La Guinée a annoncé, le 21 juin dernier, l’interdiction de l’exportation de l’or brut et l’obligation de raffiner le métal précieux sur son territoire avant toute commercialisation à l’étranger. « La Guinée est la deuxième réserve aurifère d’Afrique de l’Ouest. Son or quitte son sol chaque jour à l’état brut, chargé dans des avions, emporté vers des raffineries étrangères pour être transformé ailleurs, certifié ailleurs, vendu ailleurs », a expliqué le président de la transition, le général Mamadi Doumbouya, lors d’une rencontre à Conakry, la capitale du pays, avec les représentants des sociétés minières industrielles et les acteurs de l’exploitation aurifère artisanale. « La Guinée perçoit des miettes, des redevances calculées sur un métal, qui ne vaut pas encore son vrai prix au moment, où il franchit nos frontières. Pendant ce temps, d’autres captent la valeur ajoutée, d’autres créent les emplois, d’autres bâtissent leur ville avec notre or. Je mets fin à cela dès aujourd’hui », a-t-il indiqué.
Selon la présidence guinéenne, cette décision s’inscrit dans une stratégie visant à renforcer la souveraineté économique du pays sur ses ressources naturelles. Elle est également liée à l’entrée en service prochaine de la Nimba Gold Refinery, une raffinerie d’or portée par des investisseurs privés, soutenue par les autorités guinéennes, et présentée comme un outil stratégique pour le développement de la filière aurifère.
La Guinée rejoint ainsi plusieurs pays africains engagés dans la transformation de leurs ressources minières sur leur territoire avant toute exportation. Le Botswana, par exemple, est régulièrement présenté par la Banque mondiale et d’autres institutions de développement comme un exemple. Grâce à des accords conclus avec De Beers, une entreprise diamantaire fondée en Afrique du Sud et l’un des principaux acteurs mondiaux de l’industrie du diamant, le pays a progressivement développé sur son territoire des activités pour valoriser le minerai sur place.
« Au plan environnemental, la Guinée pourrait, par cette mesure, améliorer la traçabilité de sa production aurifère souvent associée à des problèmes de déforestation, de pollution des cours d’eau, d’extraction dans des zones forestières sensibles ou à proximité d’aires protégées », déclare à Mongabay, Freddy Kitoko, avocat international congolais et expert des questions minières. « La Guinée devra mettre en place des mécanismes efficaces de contrôle et accompagner les acteurs de l’exploitation artisanale dans cette transition », souligne Kitoko.
Image de bannière : Les Monts Nimba en Guinée, une réserve naturelle classée patrimoine mondial de l’UNESCO, hébergent les crapauds vivipares, une espèce rare (Nimbaphrynoides occidentalis) sous la menace de l’exploitation minière. Image de Mlanguy via iNaturalist (CC BY-NC 4.0).