Le 5 avril 2026, Pierre Mutaba, âgé de 62 ans, perd tragiquement sa jambe droite broyée par un arbre. L’exploitation forestière vient de faire sa victime dans la province de l’Équateur, en pleine forêt équatoriale congolaise.
Habitant Ilema, une localité située à 9 km de Boende, l’un des grands centres de l’Equateur, Mutaba orientait ses porcs vers leur enclos, au campement de la forêt Bokolongo, dans le secteur de Losanganya, groupement Lingoy, lorsqu’il a été surpris par la chute de l’arbre dans la forêt d’Ilema, rapporte Faustin Bompose, le porte-parole de la société civile locale, à Mongabay.
Mais, pour les « abatteurs d’arbres », dont Bompose rapporte également la version des faits, Mutaba aurait imprudemment pris part à la chute d’un arbre en cours d’abattage, après avoir demandé une cigarette aux « bûcherons ». La victime a été transportée au centre de santé de référence de Djoa.
Selon Bompose, les « bûcherons » sont des employés de la société King Baisheng Forestery Development (COKIBAFODE), filiale de Wan Peng, une entreprise chinoise d’exploitation du bois établie également dans la province de Mongala voisine, appartenant aussi à Wan Peng. Cette dernière est citée dans le rapport d’EIA (Environmental Investigation Agency) relatif aux crimes environnementaux. À propos de ces crimes, le rapport décrit un système de pots-de-vin, une surexploitation forestière et le non-respect des permis d’exploitation pratiqués par des sociétés chinoises.
En Équateur, d’après Bompose, COKIBAFODE opère sur la base des permis forestiers Nᵒ 001/20 et 002/20, que l’État congolais a annulés, par l’arrêté de la ministre de l’Environnement, en date du 26 janvier 2024. Ce que confirme Félix Bongelemba, le représentant coutumier des communautés du village Bolenge, en séjour à Kinshasa.
Fondée en septembre 2019, COKIBAFODE s’est d’abord présentée comme Maniema Union, une société fondée par le général d’armée Gabriel Amisi, selon le média congolais Actualite.cd.
Contacté par Mongabay, le ministre provincial de l’Environnement de l’Équateur, Alain Imana, a confirmé l’accident de Pierre Mutaba. Quant à COKIBAFODE, il a assuré qu’elle opère dans l’illégalité : « Jusqu’à aujourd’hui, l’entreprise COKIBAFODE n’a présenté aucun permis de coupe. Au niveau du gouvernement provincial, on a essayé d’arrêter tout le bois qu’elle a coupé à Bolomba. Mais, jusqu’à présent, nous sommes devant la justice à Kinshasa. On n’a pas encore la traçabilité de ce dossier », a indiqué Imana.
La province de l’Equateur est essentiellement dépendante de ses ressources forestières. Elle abrite 25 des espèces précieuses de bois parmi les plus recherchées telles que l’afromosia, le sacajou ou encore l’iroko. Elle abrite également des espèces fauniques uniques telles que le bonobo (Pan paniscus) et le paon du Congo (Afropavo congensis).
Image de bannière : Un sapelli abattu près de Yangambi, en RDC. Image de Axel Fassio/CIFOR via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).