Au Gabon, un outil basé sur l’intelligence artificielle appelé Gentia et la plateforme d’analyse Mozaic Earth permettent de mesurer la biodiversité et la restauration écologique sur des sites miniers. Le système développé par le groupe minier et métallurgique Eramet, et sa filiale gabonaise, la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), qui exploite le gisement de manganèse de Moanda au sud-est du Gabon, l’un des plus riches au monde, a fait l’objet d’un test pilote concluant présenté le 29 avril 2026.
Combinant intelligence artificielle, images satellites, drones et données de terrain, cette solution permet de mesurer et de suivre la réhabilitation des sites après l’extraction, notamment la reconstitution des sols et la reforestation. Les tests de terrain, selon Eramet, ont été menés entre septembre et décembre 2025 sur « cinq sites représentant différentes étapes de la réhabilitation post-minière ». Ils ont été validés par les scientifiques de l’Herbier national du Gabon, le centre scientifique du pays qui étudie et conserve les plantes. Au terme du test, l’outil a réussi à distinguer les espèces plantées par l’homme de celles qui recolonisent naturellement le site, ainsi qu’à détecter précocement les espèces exotiques envahissantes.
Le test est jugé « hautement encourageant », selon Eramet, car il prouve que l’on peut désormais évaluer de manière scientifique si une entreprise minière a réellement réussi à restaurer le site à la fin de ses activités. Les concepteurs affirment que cette solution permet de surveiller des surfaces immenses en un temps record, contrairement aux inventaires classiques réalisés à pied par des botanistes lents et limités géographiquement.
Manual Venceslas Prossie, expert camerounais en cartographie appliquée à la gestion durable des territoires et en télédétection, affirme à Mongabay que cette approche est scientifiquement crédible, car elle a été validée par l’Herbier national du Gabon. « La combinaison d’images satellites, de drones et d’observations de terrain est aujourd’hui l’une des meilleures méthodes pour suivre la restauration écologique. Mais, sans validation scientifique locale, une intelligence artificielle de biodiversité reste fragile. Ici, les données ont été contrôlées par des spécialistes des plantes, ce qui renforce fortement la fiabilité du modèle », souligne Prossie.
Ce dernier met toutefois en garde contre une trop grande confiance dans les intelligences artificielles. « Une intelligence artificielle ne remplace pas totalement l’expertise humaine. Les résultats dépendent de la qualité des données d’entraînement, des conditions climatiques et surtout du nombre d’espèces réellement connues dans les bases de données. En forêt tropicale, où la biodiversité est extrêmement complexe, il peut encore y avoir des erreurs d’identification. L’utilisation de l’intelligence artificielle doit toujours être combinée aux méthodes traditionnelles humaines, comme les relevés écologiques réalisés par des experts », dit Prossie.
Image de bannière : Une mine ouverte dans une forêt. Image de Elodie Toto pour Mongabay.