Le conflit au Moyen-Orient pourrait perturber l’approvisionnement en engrais en Afrique et, par ricochet, accroître les risques d’insécurité alimentaire sur le continent. C’est ce que révèle un récent rapport conjoint de la Banque africaine de développement, de l’Union africaine, du PNUD et de la CEA, publié le 4 avril dernier.
Ledit rapport indique que le Moyen-Orient représente 15,8 % des importations et 10,9 % des exportations africaines. Il est un fournisseur essentiel de gaz naturel liquéfié entrant dans la fabrication de l’ammoniac et de l’urée, des composants essentiels des engrais. Entraînant des fermetures d’usines et des blocages de routes maritimes, les tensions géopolitiques actuelles freinent la production et l’acheminement de ces fertilisants sur le continent.
Les auteurs du rapport indiquent que ces tensions surviennent au moment « le plus crucial », entre mars et mai, période de semis des agriculteurs africains. « Cela exercerait une pression supplémentaire à la hausse sur les prix alimentaires et frapperait de plein fouet les ménages les plus vulnérables ». Par ailleurs, « le conflit […] pourrait rapidement se transformer en une crise du coût de la vie à travers le continent, en raison de la hausse des prix des carburants et des denrées alimentaires », ajoute ledit rapport.
« Généralement, les commerçants s’approvisionnent en engrais longtemps avant la période de semis. On ne devrait normalement pas avoir de problèmes d’approvisionnement maintenant, sauf s’ils font de la surenchère en cachant leur stock », explique Guy Fongang, agroéconomiste camerounais n’ayant pas participé au rapport. « La crainte serait au niveau du prix des hydrocarbures. Il faut du carburant pour aller au champ et pour faire fonctionner les motopompes qui servent à irriguer les champs et à faire d’autres traitements de pré semis. Une augmentation du coût des hydrocarbures signifie augmentation des coûts de production, donc augmentation du prix de vente des aliments plus tard », ajoute-t-il.
Le rapport souligne que les prix du pétrole avaient déjà augmenté de 50 % au 24 mars, ce qui alimente un risque immédiat d’inflation, notamment au niveau du prix du carburant à la pompe et du transport. Entre autres mesures pour limiter les effets du choc, il recommande la mise en place de mécanismes de financement d’urgence pour les importations et la diversification des sources d’approvisionnement en fertilisants. « L’Afrique devrait saisir cette opportunité pour développer une production locale d’engrais et réduire sa dépendance aux importations. Elle l’a fait lors de la crise de la farine de blé en trouvant des solutions locales. Elle peut le faire aujourd’hui, d’autant plus qu’il y a beaucoup d’initiatives locales de fabrication d’engrais bio sur le continent », dit Fongang.
Image de bannière : Des denrées alimentaires exposées dans un marché. Image de DiHM via Wikimédia Commons (CC BY-SA 4.0).