Inquiets pour la destruction de leurs moyens de subsistance, 396 habitants des territoires de Djugu et d’Irumu, en Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), mettent la pression sur la justice, afin qu’elle accélère l’examen du contentieux portant sur les projets pétroliers Tilenga et Kingfisher, développés en Ouganda dans le bassin du Rift albertin.
À travers une pétition datée du 9 septembre 2026, suivie d’une déclaration, les communautés de ces régions affirment que l’exploitation de ces gisements fait peser une menace directe de pollution pétrolière sur les eaux du lac Albert, avec des répercussions liées à une baisse des stocks de poissons, à une insécurité alimentaire et à une dégradation de la biodiversité aquatique, aussi bien pour les congolais que les ougandais.
« Nous avons confiance en vous. Veuillez programmer et examiner nos affaires dans les plus brefs délais », écrit Moïse Uweci, représentant communautaire, dans la pétition adressée au président de la Cour de justice de la Communauté d’Afrique de l’Est (EACJ). « Nous avons besoin de votre protection contre les dommages irréversibles que les activités pétrolières de l’Ouganda risquent de causer au lac Albert », précise-t-il.
Accompagnés par l’Alerte congolaise pour l’environnement et les droits de l’homme (ACEDH), les signataires demandent à cette juridiction de fixer sans délai les dates d’audience, pour l’examen de deux recours déposés contre ces projets pétroliers en Ouganda voisin.
« Notre organisation considère la pétition communautaire comme une expression légitime des communautés directement affectées par les activités des projets pétroliers Tilenga et Kingfisher, en RDC. Les communautés souhaitent que les mécanismes judiciaires régionaux jouent pleinement leur rôle dans la protection des droits humains, de l’environnement et des intérêts des communautés, tout en répondant aux préoccupations liées au changement climatique », souligne Olivier Ndoole, secrétaire exécutif de l’ACEDH.
Basé dans les districts de Buliisa et Nwoya, dans la région du lac Albert, le projet Tilenga est opéré par TotalEnergies à 56,67 % en partenariat avec Kingfisher, et par la Compagnie nationale chinoise (CNOOC). Il prévoit le développement de six champs et comprend le forage d’environ 400 puits à partir de 29 emplacements.
Pour Alain Manzekele, chercheur à International Centre for Peace and Environment Protection by Peasant Communities (ICPEP), une organisation de défense de l’environnement et des droits humains, basée au Nord-Kivu, aucun mécanisme de compensation n’est prévu pour les communautés congolaises affectées. Il s’inquiète d’une possible dégradation des revenus des populations vivant de la pêche. « Si les frayères à l’Est sont détruites, les stocks de poissons, côté congolais, s’effondrent », affirme-t-il au téléphone à Mongabay.
Image de bannière : Des pêcheurs au bord du lac Albert en RDC. Image de ACEDH.