Une lettre du directeur général de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), Yves Milan Ngangay, envoyée le 28 août 2026, à plusieurs institutions publiques congolaises, suspend momentanément les permis CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) d’exportation des primates.
Cette mesure transitoire fait suite à l’épidémie à virus Ebola et à sa variante Bundibugyo, sévissant en République démocratique du Congo (RDC) depuis mai 2026. La lettre précise que cet arrêt temporaire des flux d’exportation s’inscrit dans un « principe de précaution » visant à protéger ces animaux, qui présentent un taux de mortalité très élevé s’ils sont infectés, selon l’Organisation mondiale pour la santé animale.
Le primatologue congolais, Félix Bofeko, spécialiste de l’habituation des Bonobos (Pan paniscus) au Parc national de la Salonga, au nord du pays, indique que cette mesure va favoriser la conservation in situ des primates, et les prévenir de la transmission des maladies zoonotiques.
« Les humains sont des réservoirs pouvant porter des germes pathogènes qui sont bénins pour eux; mais une fois en contact avec les animaux sauvages, ces pathogènes peuvent devenir virulents et entraîner la décimation de population animale », explique-t-il à Mongabay par téléphone.
Ce point de vue est également partagé par la biologiste américaine Julie Sherman, directrice exécutive de l’ONG américaine Wildlife Impact, active dans la promotion de la conservation de la faune sauvage, le bien-être des animaux et la protection de leurs habitats.
« Le commerce des gorilles, des chimpanzés et des bonobos implique des contacts étroits entre les animaux et les humains, ce qui présente un risque élevé de transmission de la maladie, tant pour les grands singes que pour les personnes », dit-elle dans un courriel à Mongabay.
Le spectre de Vantara plane
Cette mesure, saluée à l’unisson par les conservationnistes, cache mal la triste réalité du trafic, dont font l’objet des centaines de primates en RDC, ces dernières années. Elle implique par ailleurs une suspension du commerce des primates entre la RDC et la très controversée compagnie indienne Vantara, réputée être le principal acquéreur de primates dans le pays, dans des conditions très critiquées par les conservationnistes.
Dans un centre de réhabilitation des espèces sauvages menacées, une source sous couvert d’anonymat se dit très préoccupée par les accords conclus avec Vantara, sur l’origine des animaux exportés, les conditions dans lesquelles les permis CITES ont été délivrés et les données scientifiques utilisées pour justifier les prélèvements des primates destinés à l’exportation.
Image de bannière: Deux bébés gorilles de montagne orphelins sauvés des braconniers dans le Parc national des Virunga en RDC. Image de MONUSCO Photos via Wikimedia Commons.