Une étude publiée le 30 juillet 2026, dans Nature Communications, révèle que des exportations de cobalt de la République démocratique du Congo pourraient contenir des traces d’uranium naturel.
S’appuyant sur une modélisation basée sur des données géologiques et commerciales, les chercheurs estiment qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium auraient été exportées vers la Chine entre 2000 et 2024, au sein de cargaisons d’hydroxyde de cobalt.
L’étude s’appuie notamment sur un mémo interne de l’AIEA de 2009, évoquant l’exportation d’uranium du Katanga comme sous-produit du cobalt.
« Tout est parti d’un mémo confidentiel de l’AIEA obtenu en 2024. Nous avons ensuite confronté ce document à des données de production minière, aux statistiques commerciales, aux achats de produits chimiques nécessaires pour retirer l’uranium du cobalt, ainsi qu’à des témoignages d’acteurs du secteur. L’objectif n’était pas d’affirmer que chaque cargaison contient de l’uranium, mais d’estimer, à partir des informations disponibles, l’ampleur potentielle du phénomène. », a expliqué sur RFI, Tomas Statius, journaliste à Lighthouse Reports et coauteur de l’enquête.
Le gouvernement congolais conteste fermement ces estimations et soutient que ces conclusions reposent sur « une modélisation de premier ordre » aux marges d’incertitude élevées, et non sur des contrôles directs. Dans un communiqué publié le 6 août 2026, Kinshasa rappelle que la co-minéralisation de ces métaux dans le Lualaba et le Haut-Katanga est un phénomène géologique connu depuis plus d’un siècle.
« La présence naturelle d’uranium dans les gisements cuprifères et cobaltifères des provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, est un fait naturel géologiquement établi. Cette présence ne constitue ni une anomalie ni le fruit d’une démarche intentionnelle, ni même une violation des engagements internationaux de la RDC », précise le gouvernement dans son communiqué.
Le gouvernement a annoncé le lancement d’une campagne d’analyses contradictoires sur des échantillons représentatifs, confiée à des laboratoires national et international accrédités, ainsi que la création d’un groupe de travail interministériel et la demande d’un appui technique à l’AIEA.
Dans sa réaction le 5 août dernier, l’Union des sociétés minières aux capitaux chinois en RDC (USMCC) affirme qu’« aucun produit de cobalt extrait, transformé et exporté par les entreprises minières chinoises en activité dans le sud-est de la RDC, ne présente de teneur excessive en uranium ». « Nous continuerons de fournir au marché mondial des produits cobaltifères de haute qualité », dit-elle, appelant le secteur à « ne pas croire ni propager les rumeurs infondées ».
Alors que près de 95 % du cobalt congolais est exporté vers la Chine pour y être raffiné, cette controverse relance le débat sur la traçabilité des minerais critiques de la RDC.
Image de bannière : Des mineurs artisanaux de cobalt en RDC. Image de The International Institute for Environment and Development via Wikimedia Commons.