Selon l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), les fonds, alloués jusqu’ici par la Banque africaine de développement (BAD), n’ont servi qu’à financer massivement un modèle industriel marginalisant les petits exploitants, un modèle qu’il qualifie de « climato-intelligent ».
Dans deux récentes études qu’elle a menées, l’AFSA montre que la BAD apporte très peu de soutien aux petits producteurs qui nourrissent la majeure partie du continent malgré son statut de principal partenaire financier agricole en Afrique, d’après un communiqué de presse partageant les résultats de ces travaux, diffusé le 27 mai 2026, par Dr Million Belay Ali, coordonnateur général de l’AFSA.
Dans la première étude sur le portefeuille des financements agricoles de la BAD de 2019 à 2025, l’AFSA conclut que la banque investit massivement dans l’agriculture africaine, mais que ses financements soutiennent principalement un modèle agricole industriel fondé sur les engrais chimiques, les semences hybrides, la mécanisation, les monocultures et les grandes chaînes de valeur agroindustrielles, au détriment de l’agroécologie, de la souveraineté alimentaire et de la justice climatique.
Dans la deuxième étude datant de 2024, qui analyse les 40 accords nationaux du programme Dakar 2 « Nourrir l’Afrique », une initiative portée par la BAD et les gouvernements africains pour accélérer la transformation agricole du continent et renforcer sa sécurité alimentaire, l’AFSA révèle que cette initiative, prévoyant 61 milliards USD pour transformer l’agriculture africaine, privilégie une modernisation agricole à grande échelle, qui pourrait favoriser la concentration foncière, renforcer la dépendance aux multinationales et marginaliser les systèmes agricoles diversifiés, portés par les petits producteurs africains.
Haseeb Bakhtary, responsable des systèmes agricoles et alimentaires chez Climate Focus, un groupe de réflexion basé aux Pays-Bas, observe qu’environ 71 milliards USD pourraient être annuellement nécessaires pour soutenir les 65 millions de petits exploitants agricoles en Afrique subsaharienne. « En Afrique, ces fonds devraient être investis dans la promotion des pratiques agroécologiques résilientes, tout en garantissant des moyens de subsistance grâce à des systèmes d’alerte précoce au profit des petits exploitants agricoles », confie-t-il à Mongabay.
L’Afrique est touchée de manière disproportionnée par le changement climatique. Or, ses émissions de combustibles fossiles devraient augmenter rapidement dans les années à venir, à en croire les experts. « Donner la priorité aux agriculteurs africains dans les systèmes d’information climatique peut tout changer, mais le financement reste essentiel », affirme à Mongabay Patricia Nying’uro, climatologue et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Image de bannière : Le soutien aux systèmes diversifiés et pilotés par les agriculteurs, qui nourrissent la majeure partie du continent, demeure marginal. Image de Aimable Twahirwa pour Mongabay.