Près de 21 organisations de la société civile camerounaises, engagées dans la filière cacao, dans la protection de l’environnement, la défense des droits humains et le développement durable, s’inquiètent de l’essor de technologies de fabrication des ingrédients du chocolat, à partir de cellules de cacao produites en laboratoire.
S’exprimant au nom de ces organisations, Celestin Tina Biyo’o souligne que ces « alternatives cellulaires aux fèves de cacao » consistent par exemple à sélectionner une fève présentant les caractéristiques recherchées par le marché, notamment en termes de qualité et de traçabilité, puis à en reproduire en laboratoire les cellules et la matière, afin d’obtenir une matière destinée à la fabrication du chocolat. « Il ne s’agit pas de cacao artificiel, il s’agit du chocolat produit sans cacao », dit-il à Mongabay par téléphone.
Diffusée par le collectif de ces organisations en septembre 2026, la note de position cite notamment les travaux de la start-up israélienne Celleste Bio, réalisés en partenariat avec la multinationale Mondelēz International, ainsi que des recherches auxquelles sont associés d’autres acteurs européens de l’industrie du chocolat. « Le développement de plaquettes de chocolat à base de beurre de cacao synthétique, produit en laboratoire par culture cellulaire et intelligence artificielle, sans recours aux fèves de cacao ni au travail de la terre, est présenté à tort comme une avancée écologique », indique la note.
Les signataires reconnaissent que la déforestation liée au cacao est une réalité et qu’elle doit être combattue. Mais ils soulignent l’absence d’une analyse du cycle de vie permettant de comparer l’empreinte carbone de cette nouvelle production à celle du cacao cultivé dans des systèmes agroforestiers.
Ils craignent également qu’une substitution à grande échelle du cacao agricole par des ingrédients produits en laboratoire réduise à terme la demande de fèves et, par conséquent, les revenus des producteurs. Les financements alloués à la recherche sur le cacao de laboratoire pourraient plutôt être orientés vers les producteurs pour « soutenir ceux qui s’investissent dans la production du cacao agroforestier », dit Tina Biyo’o.
Pour Guillaume Tati, expert congolais indépendant en développement durable, l’enjeu dépasse toutefois les revenus des producteurs, étant politique et stratégique. Il estime que le développement du chocolat de laboratoire pourrait, entre autres, avoir pour objectif de « réduire le poids des pays producteurs africains dans leurs relations avec les acteurs qui transforment et commercialisent cette matière première ».
Il recommande ainsi aux organisations de ne pas concentrer leur argumentaire sur les conséquences économiques et sociales, mais de documenter scientifiquement les avantages et les inconvénients du chocolat de laboratoire par rapport au cacao naturel.
Image de bannière : Forte déforestation avec des jeunes plantes de cacao et de bananier plantain à Nkondjock au Cameroun. Image de CODED avec son aimable autorisation.