la baisse de leur activité est de 80 pour cent par rapport à l’année précédente. À Ranomafana, qui est sans doute le parc le mieux géré de l’île, la baisse du tourisme est de plus de 40 pour cent, selon Patricia Wright, administrateur de l'institut pour la protection des environnements tropicaux (Institute for the Conservation of Tropical Environments ICTE) à l’université de Stony Brook et principale figure de la protection de la nature à Madagascar au cours des 20 dernières années. Pat Wright a suivi le tourisme à Ranomafana au cours de la dernière décennie et révèle que lors de la crise politique précédente de Madagascar, en 2002, le nombre de touristes arrivant à Ranomafana avait chuté de 16 000 à moins de 3 000, à savoir une baisse de plus de 80 pour cent. L’année dernière, 24 000 touristes avaient visité le parc, générant ainsi un revenu de €1,24 million.

Les autorités locales de Ranomafana confirment que la crise a affecté la ville et le parc.

Enfant de la région centre de Madagascar. Photo par Rhett A. Butler.
« Le tourisme dans le parc national de Ranomafana a baissé de 45 à 46 pour cent par rapport à l’année dernière et globalement pour la province de Fianar le tourisme a baissé de 70 pour cent » dit Mamy Rakotoarijaona, directeur du parc national de Ranomafana. « Le parc national de Ranomafana et le parc national de l'Isalo [un autre parc bien connu] se sont plutôt mieux portés que d’autres parcs nationaux mais ils ont quand même souffert. Cela affecte énormément l’économie des villages car 50 pour cent des droits d’entrée dans les parcs sont employés à financer des projets de conservation et de développement pour les villages. »

« Les guides touristiques et les commerçants de la région souffrent du manque de touristes » ajoute Léon Razanakoto, maire de Ranomafana. « Nous espérons que le tourisme reviendra de nouveau l’année prochaine après la tenue des élections. »

Ce brusque ralentissement des activités a également frappé les entreprises en aval qui sont indirectement liées au tourisme. Les paysans vendent moins de riz et de zébus, les commerçants vendent moins de bouteilles d'Eau Vive, l’eau potable omniprésente et généralement consommée par les touristes, et moins de gousses de vanille qui sont des souvenirs classiques à emporter de Madagascar.

La diminution a montré à un public averti de Madagascar que ces visiteurs sont importants – dont les deux tiers viennent à Madagascar pour voir la nature – pour la qualité de leur vie.

« Beaucoup de personnes ne croyaient pas que d’emmener des vazaha [terme local pour désigner les étrangers] dans la forêt pouvait les aider » a dit Claudio, un guide naturaliste basé à Maroantsetra, une ville qui sert de tremplin à une visite du parc national de Masoala. « Mais la crise leur a montré que le tourisme a des avantages. Tout un chacun peut le ressentir maintenant – la crise politique est devenue une crise économique. »



Verreaux's sifaka


Caméléon du nord de Madagascar. Photo par Rhett A. Butler.


Vue d’ensemble de l’exploitation illégale de bois précieux préparée par des chercheurs du Missouri Botanical Garden et d’autres. Le Missouri Botanical Garden a joué un rôle clef pour documenter, publier et tenter de mettre un terme à la destruction des forêts humides de Madagascar. Cliquez sur l’image pour voir l’affiche au format pdf.


Décret autorisant, de nouveau, l’exportation de bois précieux. Cliquez sur l’image pour l’agrandir
En matière de protection de la nature, la chute des revenus générés par le tourisme a été aggravée par la perte des appuis des donateurs. USAID, l’organe d’aide des États-Unis, qui représentait une source de financements importants pour les projets de conservation et d’autres organismes ont gelé leurs soutiens, alors que les volontaires du Corps de la Paix quittaient le pays. Les ONG ont demandé aux gouvernements de relâcher leur aide. Le zoo de Zurich, qui soutient un projet de conservation sur Masoala, a recueilli des milliers de signatures sur une pétition destinée à réclamer la restauration de l’ordre, le respect des lois et le retour aux aides. Il est à craindre que la suspension des projets ait effrité la confiance des communautés locales dans l’engagement des protecteurs de la nature à Madagascar à long terme.

Alors que la situation semblait s’améliorer dans la seconde moitié de l’année 2009 lorsque la gendarmerie reprenait le contrôle de quelques secteurs critiques et qu’une série d’arrestations de négociants illégaux eurent lieu (qui ont quand même été vite libérés), elle a empiré depuis la fin de l’année. À la mi-décembre il était clair que l’exportation de bois exploités illégalement reprendrait après un moratoire provisoire. Une expédition importante estimée à €14.4-57.7 million était prévue pour le 21 décembre mais une campagne menée par Ecological Internet, un groupe d’activisme basé sur la toile, semble avoir réussi à ramener la compagnie maritime française, Delmas, à la raison et celle-ci quittera le port sans chargement à bord. Un représentant de Delmas dira ultérieurement que le transport de ce bois ne valait pas les dommages risqués sur sa réputation.

Mais le sursis n’a pas duré. Le 31 décembre, l’autorité de transition de Rajoelina a autorisé l’exportation de bois précieux, en invitant les opérateurs à procéder au plus vite. Juste après la parution du décret, les informations circulant sur le terrain indiquaient une recrudescence de l’exploitation illégale dans les parcs de Masoala et de Makira. Au beau milieu d’une déroute financière, le gouvernement de Rajoelina semblait tout simplement vendre les forêts de Madagascar pour financer une élection qu’il espérait gagner pour valider sa prise de pouvoir. Pour s’en assurer, les forces de Rajoelina ont affaibli les opposants, lancé des bombes lacrymogènes sur les manifestants, arrêté des journalistes et programmé hâtivement des élections parlementaires. Leurs actions ont également consisté à refuser une série d’accords prévoyant le partage du pouvoir et qui se sont soldées par une forte condamnation de la communauté internationale. Les États-Unis ont mis un terme à un important contrat commercial à préférence tarifaire avec Madagascar et, avec d’autres pays, envisagent d’autres sanctions à venir. Les bailleurs de fonds gouvernementaux ont dit que l’aide avait peu de chance de revenir si Madagascar ne revenait pas dans un système démocratique.

En attendant, le pillage des parcs de l’île risque fort de se poursuivre.

Vous pouvez agir : Forests.org a relancé la campagne pour demander la fin de la destruction des forêts de Madagascar parties partaking in, and facilitating the destruction of Madagascar's rainforests.





Les expéditions de bois précieux sont suivies par satellites. Ces images satellite de GeoEye du 2 décembre montrant Antalaha indiquent plusieurs dépôts de bois. Les quatre plans rapprochés avec une échelle de 100 m montrent des piles de bois précieux.


Les satellites pour suivre l’exploitation illégale et le trafic de bois précieux à Madagascar
(01/29/2010) Des experts en télédétection en Europe et aux États-Unis font appel à des images satellite à haute résolution pour identifier et suivre des cargaisons de bois exploités illégalement dans des parcs et réserves de forêts pluviales de Madagascar. Les images peuvent servir à confondre les négociants impliqués dans le trafic ainsi qu’à mettre la pression sur les compagnies qui utilisent les bois précieux originaires de Madagascar.











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