La Confédération nationale des producteurs agricoles du Congo (CONAPAC-RDC) demande que les variétés semencières traditionnelles soient « officiellement reconnues par l’État », à travers leur inscription au Catalogue national des variétés (Cnv), dans le cadre de la future loi semencière du pays. Cette demande a été présentée, le 17 août dernier, au premier vice-président de l’Assemblée nationale de la RDC, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi. L’organisation paysanne demande également, entre autres, la mise en place d’une politique de promotion des banques de semences traditionnelles, ainsi que la reconnaissance du métier d’agri-multiplicateur, qui consiste à produire et à multiplier des semences destinées à être utilisées par d’autres agriculteurs.
« Les semences dites paysannes sont des semences que les agriculteurs sélectionnent, conservent et reproduisent eux-mêmes au fil des récoltes, et qu’ils peuvent également échanger entre eux. Le problème est que certaines de ces variétés traditionnelles ne sont pas officiellement reconnues par les États, et que les pratiques des agriculteurs autour de ces semences ne sont pas toujours prises en compte par les lois semencières », explique à Mongabay, Dr Samuel Nanga Nanga, chercheur à l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) au Cameroun.
Mongabay a constaté que la revendication de la CONAPAC s’inscrit dans un plaidoyer plus large porté, en Afrique, par plusieurs organisations en faveur de la reconnaissance juridique des systèmes semenciers paysans. En août 2026, African Center for Biodiversity (ACB), une organisation africaine de recherche et de plaidoyer, a appelé à mieux protéger les systèmes semenciers paysans dans les nouvelles politiques semencières en cours d’élaboration à l’échelle africaine. Elle craint que certaines règles conçues pour protéger les variétés commerciales et les droits de leurs obtenteurs ne limitent ces pratiques traditionnelles, si les systèmes semenciers paysans ne bénéficient pas de dispositions spécifiques.
En juin 2026, Alliance for Food Sovereignty in Africa (AFSA), un réseau panafricain d’organisations de la société civile, appelait les États africains à reconnaître et à protéger les systèmes semenciers gérés par les agriculteurs et leurs droits de conserver, d’utiliser, d’échanger, de reproduire et de vendre leurs semences. En Tanzanie, à travers son initiative Our Seeds Our Rights, le réseau associatif PELUM Tanzania plaide pour que les lois et réglementations reconnaissent les droits des agriculteurs sur leurs semences, notamment la possibilité de les multiplier, de les conserver, de les partager et de les échanger.
Selon le communiqué de l’Assemblée nationale congolaise, le député Tshilumbayi, porteur de l’initiative de loi semencière, s’est engagé à œuvrer pour que le texte soit examiné et adopté lors de la prochaine session parlementaire, en septembre 2026.
Image de bannière : Semence traditionnelle de maïs jaune. Image de Patrice Soglo pour Mongabay.