Avec « seulement deux femelles restantes sur terre, le rhinocéros blanc du Nord est fonctionnellement éteint du point de vue de la reproduction naturelle », affirment les chercheurs du consortium BioRescue, un regroupement de scientifiques et d’institutions européennes et kényanes, utilisant des technologies de reproduction assistée, pour tenter de sauver cet animal de l’extinction. Les deux femelles restantes vivent à Ol Pejeta Conservancy, une réserve naturelle privée située au Kenya. Le 23 avril dernier, les chercheurs ont annoncé avoir réussi à créer un embryon grâce à la fécondation in vitro, ce qui ravive les espoirs de survie de la sous-espèce.
En 2025, trois transferts d’embryons de rhinocéros blanc du Nord ont été réalisés chez des femelles du rhinocéros blanc du Sud, utilisées comme mères porteuses, à Ol Pejeta Conservancy. « Malheureusement, aucune de ces tentatives n’a conduit à une grossesse à long terme. Afin d’augmenter les chances d’obtenir une grossesse dans un avenir prévisible, deux nouvelles femelles du rhinocéros blanc du Sud ont également été intégrées au programme, en tant que mères porteuses potentielles », disent les chercheurs.
« Ce recours à une autre sous-espèce, le rhinocéros blanc du Sud, constitue un défi biologique. Les deux dernières femelles du Nord ne peuvent plus porter de petits pour des raisons de santé et d’âge. Scientifiquement, il est logique que les chercheurs se tournent vers le parent le plus proche », explique, à Mongabay, le professeur Eric Bertrand Fokam, chef du Département de biologie animale et de conservation à l’université de Buéa, au Cameroun. « Pour qu’une grossesse réussisse, le corps de la mère porteuse doit tolérer l’embryon. Même si les deux sous-espèces sont très proches, des différences physiologiques peuvent compliquer cette étape, ce qui pourrait en partie expliquer les échecs des premières tentatives, sans en être la seule cause. Les taux de réussite de la fécondation in vitro restent variables, même chez l’humain », ajoute Fokam, qui n’est ni partie prenante à ce programme de reproduction, ni membre du consortium.
Les chercheurs du consortium affirment que le « destin de ce rhinocéros est désormais entre les mains des technologies de reproduction assistée de pointe et des technologies innovantes de cellules souches, pour restaurer l’espèce ». Pour Fokam, « ce cas illustre les limites de la conservation traditionnelle, face à des pressions fortes comme le braconnage et les conflits armés. Autant on fait maintenant des efforts pour que le rhinocéros blanc du Nord ne s’éteigne pas, autant on doit mettre plus de moyens dans la protection et la surveillance des espèces menacées, afin de ne plus arriver à ce type de situation dans les années à venir ».
Image de bannière : Najin et Fatu, les deux derniers rhinocéros blancs du Nord au monde, vivent dans la réserve d’Ol Pejeta au Kenya. Image de BioRescue/Rio.