Selon une étude, l’agriculture est responsable de la perte de 13,2 millions d’hectares de forêts et d’espaces boisés, en dix ans, en République démocratique du Congo (RDC), l’un des importants pays du bassin du Congo, en Afrique centrale.
Issues de l’imagerie satellitaire et rendues publiques par World Ressources Institute (WRI), ces données pointent du doigt les agriculteurs essayant de se nourrir, selon Félix Bongelemba, un représentant coutumier des communautés du village Bolenge, situé dans la province de l’Equateur au nord-ouest du pays.
L’étude indique que, sur les 13,21 millions d’hectares perdus, 11,2 millions d’hectares, soit 85 %, se trouvent dans les espaces « hors affectation », notamment des forêts primaires ayant connu des pics de 0,75 %, soit 1 377 807 ha sur un ensemble de paysages arborés de 182 829 150 ha, en 2024.
Elle souligne que certaines provinces ont perdu parfois plus de 10 % de leur superficie. C’est le cas du Sud-Ubangi (14 %) dans le Nord du pays, du Kwilu dans l’Ouest (14 %), ou encore du Sud-Kivu (8,8 %) dans l’Est. Mais c’est la province de Tshopo, située dans le nord du pays, qui a enregistré la plus forte perte de forêts, soit 1 152 099 ha (5,9 %) par rapport à la situation de 2015.
« L’agriculture itinérante demeure de loin la principale cause de cette perte entre 2016 et 2025. Elle est, à elle seule, responsable de 84 % des pertes enregistrées, soit environ 11 099 740 ha de couvert arboré perdus au cours de cette période », indique l’étude de WRI.
Pour Bongelemba, cette situation est une conséquence de la dégradation des conditions sociales des paysans, sans encadrement, qui se trouvent portés à occuper constamment de nouvelles terres forestières.
Dans la province de l’Equateur ayant par exemple perdu 570 111 ha de sa superficie arborée en 2024, la culture de manioc, l’aliment de base dans la région, ne bénéficie pas suffisamment d’encadrement pour de meilleurs rendements sur des espaces réduits.
« Les gens doivent cultiver ; ils doivent manger. Mais ils doivent être pris en charge : on doit les éduquer, les encadrer. Ici, il n’y a pas de sensibilisation », explique-t-il. Et d’ajouter : « Ce qui m’inquiète, c’est le manque d’intervention directe. C’est comme si c’était un problème que nous regardons sans qu’il y ait des actions concrètes ».
Selon WRI, certaines provinces, comme le Lualaba (143 590 ha), le Bas-Uele (135 541 ha) ou encore le Tanganyika (129 997 ha), ont réalisé d’intéressants gains de couvert forestier depuis l’année 2000.
Image de bannière : Une femme dans un champ de manioc en RDC. Image de Thukuk via Wikimedia Commons.