Poissons contre forêts ?

Même si la côte ouest de Madagascar peut se vanter d’avoir les plus grands récifs au monde – dont l’un d’eux est vital pour des millions de personnes – du point de vue de la biodiversité mondiale, ce sont les forêts de ce pays qui sont extrêmement importantes, et extrêmement menacées. Dans un environnement où les financements pour la conservation doivent retrouver les niveaux précédants la crise financière mondiale de 2008, les financements pour la biodiversité sont remis en question, certains les estiment plus utiles sur les littoraux.

« En ce qui me concerne, le fait que les forêts commencent à être négligées commence m’inquiéter, » a déclaré Nanie Ratsifandrihamanana, directrice du WWF national. « Il y a plusieurs projets pour la vie marine qui sont connus pour avoir été des succès, et certains attirent les donateurs. Maintenant, nous avons beaucoup de financements pour les projets marins, et il y a même un embouteillage d’ONGs ayant des projets sur les problèmes marins. Je trouve qu’il est de plus en plus difficile de trouver des soutiens pour les forêts, » a-t-elle déclaré.

A starfish at low tide in Beheloke (species unknown). Photo by Rowan Moore Gerety for Mongabay.
Une étoile de mer à marée basse, à Beheloke (espèce inconnue). Crédit photo: Rowan Moore Gerety pour Mongabay.

Les projets du programme SWIOFish 2 de la Banque Mondiale ont pris forme à la suite de l’annonce faite en 2014 par le président Héry Rajaonarimampianina de tripler les zones marines protégées lors du Congrès mondial des parcs de l’UICN à Sydney, en Australie.

Harris s’inquiète qu’un tel engagement politique, doublé d’une myriade de fonds, puisse venir entraver la politique sur laquelle travaillent les ONGs et leurs homologues au gouvernement depuis de nombreuses années. « L’engagement, ou plutôt l’attrait du financement de la Banque Mondiale, suscite une telle folie et un tel intérêt que cet intérêt pourrait malencontreusement faire dévier le bon travail de terrain déjà en place, » a-t-il déclaré.

Depuis l’annonce du président en 2014, une nouvelle agence de réglementation a été créée pour contrôler la conservation dans les zones marines, avant d’être dissoute, puis reconstituée. Dans le même temps, la législation ou les réformes politiques qui pourraient faciliter le travail des communautés chargées de gérer la pêche locale avancent lentement. « On sait que c’est le moyen le plus efficace de rebâtir le marché de la pêche à Madagascar et d’en assurer la protection – ce sont des droits assurant une certaine sécurité et donnant le pouvoir aux communautés de gérer à leur guise. Mais le processus reste très difficile, très onéreux, et très obscur. » a déclaré Harris.

On peut aussi s’inquiéter du fait que les LMMA ne perçoivent pas les mêmes bénéfices économiques et de conservation que ceux engendrés lors de leurs premiers succès. « On a pu assister à l’épanouissement du contrôle de la vie marine, » a déclaré Harri, malgré des obstacles comme la vulnérabilité aux changements climatiques, la faiblesse d’un gouvernement et une population grandissante dépendante de ressources marines en déclin. Mais il ajoute, « On ne peut pas croire que ces zones sont bien gérées. La plupart de ces sites manqueront de capacité, auront incroyablement besoin d’un soutien sur le long terme, et il n’y aura pas de fermetures marines permanentes » – autrement dit, des zones protégées en permanence plutôt que des fermetures brèves pour contrôler la pêche.

D’après Harris, ce n’est pas un besoin de plus de ressources, mais plutôt que l’argent ne suffira pas à résoudre les problèmes.

Deux villages, un récif

La croissance la plus importante relative à la conservation de la faune marine ces dernières années est localisée sur la côte du sud-ouest de Madagascar. La Wildlife Conservation Society aux États-Unis et la Reef Doctor au Royaume-Uni ont rejoint Blue Ventures sur la côte nord de Toliara, la capitale de la province éponyme. Au sud, la WWF a inclus le contrôle de la pêche dans les programmes terrestres, sur le Plateau de Mahafaly, s’étendant quasiment jusqu’à la pointe sud de Madagascar, au cap Sainte-Marie. Cette croissance n’a pas été de tout repos.

Domoina Rakotomalala, en charge des projets de la WWF dans la région, explique le changement dans l’organisation des actions liées à la vie marine comme une conséquence de la migration vers la côte, due à la sécheresse et à la déforestation sur le continent. « Ça a commencé par périodes, au début des années 2000, » a-t-elle déclaré, en parlant des voisins des Vezo sur le continent, les Tanalana. « Les agriculteurs et les travailleurs dans les ranchs ont commencé à se reconvertir en pêcheurs. C’est là qu’il a fallu commencer à travailler avec les communautés, car ce ne sont pas vraiment des pêcheurs, mais plutôt des ramasseurs, » dit-elle. « À marée basse, ils sortent sur le récif et ramassent tout ce qu’ils trouvent. »

A modest octopus harvest after a day of fishing. Photo by Rowan Moore Gerety for Mongabay.
Une petite récolte de poulpe après une journée de pêche. Crédit photo : Rowan Moore Gerety pour Mongabay.

Le long de la côte, la pression exercée par ce changement de la terre à la mer a déstabilisé les fragiles plans des communautés chargées du contrôle de la pêche. À Beheloke, une route de sable traverse deux villages jumelés, qui pêchent sur le même récif. Beheloke Haut est principalement constitué de Tanala, et Beheloke Bas de Vezo.

Tovombolo, le « président fokontanais » ou chef élu du Beheloke Haut, a affirmé que des agriculteurs membres du Tanalana devenus pêcheurs ont créé des problèmes sur le récif de Beheloke. « À l’ouverture de la réserve, tout le monde y va, même si c’est la première fois. C’est ce qui cause tant de destruction, » a-t-il déclaré en référence aux premiers jours de pêche au poulpe autorisée. « Ils ne connaissent pas la mer. »

Les pêcheurs Vezo se plaignent que beaucoup de leurs voisins Tanalana ne respectent pas les fermetures saisonnières. « Certains pêchent avec des moustiquaires, » a déclaré Retsipa. Ou ils vont pêcher le concombre de mer la nuit, à l’aide de lampes torche enveloppées dans des préservatifs. « En utilisant une lampe torche, même les plus gros poissons se laissent prendre, » a-t-il déclaré.

Map shows the location of Beheloke, Madagascar. Map courtesy of Google Maps.
Cette carte montre où se situe Beheloke, à Madagascar. Avec l’aimable autorisation de Google Maps.

Il y a plusieurs années, la WWF a cherché à minimiser la possibilité d’un conflit en créant deux associations distinctes, une dans chaque village, chacune adhérant aux mêmes règles et contrôlant la pêche conjointement. Dans la pratique, et comme un pêcheur Tanalana l’a déclaré, « L’association des Tanalana est faible, et celle des Vezo est puissante. »

Cette différence joue un rôle au sein des deux communautés. Solotena Manofiky Mahavy, qui a déménagé à Beheloke Haut pour y diriger une église, a déclaré qu’il a fait partie de l’association Tanalana pendant huit ans et qu’il n’a jamais reçu l’équipement que la WWF a distribué aux dirigeants du groupe. Lui et d’autres membres affirment que l’équipement était souvent vendu au plus offrant ou distribué à quelques privilégiés, et que les membres de l’association n’avaient pas les moyens de s’unir pour demander un changement de direction.

« C’est pour ça qu’on ne respecte pas les règles, parce que le matériel n’est pas distribué équitablement, » a déclaré Mahavy. « Ça crée de la rancune. » Mahavy se saisit d’une boîte dans laquelle il conserve des appâts en bois peints fabriqués à la main et en sort une lampe torche et un préservatif. Il a grandi en pêchant à la nuit tombée avec une lampe torche. « Quand la WWF est venue nous former, j’ai arrêté, j’espérais recevoir du matériel, mais je n’ai rien reçu. Alors, si un jour je n’ai pas de bonne prise, je ressortirai peut-être la nuit. La vie est dure par ici. »

Pastor Solotena Manofiky Mahavy says he hasn’t gotten any of the equipment distributed by the fishermen’s association in the village of Beheloke Haut, in spite of the permit that comes with being a member. Photo by Rowan Moore Gerety for Mongabay.
Le pasteur Solotena Manofiky Mahavy a déclaré qu’il n’avait reçu aucun équipement distribué par l’association de pêcheurs dans le village de Beheloke Haut, malgré l’autorisation reçue lors de l’adhésion. Crédit photo : Rowan Moore Gerety pour Mongabay.

En ce qui concerne l’application de la loi, Retsipa affirme que l’association « forte » est souvent prise par surprise, capable de mettre quelques amendes aux fraudeurs sans toutefois parvenir à empêcher l’accès au récif de façon régulière. « La pêche de nuit est notre principal problème, » a déclaré Retsipa. Pourtant, l’association ne patrouille pas la nuit car elle ne dispose pas des ressources suffisantes pour payer ce genre de services. « Il est difficile de leur demander de sortir la nuit parce qu’ils doivent se lever avant l’aube pour aller pêcher. ».

En dehors des premiers jours suivants la fin des trois mois d’interdiction, les prises sont toujours problématiques. Un après-midi, plongeur après plongeur reviennent les mains vides du récif. Une heure plus tard, un adolescent revient vers le rivage avec quelques kilogrammes de poulpe dans un filet qu’il porte à l’épaule. « J’ai continué à plonger, » explique-t-il. « J’ai continué quand tous les autres sont rentrés. »

« La vie marine, c’est sexy »

Il y a quatorze ans, quand le prédécesseur de Rajaonarimampianina, Marc Ravalomanana avait promis de tripler les zones protégées à Madagascar, il s’était principalement concentré sur les forêts. Il n’y a qu’une ONG, parmi les trois plus importantes dédiées à la conservation, qui propose un projet de conservation marine durable, l’étude de la Wildlife Conservation Society sur les cétacés dans la Baie d’Antongil, et elle se limite à un unique site. En 2009, il a été fait mention de la conservation marine uniquement dans une newsletter du projet de Madagascar de l’ONG de Conservation Internationale (CI), on y faisait un rapide résumé de la conférence qui avait eu lieu sur l’Île de la Réunion.

Aujourd’hui, la conservation marine est sur le devant de la scène marketing des trois « BINGO », (les trois ONGs les plus importantes) œuvrant dans le pays. « Le CI parie sur l’économie bleu » était par exemple l’un des gros titres qu’on a pu lire en avril. La couverture du rapport annuel de 2016 de la WWF sur Madagascar présentait un groupe de femmes, debout dans l’eau, tenant une longue corde sur laquelle se trouvaient des monceaux d’algues cultivées via l’aquaculture.

« La vie marine, c’est sexy, » a déclaré un des principaux managers de l’une des trois « BINGO » à Mongabay, il a demandé à rester anonyme pour ne pas faire fuir les donateurs. Il a énoncé une liste de tendances qui se sont emparées du milieu de la conservation à Madagascar depuis les années 1990 : « On était d’abord centrés sur les espèces, puis sur les écosystèmes, les zones protégées. Il y a aussi des mini-tendances : les capitaux naturels, les services aux écosystèmes. »

Quand on lui demande si la popularité de la conservation marine représentait une menace pour les financements pour la conservation terrestre, le manager répond : « Je suis en train de le vivre. »

« Selon moi, ce monde de développement et de conservation internationale est un monde centré sur les phénomènes de mode, » a écrit Benjamin Garnaud, directeur de projet au sein de la SWIOFish2, dans un mail envoyé à Mongabay. « La mode actuelle, ce sont les océans, l’économie bleue… C’est le cas à la Banque Mondiale (pas seulement à Madagascar) ! »

Le secteur privé peut-il aider ?

L’un des éléments fondamentaux de cette tendance est les partenariats du secteur privé, dans l’exportation de poulpes et de homards, mais aussi dans le domaine de l’aquaculture, transformant les baies sablonneuses faisant face aux villages de pêcheurs en fermes sous-marines. Les concombres de mer sont cultivés dans des enclos d’où les crabes, leurs prédateurs, sont chassés toutes les semaines. Des tas d’algues rouges (Kappaphycus alvarezii) sont nouées sur de longues cordes, où elles gonflent en quelques semaines, comme une vigne.

En juillet, Julienne Dany Andrien a pataugé dans la baie de Beheloke Bas pour dénouer les rangées d’algues rouges après que de fortes bourrasques l’aient empêchée d’aller dans l’eau pendant plus d’une semaine. Traditionnellement, explique-t-elle, la pêche au poulpe était le travail des femmes ; les hommes ont pris la relève quand la situation est devenue plus difficile. « Avant, il n’y avait rien à faire, » a-t-elle déclaré. « Quand on cherchait du poulpe, il n’y en avait pas. Après, on a commencé à planter du manioc, mais il ne pleuvait pas. »

D’après Andrien, l’argent touché par la culture d’algues leur ont permis, à elle et sa fille, de renvoyer ses petits-enfants à l’école qu’ils avaient dû quitter pendant plus d’un an car ils n’avaient plus les moyens d’y aller.

La carraghénine extraite des algues est largement utilisée dans le secteur de l’alimentaire en tant que gélifiant ou épaississant. L’Indian Ocean Trepang (IOT), un groupe français localisé à Madagascar et affilié au principal acheteur de poulpes dans la région, achète également des algues, pour 500 ariarys le kilo, permettant ainsi à Andrien de gagner jusqu’à 20 ou 25 dollars, les bons mois.

ulie Dany Andrien, who grows seaweed with her daughter, says fishing got so bad that the family couldn’t pay school fees for her grandchildren. She says the income from seaweed has enabled them to send the kids back to class. Photo by Rowan Moore Gerety for Mongabay.
Julie Dany Andrien cultive l’algue avec sa fille. Selon elle, la pêche est si mauvaise que sa famille n’a pas pu payer l’école pour ses petits-enfants. Selon elle, l’argent touché grâce aux algues leur a permis de les y renvoyer. Crédit photo : Rowan Moore Gerety pour Mongabay.

Le principal avantage de la culture d’algues est qu’il s’agit d’une ressource en pleine croissance. Contrairement à la pêche, la production globale d’une communauté augmente au fur et à mesure que ladite communauté s’agrandit. Il y a aussi quelques bénéfices supplémentaires : les cultures d’algues sont délimitées par des filets, créant un habitat rare qui attire les poissons au fond des baies, alors qu’auparavant, il n’y en avait aucun. Et selon un pêcheur : « Quand on plante des algues, elles ne touchent pas le récif. »

Tout ce système repose sur une triple collaboration entre les communautés, les ONGs et des sociétés comme IOT : les ONGs aident les communautés à créer et gérer des associations d’aquaculteurs, ce qui leur permet de travailler tous ensemble et d’interagir avec le gouvernement, tandis que l’IOT leur offre un marché et des formations spécialisées dans la culture d’algues.

Selon Rakotomalala, la WWF a fait un pas en arrière, dans son projet de financement direct d’activités de subsistance, comme c’est souvent le cas sur terre. Elle a préféré se placer en tant qu’intermédiaire entre les communautés et le secteur privé. Selon elle, cela contribue à une chose : « On travaille avec une partie de la communauté, pas toute la communauté. »

« On choisit les vainqueurs, » a déclaré Benjamin Pascal, chargé de superviser les relations entre les communautés et les formations en aquaculture pour l’IOT, qui est actuellement, le seul acheteur d’algues sur la côte sud-ouest. « On ne veut pas impliquer 100 % de la population, on fait le boulot d’un secteur privé, mais si on arrivait à mobiliser 20 % de la population, ce serait génial. Ça rapporte plus d’argent au village, et les propriétaires de cultures peuvent devenir des micro-entrepreneurs. »

Les ONGs rencontrent des difficultés pour convaincre la société de proposer de meilleurs prix aux producteurs. D’après Emma Gibbons, directrice nationale de Reef Dcotor, même le producteur d’algues le plus prospère de la région ne gagne que 100 dollars par mois, mais la plupart gagne beaucoup moins. C’est donc difficile de faire de la culture d’algues une voie de développement, tant que les stocks de poissons continuent de diminuer. D’après Gibbons, « Il y a une énorme différence » entre offrir un moyen de subsistance alternatif à la pêche et offrir simplement une rentrée d’argent supplémentaire.

D’après Pascal, les concombres de mer pourraient rapporter plus aux aquaculteurs locaux, mais seulement à condition que l’IOT continue de proposer des jeunes concombres de mer élevés dans des alevinières à des prix raisonnable. Pour l’instant, il affirme que la culture des concombres de mer ressemble plus à une sorte de programme de « responsabilité sociale des entreprises ». Avec le temps, elle pourrait être menacée par les projets de développement des opérations d’aquaculture menées directement par la société. Quand on lui demande quand le taux d’aquaculture des concombres de mer sera viable à l’échelle d’un village, sans soutien ni financement d’ONGs, Pascal répond, « Pour nous, jamais. »

Selon lui, en l’état actuel des choses, l’appétit des ONGs et des donateurs pour le développement de l’aquaculture d’algues sur la côte a dépassé la capacité de l’IOT de proposer une supervision technique qui garantirait une qualité du produit. À Beheloke par exemple, la WWF a commencé à fournir du matériel destiné à l’aquaculture d’algues sans soutien technique de l’IOT, et selon Pascal, cela a engendré de faibles récoltes.

« [L’IOT] ne voulait pas vraiment se développer au départ, » déclare-t-il. « La WWF voulait faire dans l’algue, mais leur agent n’allait pas dans l’eau. Il supervisait le travail de loin… Alors, on a commencé à s’en charger, au lieu de regarder la population se décourager et que ce soit plus difficile de recommencer. »

Briser la mentalité de projet

À entendre Dieudonné, la côte au nord de Toliara est déjà recouverte des restes des précédents projets de conservation et de développement. Dieudonné, la soixantaine, a eu plusieurs rôles dans quasiment tous les projets qui se sont développés dans son village natal, à Andrevo, à une cinquantaine de kilomètres de la ville.

En 1998, Le Programme de Développement des Nations Unies a créé l’Association LOVASOA, pour superviser la construction de nouveaux puits d’eau potable et la distribution de matériel de pêche ; en 2004, l’association a reçu un énorme bateau avec des moteurs hors-bord pour que les pêcheurs puissent atteindre des eaux plus riches et plus éloignées des côtes. Selon Dieudonné, ce bateau a été utilisé deux fois avant d’être abandonné car l’essence était trop chère. Il est resté dans un coin jusqu’en 2008, où il a été volé. En 2001, la Banque Mondiale a offert une bourse afin de créer un système de permis de pêche, un projet qui a échoué un an plus tard. Une autre association qui a échoué, la FITAHIANSOA, qui a été créée en 2003 et devant servir de transport pour un autre projet de distribution de matériel de pêche. En 2008, l’ONG française, Trans Mad’Développement a lancé une opération d’aquaculture de concombres de mer, mais elle s’est retrouvée à court d’argent deux ans plus tard.

Selon Dieudonné, un seul groupe lié à la pêche, l’association FIKASOA, a réussi à survivre à toutes les autres, mais elle rencontre toujours des difficultés pour attirer les ONGs venant en ville. « Chaque fois qu’il y a un nouveau projet, on demande une liste d’équipements » pour aider à l’amélioration de la pêche ou à développer l’accès à l’aquaculture d’algues, a déclaré Dieudonné, « et on n’a jamais de réponse. »

Dieudonné looks over drying seaweed near his home in Andrevo, north of Toliara. Photo by Rowan Moore Gerety for Mongabay.
Dieudonné regarde des algues séchées près de son village natal, à Andrevo, au nord de Toliara. Crédit photo : Rowan Moore Gerety pour Mongabay.

« Vous trouverez dans tous les villages, l’ombre d’associations, » a déclaré Gibbons, de Reef Doctor, qui a vécu et travaillé dans cette région pendant 14 ans. « Des projets sont lancés et durent deux, trois, cinq ans. Mais ils ne s’intègrent pas aux projets déjà existants. »

Un double défi manifeste, le long de la côte sud-ouest, menace de saper le contrôle de la pêche à l’échelle locale : d’abord, le besoin de renforcer les associations et les organismes de pêche pour qu’ils survivent aux conflits ou qu’ils aient plus de poids auprès des partenaires du secteur privé ou à but non-lucratif. Ensuite, le besoin de remplir le vide laissé par un gouvernement généralement silencieux.

Harris, de Blue Ventures, demande « de briser la mentalité de projet » qui a contribué à la disparition des clients, à Andrevo. Pour lui, les succès de Blue Ventures sont largement dus à un engagement sur le long terme envers les mêmes communautés, les mêmes villes. Ce qui a été facilité par le financement de deux fondations privées, le Helmsley Charitable Trust et la Fondation MacArthur. Récemment, ces deux fondations ont décidé de réduire le nombre de leurs programmes à Madagascar, que ce soit pour la conservation marine ou terrestre. Dans les deux cas, la décision a découlé du décès d’un membre du conseil d’administration qui était un fervent défenseur de la conservation.

Pour Harris, cela souligne un autre risque qui survient pour chaque tendance : on ne sait jamais combien de temps ça va durer.

Image de l’en-tête : Sanazy, de Beheloke Haut, affirme que « la faim » l’a poussée à se lancer dans l’aquaculture d’algues il y a trois ans : les bons mois, elle gagne environ 20 dollars grâce à ses cultures. Crédit photo : Rowan Moore Gerety pour Mongabay.

Rowan Moore Gerety est reporter et producteur radio à Miami. Pour en savoir plus sur son travail, rendez-vous sur www.rowanmg.com.

C’était le cinquième article de la série de Mongabay sur « La conservation à Madagascar », publié à l’automne 2017.

Citations

Oliver, T.A., Oleson, K.L., Ratsimbazafy, H., Raberinary, D., Benbow, S., & Harris, A. (2015). Positive Catch & Economic Benefits of Periodic Octopus Fishery Closures: Do Effective, Narrowly Targeted Actions ‘Catalyze’Broader Management?. PloS one, 10(6), e0129075.

Bringing in the day’s seaweed harvest in the village of Beheloke. Photo by Rowan Moore Gerety for Mongabay.
Retour des récoltes d’algues de la journée dans le village de Beheloke. Crédit photo : Rowan Moore Gerety pour Mongabay..
Article published by Maria Salazar
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